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NATIONS UNIES, NEW YORK , NOVEMBRE 2002 / TROISIEME COMMISSION
__DEBAT Jean Ziegler prône la réforme agraire pour vaincre la faim dans le monde
OGM Lavis du Rapporteur
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La Troisième Commission des Nations unies a entendu,
le 11 novembre 2002, à New York, Jean Ziegler,
Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation,
qui a dressé un tableau alarmant de la situation alimentaire
dans le monde.
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Jean Ziegler a rappelé que le droit à
l'alimentation est protégé par le droit international
et que les gouvernements ont l'obligation légale de le
respecter. Pourtant, a-t-il souligné, la faim et la malnutrition
continuent de condamner des millions de personnes au sous-développement
et à une mort précoce. Il a indiqué que plus
de 815 millions de personnes souffrent de faim et de malnutrition
chronique et plus de 36 millions de personnes meurent, directement
ou indirectement, de faim chaque année. Et tout cela intervient
dans un monde de plus en plus riche qui a les moyens de nourrir
le double de la population mondiale actuelle, a-t-il rappelé.
Pour Jean Ziegler, la faim n'est pas de l'ordre du destin. Elle
est une conséquence d'actions ou d'inactions humaines :
"Quiconque meurt de faim meurt assassiné". Selon
le Rapporteur spécial, la solution passe par des réformes
agraires, car "partout où elles ont eu lieu, la situation
alimentaire s'est améliorée". La réforme
agraire est la clé du droit à l'alimentation.
Jean Ziegler estime qu'une plus grande attention devrait être accordée aux modèles alternatifs proposés par la société civile, notamment au concept de souveraineté alimentaire, qui donne la primauté du droit à l'alimentation sur toute autre considération et notamment sur le commerce international. Tout en reconnaissant que la coopération internationale est une des solutions à la malnutrition, le rapporteur rappelle que les Etats ont une responsabilité première dans le respect du droit à l'alimentation de leur pays. Il demande que les directives d'application
facultative relatives à la concrétisation du droit
à l'alimentation et proposées dans la Déclaration
finale du Sommet mondial de l'alimentation soient appliquées.
Ces mêmes directives, relève-t-il, devraient fournir
des mécanismes de surveillance, d'obligation redditionnelle
et des mesures correctrices et devraient être élaborées
avec la participation du Haut Commissariat aux droits de l'homme.
Le débat
Au cours du dialogue qui s'en est suivi avec les délégations
après sa présentation, Jean Ziegler s'est
félicité des réformes foncières en
cours au Brésil, qui auront pour effet de diminuer
la concentration inégale des terres. Mis en cause par le
représentant américain pour avoir critiqué
les aliments génétiquement modifiés (OGM),
il a répondu avoir relayé les déclarations
de certains chefs d'Etat africains inquiets de la nature des aliments
qui leur sont remis dans le cadre du Programme alimentaire mondial.
Il a reconnu qu'il était personnellement contre les OGM
par respect du principe de précaution, et a rappelé
que la communauté scientifique était divisée
sur cette question et que certains scientifiques s'inquiétaient
des risques à long terme que présentent les aliments
transgéniques. Il a également attiré l'attention
sur la situation de dépendance dans laquelle les grandes
multinationales et les OGM placent les paysans, puisque cela les
oblige à acheter les semences chaque année. Si cette
dépendance financière se généralise,
il est clair que la pauvreté financière des paysans
les plus pauvres va continuer de croître, a prédit
Jean Ziegler.
Jean Ziegler a rappelé que le droit à l'alimentation
est protégé par le droit international et les
gouvernements ont l'obligation légale de le respecter,
de le protéger et de le réaliser. Pourtant, a-t-il
fait observer, la faim et la malnutrition continuent de condamner
des millions de personnes au sous-développement et à
une mort précoce. Reprenant les chiffres contenus dans
son rapport, il a indiqué que plus de 815 millions de personnes
souffrent de la faim et de la malnutrition chronique et plus de
36 millions meurent, directement ou indirectement, de faim chaque
année. Et tout cela intervient dans un monde de plus en
plus riche qui a les moyens de nourrir le double de la population
mondiale actuelle. 
Pour Jean Ziegler, la faim n'est pas de l'ordre du destin.
Elle est une conséquence d'actions ou d'inactions humaines.
