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AVRIL 2003 / LE COMBAT CONTRE LA FAMINE EN AFRIQUE
__L'arme politique contre la faim
par Jacques Diouf
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La famine qui s'annonce en Afrique était le thème de la conférence des Dimanches de la vie animée par Bernard Kouchner, au Conservatoire national des Arts et métiers (CNAM), à Paris, le 27 avril 2003. Jacques Diouf est directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (OAA/FAO).
Lors du Sommet mondial de l'alimentation à Rome en 1996, et à l'occasion du suivant, en juin 2002, la communauté internationale a pris l'engagement de diminuer de moitié, à l'horizon 2015, le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition. Il est maintenant essentiel que cette volonté politique se traduise dans les faits, notamment en accélérant la mobilisation des ressources nécessaires pour l'accès de chaque pays à la sécurité alimentaire, tant en quantité qu'en qualité. Cet effort doit se traduire en particulier par une augmentation de la part allouée à l'agriculture dans les budgets nationaux des pays du Sud, et de la part de l'assistance fournie par les pays du Nord au secteur agricole.
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En cette période de conflits, de tensions internationales,
comment placer au premier plan des préoccupations mondiales
le sort des affamés afin qu'ils puissent mener une vie
saine et active en participant, de manière plus équitable,
au banquet des nations ?
Selon les estimations de l'Organisation des Nations unies pour
l'alimentation et l'agriculture (OAA) pour l'année 2000,
840 millions de personnes souffraient de faim et de malnutrition
dans le monde, dont environ 799 millions dans les pays en développement,
30 millions dans les pays en transition et 11 millions dans les
pays développés. Parmi celles-ci, près de
200 millions vivaient en Afrique subsaharienne (soit un habitant
sur trois).
Début 2003, 36 pays faisaient face à des
crises alimentaires. En Afrique subsaharienne, près de
40 millions de personnes sont menacées de famine. La corne
de l'Afrique et la région australe sont les plus touchées.
Cette grave situation alimentaire du continent africain
ne peut pas seulement s'expliquer par les conflits armés
et les catastrophes naturelles. L'insuffisance de la production
agricole résulte du pourcentage limité de terres
irriguées (4 % en Afrique subsaharienne contre environ
40 % en Asie). La faible productivité d'une agriculture
aléatoire, sujette aux aléas de la pluviométrie,
est accentuée par les quantités réduites
d'engrais qui sont utilisées (22 kg/ha, contre 150 kg/ha
en Asie).
L'aide publique au développement consacrée à
l'agriculture en 2000 n'a été que de 3,9 milliards
de dollars, soit 7,4 % du total (53,1 milliards de dollars). Entre
1990 et 2000, elle a baissé de 50 %. Les difficultés
alimentaires du continent africain résultent également
de la trop faible part du budget national consacré à
leur agriculture.
S'attaquer aux conséquences au lieu d'affronter les
causes du problème
Tout se passe comme si la communauté internationale
choisissait de s'attaquer aux conséquences au lieu d'affronter
les causes du problème. Elle apporte de l'aide alimentaire
plutôt que de contribuer à l'augmentation réelle
de la sécurité alimentaire des pays concernés.
Si l'on ajoute que les subventions à l'agriculture des
pays développés représentent plus de 300
milliards de dollars par an, on s'aperçoit que les conditions
de l'accès au commerce international pour les produits
alimentaires provenant des pays en développement sont loin
d'être équitables.
C'est au demeurant pour permettre aux pays en développement
de participer de manière efficace aux négociations
de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) que l'OAA a mis en
oeuvre un programme de formation destiné à 800 experts
d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes, d'Asie
et du Pacifique, du Moyen-Orient.
L'OAA aide aussi directement ces pays par son assistance technique
agricole, notamment le programme spécial pour la sécurité
alimentaire, opérationnel dans 74 pays dont 42 en Afrique,
et qui a déjà mobilisé près de 500
millions de dollars. Ce programme, qui favorise le développement
de la coopération Sud-Sud, met notamment l'accent sur les
petits ouvrages simples et pas chers de maîtrise de l'eau
au niveau des communautés villageoises. Des progrès
tangibles ont pu être enregistrés dans plusieurs
pays d'Afrique qui sont parvenus à fortement réduire
le nombre de personnes sous-alimentées.
Les exemples récents de réussite au Burkina Faso,
en Gambie, au Ghana, au Mali ou encore au Nigeria, sont particulièrement
encourageants et montrent bien les capacités des pays de
ce continent à réagir. Ils confirment, si besoin
était, que la disparition des famines sur le continent
africain est bien une question de volonté politique et
qu'elle est à notre portée.
Avril 2003.
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