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La violation des droits de l'homme dans le monde

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DROITS DE L’HOMME, MAI 2009 | LE RAPPORT ANNUEL DE L’ORGANISATION DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
__Le monde "sur une poudrière d'inégalités" avec la crise économique, selon Amnesty

Rapport 2006

Dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’homme dans le monde, publié le 28 mai 2009, Amnesty International constate notamment que, face à la crise, les gouvernements ont privilégié la relance de la machine économique au détriment de la question des droits de l'homme.

La récession économique a entraîné une "crise des droits de l'homme" qui a placé le monde "sur une poudrière d'inégalités, d'injustice et d'insécurité sur le point d'exploser", estime l’organisation de défense des droits de l’homme, dont le siège est à Londres.

Dans ce document de plus de 400 pages, Amnesty dresse un sombre bilan des violations des droits de l'homme dans le monde, aggravés par la crise économique, et appelle les dirigeants, notamment ceux du G20, à "investir dans les droits humains avec autant de détermination que dans la croissance économique".

"De fait, nous sommes assis sur une poudrière d'inégalités, d'injustice et d'insécurité qui est sur le point d'exploser", écrit dans le préambule Irene Khan, la secrétaire générale de l'organisation.

"Ce n'est pas simplement une crise économique, c'est une crise des droits humains", a-t-elle expliqué dans une interview à l'Agence France-Presse (AFP). "Il y a des problèmes sociaux, politiques et économiques qui ont été aggravés par la crise économique, c'est comme une bombe à retardement".

"Ces dernières années, on a vu que les questions de sécurité avaient sapé les droits humains. Aujourd'hui, avec la crise économique, ces droits se retrouvent mis en veilleuse", déplore Irene Khan.

L'EUROPE n'est pas épargnée. Amnesty dénonce notamment l'usage de bombes à sous-munitions et les pillages pendant le conflit entre la Géorgie et la Russie. "Le déclenchement de cette guerre a montré que l'idée d'une sécurité définitivement acquise, dans l'Europe au lendemain de la Guerre froide, était un présupposé fragile", souligne le rapport.

L'organisation non gouvernementale relève également, dans de nombreux pays européens, un "climat de racisme et d'intolérance" qui vise notamment "les migrants, les Juifs, les musulmans et les Roms". Ces derniers restent "largement exclus de la vie publique dans tous les pays".

Etats-Unis : traduire en justice les responsables de tortures

Aux ETATS-UNIS, Amnesty salue la décision du nouveau président Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo et de briguer un siège au Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Mais, "il est trop tôt pour savoir si le gouvernement américain saura faire pression sur des pays comme Israël ou la Chine pour qu'ils respectent les droits fondamentaux de la personne - comme il le fait sur d'autres Etats, tels l'Iran et le Soudan".

L'organisation estime par ailleurs que l'administration Obama a fourni des réponses "mitigées" à la politique de son prédécesseur George W. Bush en matière d'antiterrorisme. Amnesty estime que certaines déclarations du président américain sont "ambivalentes". Elle l’exhorte à traduire en justice les responsables présumés des tortures à Guantanamo.

Amnesty critique le maintien des tribunaux militaires et la décision de l’administration Obama de garder à vie des détenus qui ne pourraient pas être jugés faute de preuves. Pour Francis Perrin, porte-parole d’Amnesty International France (AIF), il n’y a que deux choix possibles. "Soit le détenu est inculpé et jugé devant une juridiction civile américaine, soit on n’a rien pour le retenir et dans ce cas, il doit être libéré". Une référence directe à une récente déclaration du président américain, qui n’a pas exclu de garder dans des prisons de haute sécurité, pour une période indéfinie, des détenus ne pouvant être jugés mais représentant un danger pour le pays. "Le droit international s’oppose à la détention arbitraire d’une manière absolue", affirme-t-il.

Afrique : le retour des "émeutes de la faim" ?

En AFRIQUE, la crise alimentaire a "eu un impact disproportionné sur les populations vulnérables", note le rapport. Elle a entraîné sur tout le continent des manifestations qui ont souvent été durement réprimées, notamment en Tunisie, au Zimbabwe, au Cameroun ou au Mozambique.

Amnesty met en garde contre le retour des "émeutes de la faim" en Afrique. Lors du premier semestre 2008, de grandes manifestations populaires contre la hausse du prix des denrées alimentaires s'étaient multipliées au moment où les coûts des produits de base avaient augmenté de 40 % en moins d'un an, selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM). L'envol des cours du blé, du riz, de l'huile sur les marchés mondiaux conjugué à des récoltes ratées et au manque de régulation des prix faisaient que les réserves alimentaires étaient à leur plus bas niveau depuis trente ans.

"Les forces de sécurité ont blessé et ont tué de nombreuses personnes qui revendiquaient le droit à un niveau de vie décent, y compris le droit à l'alimentation", rappelle Amnesty. Le bilan le plus lourd est à mettre à l'actif des autorités du Cameroun, où au moins 100 manifestants ont été tués. Des manifestations similaires, également parfois durement réprimées, ont aussi eu lieu en Mozambique, Côte d'Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Guinée, Mali, Sénégal, Somalie, Afrique du Sud, Egypte, Maroc ou Mauritanie. Au Zimbabwe, où cinq millions de personnes dépendaient de l'aide alimentaire, le pouvoir est allé jusqu'à utiliser l'alimentation comme une arme politique contre l'opposition, dénonce le rapport.

Si les prix alimentaires ont chuté par rapport à 2008, les prix restent élevés et volatils, observe le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf. "Lorsque les gens commenceront à exprimer leurs préoccupations et descendront de nouveau dans les rues, la réaction risque d'être la même, met en garde le directeur d'Amnesty pour l'Afrique, Erwin van der Borght. Avec la crise économique actuelle, cela peut recommencer voire s'aggraver dans les mois et les années qui viennent." De quoi entraîner davantage "d'instabilité politique" et "une violence de masse", craint Amnesty.

Vers un système économique plus équitable ?

Au PROCHE-ORIENT, le rapport accuse Israël d'avoir "régulièrement violé les lois de la guerre" pendant son offensive de plusieurs semaines contre Gaza, qui a occasionné des "pertes disproportionnées dans la population". Mais, Amnesty critique également sévèrement les violations des droits de l'homme par les forces de sécurité palestiniennes, du Hamas et de l'Autorité palestinienne.

Dans ce sombre tableau, Amnesty voit une lueur d'espoir : la possibilité d'une réforme en profondeur qui mettrait les droits de l'homme au coeur d'un système économique plus équitable.

L'organisation internationale lance notamment un appel aux pays du G20, qui ont jeté les bases d'une réforme économique en profondeur au sommet de Londres, début avril 2009. "Nous leur adressons ce message : vous ne pourrez trouver une solution aux problèmes économiques sans trouver une solution aux problèmes des droits de l'homme", conclut Mme Khan.

Mai 2009.
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