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SEPTEMBRE 201, LORGANISATION DE LA RIPOSTE AMERICAINE
::: Les américains, Ben Laden et les talibans
"Tous les chemins [de l'enquête] mènent à Oussama Ben Laden et à ses installations en Afghanistan". Une semaine après les attaques terroristes contre le World Trade Center, à New York, et le Pentagone, à Washington, les Etats-Unis n'ont aucun doute sur la responsabilité de l'islamiste saoudien dans l'organisation des attentats du 11 septembre 2001. Ben Laden est soupçonné de diriger en Afghanistan même un réseau terroriste dénommé Al-Qaida (la base).
Le président américain Bush veut Ben Laden "mort ou vif", comme au bon vieux temps, note le quotidien "Le Monde". Le 17 septembre, au Pentagone, il a cité "la vieille affiche de l'Ouest "Recherché, mort ou vif", précisant cependant : "Tout ce que je veux, tout ce que veut l'Amérique, c'est qu'il soit livré à la justice". |
__Le 18 septembre, le CONSEIL DE SECURITÉ des Nations unies a exigé des talibans - un mouvement fondamentaliste musulman d'ethnie pachtoune, maître de Kaboul depuis septembre 1996 - la "livraison immédiate et inconditionnelle" de Ben Laden et de ses lieutenants. "Le Conseil de sécurité n'a qu'un seul message pour les talibans: mettre en oeuvre les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier la résolution 1333, immédiatement et sans condition", déclare, à New York, l'ambassadeur de France Jean-David Levitte, qui préside le Conseil.
Les Américains demandent aux pays musulmans de rallier leur "coalition" mondiale antiterroriste et de participer au combat politique, financier, militaire, clandestin contre les réseaux terroristes. Cette "coalition" s'organise difficilement, beaucoup de dirigeants de ces pays ayant à faire face à partis religieux extrémistes et de forts sentiments anti-américains dans la population.
__EN AFGHANISTAN, le régime des talibans appelle la population à se préparer au djihad, à la guerre sainte. Les déclarations et manifestations contre les préparatifs de guerre américains.
Persuadés de l'inéluctabilité de représailles américaines sur l'Afghanistan, plus d'un million de personnes (sur une population de 26 millions) fuient les grandes villes du pays en direction de la province, du Pakistan, de l'Iran ou du Tadjikistan. Selon les Nations unies, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur de l'Afghanistan pourrait passer de 1,1 à 2,2 millions pendant l'hiver. Quelque 3,7 millions d'Afghans sont déjà réfugiés dans les pays voisins, dont deux millions au Pakistan et 1,5 millions en Iran.
__LES ÉTATS-UNIS, qui cherchent à enrôler l'ensemble de la communauté internationale dans leur "coalition antiterroriste", ont mobilisé toutes les ressources de leurs services de renseignement et coopèrent avec d'autres services, notamment pakistanais et russes.
Dans le cadre d'une opération baptisée "Liberté immuable", les forces américaines - et britanniques - préparent frappes et actions de commandement. Mais, met en garde le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, dès le 24 septembre, "il n'y aura pas de solution rapide, cela ne sera pas terminé en cinq minutes ou cinq mois, cela prendra des années". La "victoire" dépendra de la capacité des Etats-Unis à empêcher "des organisations terroristes à terroriser".
La première offensive américaine est financière: le 24 septembre, les Etats-Unis gèlent les avoirs, dans leur pays, de 27 organisations ou individus liés au terrorisme.
LES ÉTATS-UNIS SUR LA ROUTE DE L'AFGHANISTAN
17 septembre
A Islamabad, Pakistan, des militants de plusieurs mouvements musulmans radicaux manifestent leur opposition à un éventuel soutien pakistanais à une action américaine contre les talibans.
18 septembre
"Oussama est notre héros". Quelque 3.000 étudiants d'écoles religieuses défilent à Karachi (Pakistan), près d'une grande madrassa (école coranique) qui a formé beaucoup de talibans. "Jusqu'à maintenant, seulement le World Trade Center a été détruit, mais nous détruirons toute l'Amérique. Nous mourrons pour les talibans. Nous mourrons pour l'Islam. Nous mourrons pour Oussama", crient-ils.
"Je voudrais dire à notre peuple que notre djihad va officiellement reprendre contre les Américains", déclare le vice-président du conseil des ministres, le mollah Mohammad Hassan Akhund. Des dignitaires religieux semblent exclure toute extradition d'Oussama Ben Laden
Une délégation pakistanaise de haut niveau tente d'obtenir des talibans l'extradition de Ben Laden.