"Quiconque meurt de faim meurt assassiné", a-t-il
insisté. Le rapporteur spécial a fait référence
au Sommet mondial pour l'alimentation de 1996 et
à la Deuxième Conférence de 2001 appelée
Rome +5. Cette Deuxième Conférence a été
un échec, a-t-il rappelé, car les grands chefs d'Etat
des pays industrialisés étaient absents, à
quelques exceptions près. La Conférence n'a rien
fait d'autre que de constater l'échec des objectifs de
1996. Dans les territoires occupés de Palestine, 13% des
enfants sont sous alimentés. Il y a eu cependant quelques
succès, au Bangladesh et à Cuba notamment, mais
cela ne saurait compenser le fait que des millions de personnes
sont actuellement menacées de mort de faim en Afrique.
Nous sommes en présence d'une véritable hypocrisie,
a-t-il souligné. Le budget de la FAO est de 349 millions
de dollars, alors que les subventions des pays riches à
leurs agricultures atteignent 349 milliards de dollars.
Jean Ziegler a largement commenté son rapport et a indiqué
que la réforme agraire en était le pivot. Car parmi
les plus pauvres, 75% habitent en zone rurale. Le paradoxe est
que ceux qui sont chargés de produire de quoi nourrir le
reste de la population sont les plus frappés par la faim.
L'une des raisons majeures est que ces travailleurs agricoles
n'ont pas accès à la terre. Au Brésil par
exemple, 2% des propriétaires possèdent 56% des
terres cultivables du pays. Toute réforme agraire augmente
le niveau alimentaire, a-t-il assuré, ainsi que le prouvent
les précédents en Chine, à Cuba et en République
de Corée. Il a insisté sur la contradiction qui
existe à l'intérieur du système des Nations
unies. Cette contradiction rend difficile voire impossible la
réalisation du droit à l'alimentation. Ainsi, a-t-il
expliqué, les institutions de Bretton Woods ont une approche
néo-libérale et considèrent que le capitalisme
va apporter une solution à tous les problèmes de
pauvreté. "C'est faux", a indiqué Jean
Ziegler. Partout où le FMI impose un plan d'ajustement
structurel, la sous-alimentation augmente car dans ce cas, on
privilégie les terres qui servent à l'exportation
et permettent de rapporter des devises. A l'inverse, des institutions
comme la FAO travaillent dans une toute autre direction. Si la
communauté internationale veut vaincre la tragédie
de la faim, il faut s'opposer à la théorie néo-libérale
de la privatisation sans limite.
Le débat avec les délégations
Répondant aux commentaires du Brésil, Jean Ziegler s'est félicité des réformes foncières en cours, qui auront pour effet, comme l'a signalé le représentant, de diminuer la concentration inégale des terres. Il a remercié le Brésil de l'accueil qui a été réservé à son équipe et s'est félicité de la transparence et de l'esprit de dialogue qui avaient présidé à cette visite. Il a indiqué que son rapport de visite était en cours d'élaboration et serait présenté à la prochaine session de la Commission des droits de l'homme. Il s'est émerveillé du potentiel du Brésil qui sous l'effet de la nouvelle politique menée par le gouvernement obtiendra sans aucun doute des résultats positifs.
Jean Ziegler a commenté la victoire du Bangladesh
qui est parvenu à assurer sa sécurité alimentaire.
Il s'est aussi félicité de l'accueil qu'il a reçu
et a indiqué que son rapport de visite serait publié
pour la prochaine session de la Troisième Commission. S'agissant
de la différence entre sécurité alimentaire,
but politique, et droit à l'alimentation, il
a expliqué que la sécurité alimentaire était
communément admise, tandis que le droit à l'alimentation
était un droit fondamental qui faisait obligation aux Etats
et ouvrait un droit de recours. Le droit à l'alimentation
est un progrès sur la sécurité alimentaire,
c'est un saut qualitatif, a-t-il déclaré.
S'agissant de la codification du droit à l'alimentation,
Jean Ziegler a répondu au représentant de Cuba
qu'une proposition pour un code de conduite avait été
présentée, par le Groupe des 77 et la Chine, lors
du Sommet mondial pour l'alimentation, qui s'est tenu à
Rome, en juin dernier. Il a précisé que ce code
de conduite, retranscrit dans son rapport, avait été
refusé. Il a rendu compte de la déception de nombreux
Etats. Toutefois, il a tempéré cette déception
en expliquant qu'il fallait attendre les résultats des
travaux du Groupe de travail intergouvernemental, chargé
d'élaborer des directives sur la réalisation du
droit à l'alimentation.
Répondant aux délégations du Mali
et du Bénin, qui font partie des pays confrontés
à la charge de la dette, Jean Ziegler a confirmé
que les stratégies de réduction de la pauvreté
offrent des perspectives plus larges que les anciens programmes
d'ajustement structurel. Il a confirmé que restait le problème
de la détérioration des termes de l'échange
qui affecte plus gravement les pays les plus pauvres. Il a félicité
ces deux pays pour leurs efforts en vue d'assurer la sécurité
alimentaire de leurs populations.
