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SANTE ET ECONOMIE"Le défi sanitaire est encore plus impressionnant", rappelle le rapport : 1,9 milliard de personnes supplémentaires auront besoin de meilleures prestations, ce qui représente 125 millions de personnes de plus chaque année (soit 342 000 par jour) de 2000 à 2015. Le rapport explique qu'outre les difficultés logistiques et financières, les facteurs culturels viennent encore compliquer la tâche lorsqu'il s'agit de fournir un système sanitaire correct. Selon le rapport, si le niveau actuel d'investissement est maintenu, toutes les régions du monde devraient atteindre ou approcher les deux objectifs, à l'exception de l'Afrique subsaharienne. Mais "dans l'absolu, les besoins en investissement de l'Asie dépassent de loin ceux de l'Afrique, de l'Amérique latine et des Caraïbes confondues". Les premières interventions coûteraient environ 12,6 milliards de dollars. Des questions demeurent, notamment en ce qui concerne la source de cet investissement. "Le financement des objectifs de développement pour le millénaire sera probablement l'un des plus importants défis auquel la communauté internationale aura à faire face au cours des quinze prochaines années", rappelle le rapport. Le rapport met également l'accent sur les débats
concernant le prix de l'eau et la privatisation. "Bien qu'il semble essentiel d'impliquer le secteur privé dans la gestion des ressources en eau", selon la synthèse du rapport, "celui-ci doit être considéré comme un catalyseur financier - et non pas comme une condition préalable - lors de l'élaboration du projet [
] Le
contrôle des actifs doit rester entre les mains du gouvernement
et des usagers". Le rapport insiste également sur le fait que toute privatisation ou système de fixation du prix de l'eau doit inclure des mécanismes de protection des plus pauvres. "Il est choquant de constater que les plus pauvres qui ont le moins accès à l'eau doivent payer davantage pour celle-ci". A Delhi (Inde), par exemple, des marchands font payer aux pauvres le m3 4,89 dollars, alors que les familles qui sont raccordées au réseau de distribution ne paient que 0,01 dollar par m3, selon une étude publiée dans le rapport. A Vientiane (République démocratique populaire lao), des marchands font payer le m3 14,68 dollars contre des tarifs municipaux qui sont de 0,11 dollar. AGRICULTUREPrès de 25'000 personnes meurent chaque jour de faim, selon le rapport. Environ 815 millions de personnes souffrent de malnutrition : 777 millions dans les pays en développement, 27 millions dans les pays en transition et 11 millions dans les pays industrialisés. "Le nombre absolu de personnes sous-alimentées diminue à un rythme très faible", souligne le rapport, malgré le fait que "la production alimentaire satisfait la demande du marché à des prix historiquement faibles". La communauté internationale s'est engagée dans les objectifs de développement pour le millénaire des Nations unies à diminuer de moitié la proportion de personnes souffrant de faim en 2015. Pourtant, selon les nouvelles données présentées dans le rapport, ce résultat pourrait ne pas être atteint avant 2030. Les estimations antérieures ne faisaient pas de distinction entre les cultures qui bénéficiaient de la pluie et celles qui étaient irriguées. En tenant compte de cette distinction, le rapport présente des projections plus précises des besoins en eau pour nourrir le monde aujourd'hui et dans le futur. Selon ces nouveaux calculs, 45 millions de nouveaux hectares seront irrigués d'ici 2030 dans 93 pays en développement, où le gros de la croissance démographique aura lieu. Près de 60% des terres potentiellement irrigables seront utilisées. Cela nécessitera, selon le rapport, une augmentation de 14 % des volumes d'eau destinés à l'irrigation. Des quelque 170 pays et territoires étudiés,
20 utilisent déjà pour l'irrigation plus de 40 %
de leurs ressources renouvelables en eau , "niveau auquel
il peut devenir difficile de choisir entre l'agriculture et d'autres
usages", explique le rapport. Seize autres pays utilisent
plus de 20 % de leurs ressources pour l'irrigation, "ce qui
peut indiquer une prochaine pénurie d'eau. En 2030, l'Asie
du Sud aura en moyenne atteint le niveau des 40 %, et le Proche-Orient