19 septembre
Au Pakistan, pays frontalier qui s'est rangé du côté américain dans la guerre contre le terrorisme, le Conseil des oulémas appelle à "un djihad contre l'Amérique et ses alliés s'ils attaquent l'Afghanistan. Cette attaque [serait] un acte de terrorisme".
Les Etats-Unis lancent un nouvel avertissement à l'Afghanistan, affirmant que le moment était venu d'extrader Oussama Ben Laden. Le président Bush exhorte "fermement les talibans à livrer les chefs du groupe [terroriste Al Qaida] qui se cachent dans leur pays".
Le chef suprême des taliban d'Afghanistan, le mollah Mohammad Omar, exclu toute extradition d'Oussama Ben Laden sans preuve de sa culpabilité dans les attentats et accuse les Etats-Unis de chercher "un prétexte" pour une guerre contre l'Islam. "S'il y avait des preuves établissant la culpabilité d'Oussama, ces preuves devraient être remises à la cour suprême afghane" et il faudrait laisser à des "ouléma de trois pays islamiques ou de l'OCI" (Organisation de la Conférence Islamique) le soin de juger du bien-fondé de ces preuves.
Il se dit cependant prêt à "tenir des négociations même maintenant" avec les Etats-Unis, qu'il appelle à "faire preuve de patience".
Le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, confirme que "Ben Laden est un suspect, et c'est la principale cible des Américains. La seconde cible, ce sont les talibans qui abritent Ben Laden. Ces cibles n'ont rien à voir avec l'islam ou le peuple afghan."
20 septembre
Réunis à Kaboul les 19 et 20 septembre, les ouléma de toutes les provinces d'Afghanistan demandent à l'exécutif taliban et à son chef, le mollah Mohammad Omar, "commandeur des croyants", de faire en sorte que Ben Laden "quitte l'Afghanistan de son plein gré, pour l'endroit de son choix, et au moment approprié".
Dans leur édit religieux, ils déclarent "espérer que l'Amérique ne lancera aucune attaque contre l'Afghanistan" et procèdera plutôt à une "enquête complète", avec la participation de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), afin de "sauver des vies innocentes". Le texte contient une expression de "douleur" et de "chagrin" après les attentats de New York et Washington.
 A Washington, devant les deux chambres réunies du Congrès des Etats-Unis, en présence notamment du Premier ministre britannique Tony Blair et du maire de New York Rudolph Giuliani, le président Bush affirme que "les éléments de preuve rassemblés [par les services américains] désignent tous un réseau d'organisations terroristes liées entre elles, connu sous le nom d'Al-Qaida", le réseau dirigé par Ben Laden.
Les talibans doivent livrer les terroristes ou ils partageront leur sort, assure-t-il. "Fermez immédiatement et de façon permanente tous les camps d'entraînement terroristes en Afghanistan et livrez tous les terroristes et toutes les personnes qui leur apportent un soutien".
"Livrez aux autorités américaines tous les dirigeants de l'organisation Al-Qaida qui se cachent sur votre terre.
"Ces demandes ne sont pas ouvertes à la négociation ou à la discussion. Les talibans doivent agir et agir immédiatement. Ils livreront les terroristes ou ils partageront leur sort".
Le président américain précise encore que la "guerre [des Etats-Unis] contre la terreur commence avec Al-Qaida, mais ne se termine pas là. Elle ne se terminera que lorsque chaque groupe terroriste qui peut frapper partout dans le monde aura été repéré, arrêté et vaincu".
La riposte américaine aux attentats, ajoute-t-il, "pourra comprendre des frappes spectaculaires, diffusées à la télévision, et des opérations secrètes, secrètes jusque dans leur succès". "Nous allons priver les terroristes de financement, les dresser les uns contre les autres, les déplacer d'endroit en endroit jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de refuge ou de repos". |
21 septembre
Dans une déclaration à l'agence Afghan Islamic Press (AIP), les talibans refusent une nouvelle fois de livrer Oussama Ben Laden. "Ce n'est pas possible", déclare l'ambassadeur des talibans au Pakistan, Abdul Salam Zaeef. Il "n'y a pas de changement dans notre position sur Oussama". Il ajoute: "remettre [Ben Laden] à l'Amérique ou le pousser hors du pays est une insulte à l'islam et à la charia", la loi islamique.
Dans leurs prêches de la prière du vendredi, les mollahs invitent les fidèles à rejoindre le djihad contre les Etats-Unis en cas d'attaque. A Kaboul, les fidèles de la mosquée Wazir Akbar Khan ont répondu à l'invitation "Etes-vous prêts pour le djihad?" : "Oui, nous le sommes".
