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NOVEMBRE 2003, NATIONS UNIES / LA FAIM DANS LE MONDE
__La FAO avertit que la faim regagne du terrain dans le monde
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Le projet "Faim Zéro" au Brésil s'attaque aux causes de la faim: pauvreté, chômage et paysans sans terre. Photo FAO.
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La faim regagne du terrain après avoir constamment
reculé au cours de la première moitié des
années 90, selon le rapport annuel de la FAO sur l'état de l'insécurité alimentaire dans le monde.
"Les dernières estimations de la FAO signalent un recul dans le combat contre la faim", indique SOFI
2003 (The State of Food Insecurity in the World-2003). Etant
donné le taux auquel la famine a décliné
depuis 1990 en moyenne, l'objectif du Sommet mondial de l'alimentation de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici 2015 ne pourra pas être atteint.
Après avoir régressé de 37 millions au cours de la première moitié des années 1990, le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays
en développement a augmenté de 18 millions au cours
de la seconde moitié.
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Selon Hartwig de Haen, sous-directeur général
de la FAO, Département économique et social, l'objectif
du Sommet mondial de l'alimentation de 1996 ne pourra être
atteint que si la tendance négative récente est
renversée. Les réductions annuelles de personnes
sous-alimentées doivent être accrues à 26
millions de personnes par an, soit plus de 12 fois le rythme de
2,1 millions de personnes par an obtenu durant les années
1990".
Chaque année, le SOFI évalue l'état de
l'insécurité alimentaire dans le monde ainsi que
les progrès réalisés dans le combat contre
la faim. Cette publication montre également où en
sont les pays, et s'intéresse aux méthodes ayant
entraîné des réussites dans certains cas ou
aux problèmes ayant conduit à l'échec dans
d'autres cas.
842 millions de personnes dans le monde étaient sous-alimentées en 1999-2001
La FAO estime que 842 millions de personnes dans le monde
étaient sous-alimentées en 1999-2001, années
les plus récentes pour lesquelles des chiffres sont disponibles.
Ce chiffre comprend 10 millions de personnes dans les pays industrialisés,
34 millions dans les pays en transition et 798 millions dans les
pays en développement.
Au niveau régional, seules l'Amérique Latine
et les Caraïbes ont vu décliner le nombre de personnes
sous-alimentées depuis le milieu des années 1990.
Le rapport indique, par ailleurs, que 19 pays seulement, dont
la Chine, ont réussi à réduire le nombre
de personnes sous-alimentées durant les années 1990.
"Dans ces pays, le nombre total de personnes souffrant de
la faim a baissé de plus de 80 millions."
A l'autre extrémité de l'échelle, 26 pays
ont vu le nombre de personnes sous-alimentées augmenter
de 60 millions au cours de la même période, y compris
les pays en transition où le nombre de personnes qui souffrent
de la faim est passé de 25 millions à 34 millions
entre le milieu des années 1990 et le tournant du siècle.
Quelque 22 pays, dont le Bangladesh, Haïti et le Mozambique,
sont parvenus à renverser la tendance. Dans ces pays, "le
nombre de personnes sous-alimentées a fléchi dans
la deuxième partie de la décennie après avoir
augmenté au cours des cinq premières années",
indique le rapport. "Dans 17 autres pays, la tendance a toutefois
pris une direction opposée et le nombre de personnes sous-alimentées,
qui avait diminué, a commencé à croître.
Ce groupe comprend plusieurs pays densément peuplés,
comme l'Inde, l'Indonésie, le Nigeria, le Pakistan et le
Soudan."
Selon le SOFI 2003, le nombre de sous-alimentés a augmenté
dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale
du fait de conflits armés.
Toujours selon le rapport, les progrès ont ralenti dans
bon nombre des pays qui avaient obtenu d'excellents résultats
au début des années 1990, notamment la Chine. Ayant
rapporté la prévalence de la sous-alimentation à
des niveaux modérés ou faibles, le rapport considère
"qu'il est peu probable que ces pays continuent d'être
le moteur d'une avancée du monde en développement
en ce domaine."
Selon M. de Haen, le SOFI est fertile en renseignements sur
le problème de la faim. "A travers lui, nous en savons
plus chaque jour sur ce qui marche pour réduire la faim
et ce qui fait augmenter le nombre de personnes souffrant de malnutrition.
Nous sommes à présent en mesure de formuler des
recommandations spécifiques que les pays peuvent suivre
pour réduire la faim et la malnutrition de façon
durable".
Selon le rapport, des analyses préliminaires suggèrent
que les pays ayant une forte croissance économique et agricole
sont ceux qui ont le mieux réussi à réduire
la famine. Parmi les autres facteurs de succès, on relève
une croissance démographique faible et de hauts niveaux
de développement social et économique.