ainsi que l'Afrique du Nord pas moins de 58 %". Par contre, l'Afrique subsaharienne, l'Amérique latine et l'Asie de l'Est devraient rester en deçà du seuil critique. Ces régions vont connaître le gros de l'expansion agricole au cours des 30 prochaines années. Le défi réside dans l'amélioration de l'utilisation de la terre et de l'eau. L'irrigation est extrêmement inefficace - près de 60 % de l'eau utilisée sont gâchés. Cela ne va s'améliorer que d'environ 4 %. Aussi est-il urgent d'améliorer le financement de meilleures technologies et de promouvoir des méthodes de gestion plus efficaces. De façon plus positive, le rapport note que les rendements moyens des céréales ont doublé entre 1962 et 1996, passant de 1,4 à 2,8 tonnes à l'hectare, par récolte. Pour faire pousser la même quantité de céréales, il faut aujourd'hui un peu moins de la moitié de la surface de terre arable nécessaire auparavant. " En 2030, il est prévu que 80 % de la production supplémentaire récoltée proviendront de rendements plus élevés, d'un accroissement de la rotation des cultures et d'une réduction des périodes de jachère ", explique le rapport. "Vers 2050, le monde pourrait avoir accès à l'alimentation pour tous", dit le rapport. "Le fait que 815 millions de personnes sont aujourd'hui touchées par une malnutrition chronique n'est pas dû à un manque de capacité à produire la nourriture nécessaire, mais aux contextes sociaux, économiques et politiques mondiaux et nationaux qui permettent à des niveaux de pauvreté inacceptables de se perpétuer, quand ils n'en sont pas la cause". ECOLOGIE"En 2025, on prévoit que la pénurie d'eau augmentera de 50 % dans les pays en développement et de 18 % dans les pays développés", remarque le rapport. "Les effets sur les écosystèmes du monde peuvent empirer la situation actuelle de façon dramatique". Le rapport décrit un cercle vicieux entretenu par une demande d'eau de plus en plus importante. En épuisant et en polluant les fleuves, lacs et zones humides, nous détruisons des écosystèmes qui jouent un rôle essentiel dans le filtrage et la formation des ressources en eau douce. Aux Etats-Unis, selon un bilan de 1998, 40 % des cours et plans d'eau n'étaient pas A propos de la faune des eaux continentales, le rapport souligne que 24 % des mammifères et 12 % des oiseaux sont menacés. Entre 34 et 80 espèces de poissons ont disparu depuis la fin du XIXe siècle, six depuis 1970. Seuls 10 % environ des espèces de poissons du monde, la plupart habitant les eaux continentales, ont pu être étudiés en détail, et pourtant un tiers sont menacés. CONFLITS ET COOPERATION A L'ECHELLE INTERNATIONALELa demande en eau augmentant, on parle beaucoup de possibles guerres de l'eau. Le rapport présente des données empiriques qui ne vont pas dans ce sens. La pénurie de l'eau va certes intensifier les conflits entre les Etats, mais il y a peu d'éléments qui permettent de penser que ces situations déboucheront sur de véritables guerres. Le rapport souligne les conclusions d'une étude sur toutes les interactions (entre deux pays ou plus) liées à l'eau au cours des 50 dernières années. Sur un total de 1'831 interactions, 1'228, soit une très large majorité, ont concerné la coopération. Parmi ces interactions, on trouve près de 200 traités sur un partage de l'eau ou la construction de nouveaux barrages. On compte 507 événements conflictuels. Seulement 37 ont impliqué le recours à la violence, dont 21 actions militaires (18 d'entre elles concernent Israël et ses voisins). "Quelques-uns des ennemis les plus acharnés de la planète ont négocié des accords sur l'eau ou sont en train de le faire pour les fleuves internationaux", rappelle le rapport. "Le Comité du Mékong, par exemple, a continué à échanger des informations pendant toute la guerre du Vietnam. La Commission du Fleuve Indus a survécu à deux guerres entre l'Inde et le Pakistan. Et les dix pays riverains du Nil sont actuellement en train de négocier le développement du bassin du fleuve". Il existe 261 bassins hydrographiques internationaux et 145 nations ont des territoires sur des bassins partagés. Un tiers environ de ces bassins implique plus de deux pays, et 19 en impliquent 5 ou plus. Selon le rapport, pour une bonne partie de l'Afrique et du Moyen-Orient, ces ressources partagées représentent plus de la moitié de l'eau. La même situation prévaut dans la pointe Sud de l'Amérique latine. Alors qu'il a été porté beaucoup d'attention aux fleuves internationaux, les réserves Il présente également la première carte des ressources souterraines d'eau au plan mondial. Les aquifères stockent 98 % des réserves d'eau accessibles. Entre 600 et 700 km3 sont extraits chaque année, fournissant, selon le rapport, environ 50 % de l'eau potable mondiale, 40 % de la demande industrielle et 20 % de celle de l'agriculture irriguée. Ces proportions varient largement d'un pays à l'autre et sont présentées dans un tableau détaillé. VILLES"Lorsque la gestion des déchets est mauvaise