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JUIN 2005, POINT DE VUE / LES DIFFICULTES DE LAIDE ALIMENTAIRE MONDIALE
__Repenser l'aide alimentaire
Elle est devenue un moyen dobtenir des subventions à lexportation pour les excédents agricoles
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James Morris, qui dirige le Programme alimentaire mondial (PAM),
s'inquiète des nouvelles mesures de l'Organisation mondiale
du commerce (OMC) pour réguler l'aide alimentaire,
soulignant le risque qu'elles mettent en péril l'assistance
aux 850 millions de personnes souffrant de la faim. Nous pensons
quant à nous qu'une nouvelle réglementation
est nécessaire pour empêcher notamment les donateurs
de faire usage de l'aide alimentaire dans le seul but de se débarrasser
des excédents de nourriture et d'ouvrir ainsi de nouveaux
marchés.
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Cependant, il est primordial de bien comprendre que des réglementations
maladroites pourraient aggraver la situation alors que leur objectif
est d'aider le PAM à répondre plus efficacement
aux urgences et à assurer la bonne distribution de l'aide
alimentaire selon les besoins réels des populations.
Alors que des questions telles que les subventions européennes
pour l'agriculture et leur impact sur les pays en voie de développement
retiennent l'attention, l'aide alimentaire a rarement été
considérée jusqu'à maintenant comme problématique.
Aujourd'hui, elle devient un sujet de controverse à l'OMC
parce qu'elle est utilisée par les Etats-Unis et d'autres
comme un moyen détourné d'obtenir des subventions
à l'exportation pour les excédents agricoles.
Depuis toujours, les fonds de l'aide alimentaire
ont tendance à augmenter dans les périodes de production
excédentaire et à baisser lorsque la production
est moindre... Or les pays pauvres ont de façon générale
plus besoin d'aide en période de faible production et de
hausse des prix.
Oxfam a bien décrit cette situation perverse : lorsque
le prix des matières premières était élevé
au milieu des années 1990, l'aide alimentaire a bénéficié
de 4 % à 7 % des exportations céréalières
des Etats-Unis, mais lorsque les prix ont chuté, en 1999
et 2000, l'aide alimentaire a augmenté à hauteur
de 12 % à 20 %. En 2000, par exemple, les cultivateurs
de riz guyanais ont connu une crise parce que leurs exportations
commerciales vers la Jamaïque ont été supplantées
par l'aide alimentaire américaine, laquelle avait soudainement
doublé, suite à une récolte exceptionnelle
aux Etats-Unis.
Un grand nombre de donateurs insistent pour acheter l'aide
alimentaire à leurs propres agriculteurs. Environ 75
% de tous les dons à l'aide alimentaire se retrouvent ainsi
"bloqués", et induisent des coûts élevés
de transport, une hausse des prix de la nourriture, et des délais
bureaucratiques. Selon l'Organisation pour la coopération
et le développement économique (OCDE), ces surcoûts
représentent entre 33 % et 50 % de plus que le prix de
la nourriture achetée sur place.
Une étude de Save the Children en République
démocratique du Congo, pour son rapport "Missing the
point", évoque un cas où il coûte 15
dollars d'acheminer une quantité d'aide alimentaire importée,
alors que cette même quantité aurait pu être
achetée sur le marché local pour seulement 1 dollar.
Il y a aussi des paramètres d'ordre pratique.
L'aide alimentaire en nature peut mettre quatre à cinq
mois pour atteindre sa destination, délai qui peut s'avérer
bien trop long pour des populations affectées par une crise
alimentaire.
Les nouvelles réglementations de l'OMC doivent aider
ceux qui ont besoin d'une aide alimentaire (plutôt que les
pays donateurs) en limitant l'aide alimentaire en nature aux situations
de pénurie alimentaire locale grave, où les marchés
locaux ont cessé de fonctionner et où il est impossible
d'acheter de la nourriture aux pays voisins. Dans les autres situations,
les dons devraient être financiers. Il serait alors possible
d'acheter, sur les marchés locaux, de la nourriture moins
chère et mieux adaptée aux habitudes alimentaires
des populations concernées.
Après le tsunami en Indonésie et au Sri Lanka,
le PAM a recensé 2 millions de personnes en grave pénurie
alimentaire. Les plus importants donateurs promirent des dizaines
de milliers de tonnes de dons en nature, alors que la plupart
des récoltes locales n'avaient pas été affectées
par la catastrophe. Les survivants avaient tout perdu et besoin
de nourriture, mais il aurait été plus logique de
l'acheter sur les marchés locaux. Il aurait probablement
même été mieux encore de fournir une assistance
financière directement aux populations afin qu'elles puissent
acheter la nourriture elles-mêmes.
Les nouvelles réglementations de l'OMC doivent permettre
à l'aide alimentaire d'aller là où elle est
vraiment essentielle. Parallèlement, les donateurs
doivent s'engager à combattre la faim en remplaçant
les réductions d'aide alimentaire en nature par une aide
financière plus importante. Les modifications des règles
de l'OMC ne doivent pas servir de prétexte à réduire
le montant global de l'aide alimentaire.
Barbara Stocking est directrice générale
d'Oxfam GB, Mike Aaronson est directeur général
de Save the Children GB, Benoît Miribel est directeur
général d'Action contre la faim. Point de vue
publié par le quotidien Le Monde, Paris, 3 juin
2005.
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