La crise alimentaire et le Sida
En revanche, les pays ayant la plus forte prévalence
de sous-alimentés chroniques sont également victimes
de fréquentes crises alimentaires et de taux élevés
de malades atteints du VIH/Sida.
En fait, indique le rapport, la crise alimentaire en Afrique
australe en 2002-2003 a montré "qu'il était
impossible de mener une lutte efficace contre la faim dans les
régions ravagées par le SIDA si les interventions
n'étaient pas axées sur les besoins spécifiques
des ménages touchés par le virus et n'englobaient
pas des mesures pour prévenir la maladie et ralentir sa
propagation."
Quelque 60 à 70 pour cent des exploitations agricoles
ont subi des pertes de main-d'uvre à cause du VIH/Sida.
Privés de main d'uvre, de ressources et de connaissances
sur les cultures vivrières de base et de rente, de nombreux
ménages sont passés à la culture d'aliments
de première nécessité. D'autres ont carrément
abandonné leurs champs.
Le SOFI 2003 examine également l'impact de l'eau sur
la sécurité alimentaire et la faim, qualifiant la
sécheresse de "cause individuelle la plus courante
de graves pénuries alimentaires dans les pays en développement."
L'Afrique en est un exemple flagrant, étant, dans le
monde en développement, à la fois le continent le
plus sec et la région où la prévalence de
la faim est la plus élevée.
La FAO indique que la réalisation de la sécurité
alimentaire dans les pays où l'eau est rare et l'environnement
fragile peut dépendre de ce qui est appelé l'"eau
virtuelle", à savoir des aliments importés
de pays où l'eau est abondante.
Par exemple, la FAO calcule que pour augmenter le montant de
nourriture importée par les pays du Proche-Orient en 1994,
il aurait fallu autant d'eau que le débit annuel total
du Nil à Assouan. Dans ces conditions, affirme la FAO,
"il peut être justifié d'importer des produits
alimentaires et d'utiliser les ressources en eau limitées
à d'autres fins, notamment pour produire des cultures d'exportation
ayant une valeur marchande."
La sécurité alimentaire des pays en développement
Le SOFI 2003 comprend également un dossier spécial
de 6 pages intitulé: Commerce et sécurité
alimentaire: l'importance de l'agriculture et du commerce des
produits agricoles dans les pays en développement.
"Le commerce international peut avoir un impact déterminant
sur la réduction de la faim et de la pauvreté dans
les pays en développement", selon la FAO. " Globalement,
les pays les plus impliqués dans le commerce tendent à
avoir des taux de croissance économique plus élevés."
L'agriculture et le commerce agricole jouent un rôle
particulièrement important dans les économies nationales
et la sécurité alimentaire des pays en développement.
"Les pays où plus de 15 pour cent de la population
a faim dépensent plus du double de leurs recettes d'exportation
à l'importation de produits alimentaires si on les compare
aux pays jouissant d'une meilleure sécurité alimentaire",
souligne le rapport.
"Mais", observe la FAO, "leur pauvreté
et le faible volume des transactions commerciales font effet de
frein à la fois sur leurs recettes d'exportation et sur
leur capacité d'acheter davantage de produits alimentaires
sur les marchés internationaux".
Le rapport détaille des programmes de réduction
de la faim réussis au Brésil, au Panama, au Kenya
et au Vietnam. Il appelle également à une plus large
adoption et un plus large soutien au Programme mondial contre
la faim que la FAO a récemment proposé.
Un Programme contre la faim
Le Programme contre la faim présente une action
à mener sur deux fronts. Il plaide pour une combinaison
de mesures permettant d'accroître la productivité
agricole dans les communautés rurales les plus pauvres
avec une action visant à donner aux affamés un accès
immédiat à la nourriture dont ils ont besoin.
Ce programme établit des priorités et des budgets
pour l'action dans cinq domaines: améliorer la productivité
dans les communautés rurales pauvres; mettre en valeur
les ressources naturelles et en assurer la conservation ; développer
les infrastructures rurales et l'accès aux marchés
; renforcer les capacités de génération et
de diffusion des connaissances; et assurer l'accès aux
vivres aux plus nécessiteux.
"En définitive", souligne M. de Haen, "le
succès des programmes de réduction de la faim dépendra
de l'appui et de la détermination des politiques pour engager
des réformes et investir des ressources là où
elles seront les plus utiles pour les pauvres et les affamés."
"C'est pourquoi", a-t-il ajouté, "la
FAO a souscrit aux propositions de former une Alliance
internationale contre la faim. Une alliance qui débuterait
à des niveaux nationaux et sous-nationaux, réunissant
des gouvernements, des organisations de la société
civile, le secteur privé et des individus intéressés,
afin de mobiliser la volonté politique, l'expertise technique
et les ressources financières nécessaires pour réduire
au moins de moitié le nombre de personnes souffrant de
la faim d'ici 2015."
Source : FAO, Rome, 25 novembre 2003.
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