Les remarques américaines
Sichan Siv (Etats-Unis) a rappelé que 14,5 millions
de personnes étaient menacés de famine en Afrique
australe et que son pays fournissait plus d'un demi-million de
tonnes métriques d'aide alimentaire. Il est revenu sur
la déclaration faite par Jean Ziegler, qui accorde plus
de crédibilité aux organisations non gouvernementales
selon lesquelles les aliments génétiquement modifiés
ne seraient pas sans risque pour la santé, alors même
que l'Organisation mondiale de la santé, dans une déclaration
commune avec le Programme alimentaire mondial, a conclu que, selon
les informations disponibles, les aliments transgéniques
distribués en Afrique australe sont inoffensifs pour la
santé humaine et que ces aliments peuvent être consommés
sans risque. 
Le représentant américain s'est indigné
que Jean Ziegler, dans un contexte de famine imminente en Afrique
australe, ait déclaré que la production d'aliments
transgéniques n'est motivée que par le profit et
qu'il y a avait suffisamment d'aliments non transgéniques
pour nourrir l'humanité. Il a rappelé au Rapporteur
spécial que les termes de son mandat disposent qu'il doit
établir une coopération avec les gouvernements et
les organisations intergouvernementales, en particulier l'Organisation
pour l'alimentation et l'agriculture, en vue de promouvoir et
d'assurer la réalisation effective du droit à l'alimentation,
et faire des recommandations en vue de sa réalisation,
en tenant compte des travaux effectués dans ce domaine
par le système des Nations unies. Il a accusé Jean
Ziegler d'avoir, en contradiction avec les termes de son mandat,
exhorté les gouvernements à affamer leurs populations
en leur refusant l'aide alimentaire disponible dès à
présent.
La réponse du Rapporteur spécial
Répondant à cette intervention, Jean Ziegler
a regretté que le représentant reprenne des extraits
d'articles de journaux écrits à la suite d'une conférence
de presse, qu'il a tenue à Genève et qui ont déformé
ses propos. Au contraire, il a félicité les Etats-Unis,
qui sont le plus gros contributeur du Programme alimentaire mondial,
pour leur générosité. Il s'est dit révolté
par la tragédie qui se joue en Afrique australe et a rappelé
les propos de certains chefs d'Etat africains qui s'étaient
inquiétés des aliments transgéniques donnés
au Programme alimentaire mondial.
Toutefois, Jean Ziegler a reconnu qu'il était personnellement
contre les OGM par obéissance au principe de précaution.
Il a rappelé que la communauté scientifique était
divisée sur cette question et que certains scientifiques
s'inquiétaient des risques à long terme. Le Rapporteur
spécial a reconnu qu'il n'avait pas à se prononcer
sur les propos tenus par les chefs d'Etat sur telle ou telle question,
ni à émettre un jugement sur tel ou tel avis donné
par une communauté scientifique. Néanmoins, il
a précisé que son mandat lui faisait obligation
de rendre compte des avis émis également par les
grandes organisations non gouvernementales, telles Oxfam, Paysans
sans terre du Brésil ou la Confédération
paysanne, et du débat au sein du système des Nations
Unies.
Il a indiqué en outre que c'est Jacques Diouf, agronome,
qui a émis cet avis selon lequel il y avait suffisamment
d'aliments non génétiquement modifiés pour
nourrir l'humanité. Il a également attiré
l'attention sur le système de dépendance dans lequel
les OGM plaçaient les paysans face aux grandes multinationales,
puisque cela les oblige à acheter les semences chaque année.
Ainsi, si cette dépendance financière se généralise,
il est clair que la pauvreté financière des paysans
les plus pauvres va continuer à croître. De nouveau,
Jean Ziegler a salué la générosité
américaine face au drame qui se prépare en Afrique
australe et a répété qu'il n'avait pris position
sur aucun des avis émis par les présidents concernés
par cette question.
Reprenant la parole, le représentant des Etats-Unis
a demandé à Jean Ziegler s'il conseillerait à
sa femme et à son fils, menacés de famine, de manger
des aliments transgéniques. Celui-ci a déclaré
que plutôt que de les laisser mourir de faim, il leur recommanderait
de manger ce qu'ils pouvaient et ce qui était disponible.
Il a toutefois souligné la différence entre la réponse
à une extrémité d'urgence et une question
de principe, pour laquelle il a demandé à ce que
l'on respecte le principe de précaution préconisé
par de nombreux scientifiques et l'Union européenne en
la matière.
Source : Nations unies, New York, 11 novembre 2002.
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