A Peshawar (Pakistan), des milliers d'extrémiste, proches des talibans, conspuent le soutien pakistanais aux Etats-Unis. Les hauts parleurs de la mosquée Namak Mandi, dans le centre de la ville, annoncent : "Une attaque contre l'Afghanistan sera considérée comme une attaque contre le monde islamique". "Vive Oussama Ben Laden". "Nous écraserons l'Amérique et les juifs". Un étudiant en anglais confie à l'envoyé spécial de "Libération" : "Lorsque le combat avec les Etats-Unis sera fini et que tous les américains seront morts, je voudrai me lancer dans les affaires. Je suis sûr que mon anglais sera très utile".
Selon le quotidien pakistanais News, citant plusieurs sources, Oussama Ben Laden a quitté l'Afghanistan le 17 septembre.
23 septembre
"Oussama Ben Laden a disparu. Nous le recherchons", déclare Abdul Hai Mutmaeen, porte-parole des talibans à l'agence Afghan Islamic Press (AIP), proche du régime de Kaboul.
Condoleezza Rice, conseillère du président Bush pour la sécurité nationale, déclare que "la première tâche" des Etats-Unis est "d'étrangler le réseau terroriste et de l'empêcher de se tenir dans l'ombre" en l'empêchant d'avoir accès à ses ressources financières".
24 septembre
Les talibans mobilisent massivement leurs troupes pour se préparer à une guerre avec les Etats-Unis, qui apparaît de plus en plus imminente. 300.000 hommes expérimentés au djihad ont été déployés à Kaboul, la capitale, aux frontières et sur les sites importants. L'Iran et le Pakistan ont fermé leurs frontières.
Le président Bush signe un décret gelant les avoirs aux Etats-Unis de 27 sociétés soupçonnées d'être associées avec Oussama Ben Laden et son organisation Al Qaida. Le décret interdit également toutes transactions financières avec ces sociétés.
Les talibans prennent le contrôle des bureaux des Nations unies à Kandahar, ville du sud de l'Afghanistan, et imposent un "black-out" total sur les communications des Nations unies vers l'extérieur du pays.
25 septembre
"Quiconque nous attaque ou aide à une attaque est notre ennemi et nous l'attaquerons", déclare le ministre adjoint à la défense des talibans, Mollah Nour Ali. De son côté, le mollah Mohammad Omar explique que les attentats du 11 septembre étaient une revanche aux "atrocités" commises par les autorités américaines "dans les pays musulmans".
L'Arabie Saoudite annonce "la rupture de toutes ses relations avec les talibans" accusés de ne pas répondre "aux contacts et initiatives entrepris par l'Arabie Saoudite pour les convaincre de cesser de donner refuge aux terroristes et de les former".
Ryad "déplore" que le régime en place à Kaboul ait "fait de son territoire un centre d'accueil, de formation et de mobilisation d'un nombre d'égarés de toutes les nationalités, particulièrement de citoyens saoudiens, pour qu'ils entreprennent des actes criminels contraires à toutes les religions, tout en refusant de livrer ces criminels à la justice".
Le communiqué saoudien relève encore que "le gouvernement des talibans continue à utiliser ses territoires pour abriter, armer et exhorter les criminels à perpétuer des opérations criminelles contre des innocents [...], ce qui a nui à l'islam et à l'image des musulmans dans le monde".
Le Pakistan, dont une partie de la population et de l'armée soutient les talibans, est le seul pays à conserver des relations diplomatiques avec Kaboul. Les Emirats des Etats arabes avaient rompu leurs relations avec la milice des talibans le 22 septembre.
A Djakarta, Indonésie, le Conseil des oulémas appelle "tous les musulmans du monde à unir et à mobiliser leurs forces pour combattre au nom d'Allah en cas d'agression des Etats-Unis et de leurs alliés contre l'Afghanistan et le monde islamique", tout en s'opposant à tout acte de rétorsion contre les ressortissants américains ou occidentaux présents en Indonésie.
A Washington, dans un appel voilé à un soulèvement populaire, le président Bush a demande la "coopération des citoyens qui en Afghanistan en ont assez des talibans au pouvoir ou assez d'abriter des gens comme Oussama Ben Laden". "Notre mission, ajoute-t-il, est de débusquer les terroristes, de les capturer et de les traduire en justice".
26 septembre
A Kaboul, plusieurs dizaines de milliers de manifestants crient leur colère contre les Etats-Unis mercredi à Kaboul, brûlant des voitures devant l'ancienne ambassade américaine.
27 septembre
Les responsables américains semblent écarter l'idée d'une offensive imminente en Afghanistan et insistent sur la priorité donnée au renseignement pour localiser Ben Laden. "Nous n'allons pas nous précipiter. Nous allons avancer d'une façon mesurée", déclare le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld.