ou inexistante, les villes deviennent les environnements de la planète les plus dangereux pour la vie de ses habitants", dit le rapport. Selon une étude portant sur 116 villes, les zones urbaines en Afrique sont les plus mal équipées, avec seulement 18 % de foyers raccordés aux égouts. Le taux de raccordement en Asie est d'un peu plus de 40 %. "Les populations pauvres de ces villes sont les premières victimes des maladies liées au système sanitaire, aux inondations et même au taux grandissant des maladies liées à l'eau comme la malaria, qui fait désormais partie des principales causes de maladie et de mortalité dans de nombreuses zones urbaines", explique le rapport. En Asie du Sud, par exemple, le moustique urbain Anophèle stephensi a adapté ses habitudes de ponte en fonction des réservoirs d'eau que l'on trouve un peu partout sur les toits. "Dans une perspective de santé publique", dit le rapport, "il est préférable de fournir à toute la population d'une ville une eau de qualité à travers des robinets situés dans un rayon de 50 mètres des foyers que de fournir l'eau courante aux seuls 20 % de foyers les plus riches". Le rapport insiste également sur plusieurs raisons qui
militent en faveur du fait de donner la priorité aux villes
plutôt qu'aux zones rurales, quand un tel choix s'avère
nécessaire. Premièrement, les coûts
unitaires des infrastructures nécessaires sont inférieures
parce que les zones urbaines permettent de réaliser d'importantes
économies d'échelle et de proximité. Deuxièmement,
de nombreuses villes ont une base économique plus prospère
que les zones rurales, offrant plus de possibilités d'augmenter
les revenus issus de la distribution de l'eau. Troisièmement, "les zones urbaines ne font pas que concentrer les individus et les entreprises, elles concentrent également leurs déchets". UTILISATION INDUSTRIELLEAujourd'hui l'industrie représente 22 % de l'utilisation totale de l'eau dans le monde : 59% dans les pays à revenus élevés, 8 % dans les pays à faibles revenus. Le rapport prévoit que cette moyenne atteindra 24 % en 2025, quand l'industrie utilisera environ 1 170 km3 par an. Chaque année, 300 à 500 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues d'épandage toxiques et autres déchets issus de l'industrie s'accumulent dans les réserves d'eau. Plus de 80 % des déchets dangereux du monde sont produits aux Etats-Unis et dans les autres pays industriels. RISQUE DE CATASTROPHES NATURELLESLe rapport souligne la nécessité de faire de la réduction du risque une partie intégrante de la gestion des ressources d'eau. Alors que le nombre de désastres géophysiques, tels que tremblements de terre et glissements de terrains est resté globalement le même, le nombre et l'importance des événements liés à l'eau (sécheresses et inondations) ont plus que doublé depuis 1996. Pendant la dernière décennie, 665'000 personnes ont été tuées dans des catastrophes naturelles. Plus de 90 % ont perdu leur vie dans des inondations et des sécheresses. 35 % de ces catastrophes naturelles ont eu lieu en Asie, 29 % en Afrique, 20 % aux Amériques, 13 % en Europe et le reste en Océanie. ENERGIEL'énergie hydroélectrique est l'une des principales [et des plus utilisées] sources renouvelables d'énergie. Elle a fourni 19 % de la production totale d'électricité en 2001. Les pays industrialisés exploitent à environ 70 % ce potentiel électrique, contre 15 % dans les pays en développement, selon le rapport. Le Canada est le plus gros producteur suivi par les Etats-Unis et le Brésil. Des ressources hydroélectriques non utilisées sont encore abondantes en Amérique latine, en Inde et en Chine. "En développant la moitié de ce potentiel, nous pourrions réduire les émissions de gaz à effet de serre de 13 %", explique le rapport. Néanmoins, il montre aussi les nombreux impacts négatifs de la construction de barrages, parmi lesquels figurent le déplacement des populations locales et les dégâts sur l'environnement, tels que la perte de la biodiversité et de zones humides. PORTAIL MONDIAL DE L'EAULe Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau [WWAP], avec d'autres partenaires, développe le Portail mondial de l'eau pour fournir un accès simplifié à un vaste éventail d'informations sur l'eau à tous les décideurs, aux gestionnaires d'eau, aux techniciens et au public en général. Avant de devenir mondial, un portail prototype sur l'eau a été développé pour les Amériques pour tester les façons de partager les informations entre organisations concernées par l'eau aux niveaux local, national et régional Année internationale de l'eau douce : http://www.wateryear2003.org |