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NATIONS UNIES, GENEVE, 2001 / COMMISSION DES DROITS DE LHOMME
__DEBAT Le droit à l'alimentation permet d'assurer une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne
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Le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation,
Jean Ziegler, a affirmé, le 3 avril 2001,
devant la Commission des droits de l'homme, que le droit
à l'alimentation correspond au droit d'accès
régulier, permanent et libre, soit directement, soit au
moyen d'achats monétaires, à une nourriture quantitativement
et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant
aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur.
Le droit à l'alimentation permet d'assurer une vie psychique
et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante
et digne.
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Jean Ziegler a recommandé à la Commission
d'accorder une attention particulière au développement
normatif et institutionnel du droit à l'alimentation. Il
a estimé que le droit à l'alimentation, qui revêt
une importance théorique et pratique cruciale, devrait
être l'objet d'un débat annuel à l'Assemblée
générale des Nations unies.
Présentant son rapport, Jean Ziegler a
souligné que le droit à l'alimentation est le droit
d'accès régulier, permanent et libre, soit directement,
soit par l'intermédiaire de l'argent, à une nourriture
quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante,
correspondant aux traditions culturelles et qui assure une vie
psychique et physique, individuelle et collective, satisfaisante
et digne. Il y a actuellement sur la planète 826 millions
de personnes qui sont chroniquement et gravement sous-alimentées,
a-t-il indiqué. La sous-alimentation implique presque toujours
des lésions graves, ainsi que de tares héréditaires.
Par ailleurs, la faim et la sous-alimentation ne sont pas une
fatalité, et c'est la raison pour laquelle Josué
Castro parle de "génocide silencieux". Jean Ziegler
a exprimé sa volonté de collaborer étroitement
avec l'Union Interparlementaire et les Parlements nationaux des
principaux pays concernés, afin de contribuer à
la promotion nationale du droit à l'alimentation. Il a
demandé à la Commission d'accorder une attention
particulière au développement normatif et institutionnel
du droit à l'alimentation; de préciser que le terme
d'alimentation recouvre non seulement la nourriture solide, mais
aussi les aspects nutritionnels de l'eau potable.
Trois mesures prioritaires
Le rapport de Jean Ziegler définit juridiquement
le droit à l'alimentation, retrace sa genèse et
l'évolution récente de ce droit; examine les instruments
internationaux qui y font référence; examine les
démarches concrètes pour incorporer ce droit dans
les législations nationales; évoque les principaux
obstacles économiques qui le freinent; et s'achève
enfin par des conclusions et recommandations.
Au titre des recommandations, le rapport affirme notamment
que, au moment où 826 millions d'êtres humains souffrent
du martyr de la faim, la communauté internationale devrait
adopter trois mesures prioritaires: la mise à disposition
par les Etats pour les familles les plus pauvres des semences
locales et de terrains pour des jardins potagers familiaux, l'extension
des repas scolaires journaliers à tous les enfants nécessiteux
et la mise à disposition des subventions publiques pour
les aliments de base, ainsi que l'attribution des tickets donnant
aux plus démunis accès aux aliments.
En outre, le rapport recommande à la Commission de préciser
que le terme d'alimentation recouvre non seulement la nourriture
solide, mais également les aspects nutritionnels de l'eau
potable. Enfin, il affirme que le droit à l'alimentation
revêt une telle importance théorique et pratique,
pour le développement économique, social et culturel
des peuples et des personnes, qu'il devrait faire l'objet d'un
débat à l'Assemblée générale
des Nation unies.
La réaction de la Suisse au rapport de Jean Ziegler
Jean-Daniel Vigny (Suisse) a déclaré que son
pays prenait note avec intérêt du rapport établi
par le professeur Jean Ziegler. Il a tenu à souligner qu'il
s'agissait d'un premier rapport pour discussion devant la Commission.
Certains points devront être approfondis, voire "discutés
sous l'angle de leur opportunité politique".
Le rapport contient, selon lui, des solutions originales en
appelant à la responsabilité commune de tous les
acteurs de la société pour garantir un véritable
droit à l'alimentation. Il relève également
le problème de la cohérence interne des institutions
du système des Nations unies, entre les tenants d'une justice
distributive qui découlerait de la croissance économique
et ceux considérant que les politiques doivent intégrer
dans leur conception même le principe de l'accès
à l'alimentation. Dans ce cadre, il a estimé que
le rapport devrait faire état des points de vue exprimés
et recueillis par le rapporteur dans le cadre de ses entretiens
avec l'OMC, le FMI et la Banque mondiale, ainsi qu'avec les gouvernements
intéressés. De cette façon, l'approche serait
plus pondérée et tiendrait compte de l'ensemble
des facteurs et des paramètres déterminants dans
le cadre de la globalisation.
Le représentant suisse a souligné qu'un
développement humain durable ne saurait se faire sans
le respect des droits de l'homme. Il a souligné que
l'absence d'un accès à une alimentation suffisante
peut aussi être à l'origine de graves désordres
sociaux voire de manifestations qui peuvent remettre en cause
la stabilité et la sécurité d'un pays, d'une
région.
En outre, parmi les obstacles "économiques",
il serait judicieux d'y ajouter les obstacles liés à
la politique de l'environnement. La Suisse estime que les recommandations
du rapport peuvent être acceptées, avec une petite
réserve sur le rôle des subventions publiques, qui
ne constituent plus le centre de prestations favorites des Etats
dans le climat actuel de libéralisation des marchés.
Par contre, la délégation suisse soutient fortement
la conclusion du Rapporteur quant à la leçon "courageuse"
du secrétaire général des Nations unies,
Kofi Annan, à la suite au sommet du Millénium :
les Nations unies doivent collaborer avec la société
civile internationale. Il serait important de compléter
cet appel en précisant qu'il s'adresse également,
voire prioritairement, au secteur privé.
Source : Nations unies, Genève, 3 et 5 avril
2001.
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