Le secrétaire d'Etat Colin Powell rappelle, de son côté, l'objectif américain : capturer "Oussama Ben Laden et ses principaux lieutenants, déraciner son réseau Al-Qaida en Afghanistan, détruire ses bases et nous laisser y accéder pour voir qu'elles ont bien été détruites".
28 septembre
Le mollah Mohammad Omar réitère son refus de livrer Oussama Ben Laden, devant les membres d'une délégation pakistanaise - composée de religieux et de responsables des services de renseignement - venue le rencontrer à Kandahar. "Les talibans ont clairement indiqué qu'il n'était pas question de remettre Oussama Ben Laden pour des raisons morales et religieuses", déclare à l'Agence France Presse (AFP) le mufti Jamil, l'un des dirigeants religieux à son retour au Pakistan.
 Le journal pakistanais pro-taliban Ummat - un quotidien en langue ourdou basé à Karachi (Pakistan) - publie un long entretien avec Oussama Ben Laden qui nie, une nouvelle fois, toute implication dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis: "En tant que musulman, je ne mentirai pas. Je n'étais ni au courant de ces attaques ni ne soutiendrai des tueries d'hommes, de femmes et d'enfants innocents".
Le "chef du mouvement Al-Qaida" reconnaît cependant qu'il a "des endroits autour du monde" où des organisations de combattants musulmans sont actives: "de Kaboul en Tchétchénie, en passant par la Palestine, la Bosnie, le Soudan, la Birmanie, le Cachemire et beaucoup d'autres pays. Le djihad se poursuivra même si je ne suis pas là".
Ben Laden affirme que le gel ordonné par Washington des avoirs financiers de son organisation Al-Qaida ne met pas en péril l'activité de celle-ci. "Grâce à Dieu, Al-Qaida a plus de trois réseaux de financement différents. Il est géré à travers le monde par des jeunes d'un très bon niveau d'éducation. Nous n'avons pas quelques centaines, ou quelques milliers, mais plutôt des centaines de milliers de jeunes ayant ce profil et qui sont tout à fait au courant de toutes ces choses et connaissent les solutions de remplacement". |
29 septembre
Le président Bush affirme que "l'Amérique agira de manière délibérée et décisive et [que] la cause de la liberté prévaudra", ajoutant: "Nos armes sont militaires et diplomatique, financières et juridiques. Dans cette lutte, nos plus grands atouts sont la patience et la résolution du peuple américain".
30 septembre
L'opération "Liberté immuable" est en cours. La guerre de l'ombre a commencé, titrent "Le Monde" et l'Agence France Presse. Infiltrées en Afghanistan, des unités spéciales américaines et britanniques sont déjà entrées en action, note "Le Monde", pour traquer Oussama Ben Laden et préparer une éventuelle riposte militaire contre les talibans. Le président Bush a déclaré que l'armée américaine est "aux trousses" des terroristes.
La riposte militaire des Etats-Unis, avec, à leurs côtés, la Grande-Bretagne, devrait mêler actions clandestines et opérations spectaculaires.
A Londres, le Premier ministre britannique Tony Blair affirme détenir des "preuves fortes et incontestables des liens (de Ben Laden) avec les attaques terroristes du 11 septembre". Il met en garde le régime des taliban, qui a "protégé et soutenu" Ben Laden: "Ou ils nous aident, ou ils deviennent des ennemis. S'ils ne sont pas disposés à livrer Ben Laden, alors ils deviennent un obstacle que nous devons neutraliser ou balayer".
L'ambassadeur des talibans au Pakistan, Abdul Salam Zaeef, déclare que Ben Laden se trouve toujours en Afghanistan, "sous le contrôle de l'Emirat islamique d'Afghanistan", dans "un endroit tenu secret pour sa propre sécurité". Il confirme que ce dernier avait bien reçu l'édit des ouléma afghans lui demandant de quitter le pays, mais qu'il n'y avait "pas répondu.
A Islamabad, le président pakistanais Moucharraf admet que "les espoirs sont très faibles de voir les talibans se plier aux demandes américaines de livrer Ben Laden. Les talibans ont montré peu de flexibilité après l'édit des oulémas demandant à Ben Laden de partir, mais les signaux ne sont pas très encourageants".
Dans une interview à la radio officielle afghane, le chef des talibans, le mollah Mohammad Omar, avertit les Etats-Unis de "réfléchir à deux fois" avant d'attaquer l'Afghanistan. "Si vous attaquez, il n'y aura pas de différence entre vous et les russes", prévient-il. "Nous aimons la paix et nous haïssons le terrorisme, assure-t-il, soulignant que "tout ce qui arrive aux Américains est le résultat de leur politique et qu'ils devraient la revoir afin de ne pas créer de problèmes inutiles avec les musulmans".
30.09.2001. |