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Camp d'Auschwitz
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JANVIER 2004 / UNE VUE AERIENNE DU CAMP DE CONCENTRATION D’AUSCHWITZ, PRISE EN 1944 PAR LA ROYAL AIR FORCE, MONTRE LE CAMP D’EXTERMINATION D’AUSCHWITZ
__La fumée d'Auschwitz

Le département des archives de reconnaissance aérienne de l'université de Keele, dans le centre de l'Angleterre, diffuse sur son site Internet des clichés pris, entre avril 1944 et janvier 1945, par les avions de reconnaissance de la Royal Air Force au dessus de l'Allemagne. Les missions avaient comme objectif principal le complexe chimique (essence et caoutchouc synthétiques) de l'IG-Farben, à Monowitz, situé à 8 km du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.

La photo ci-contre - une photo vue du ciel du camp d'Auschwitz - a été prise le 23 août 1944, à 11h du matin, alors qu'un convoi de juifs hongrois, hommes, femmes et enfants était exterminé. Une colonne de fumée s'élève. Une colonne de fumée s'élève près de l'ensemble chambre à gaz - crématoire V de ce que les archivistes britanniques identifient comme une fosse où brûlent à ciel ouvert des corps. "C'est hautement probable, explique l'un d'eux, Ian MacLeod, d'autant que l'on sait, par ailleurs, que les fours crématoires tombaient en panne régulièrement".

Ce n'est pas en soi une première : une trentaine de clichés aériens d'Auschwitz pendant la guerre sont accessibles depuis longtemps - ne serait-ce qu'au musée mémorial de l'Holocauste, à Washington [1] et sur différents sites Internet, écrit Marie Guichoux dans le quotidien Libération.

"Ce n'est pas un scoop, mais c'est une photo extrêmement intéressante", commente Florent Brayard, chercheur à l'Institut d'histoire du temps présent [2] à qui Libération a demandé de l'étudier. C'est le premier cliché connu "avec ce nuage de fumée incroyable". Et donc, avec cette charge émotionnelle. Il poursuit : "A Auschwitz, ce 23 août, il n'arrive pas de convoi. Mais, aux alentours du crématoire V, on brûle des corps qu'on n'a probablement pas eu le temps de brûler la veille".

En mai 1944, 228'674 Juifs hongrois sont déportés à Auschwitz ; en juin, 169'345; en juillet, 72 419 ; en août, 17 218. Bientôt, il n'y aura plus de Juifs à rafler en Hongrie. "Le rendement du crématoire V était insuffisant" et les nazis utilisaient "ces petites fosses en plein air". Pour l'historien, cette vue est "l'image raccord" d'une série de quatre photos qu'un jeune Juif grec, interné à Auschwitz, avait pu prendre en août 1944 et faire passer à la résistance polonaise. "Ce sont les seules images que l'on ait prises de l'intérieur du crématoire V. On y voit la même fumée. Je ne peux pas dire que ça ait eu lieu le même jour ou à la même heure, mais dans la même quinzaine. Vu du dessus et vu de l'intérieur". Vu du dessus, pour les Alliés, la priorité parmi les clichés de reconnaissance qui leur arrivaient était à la recherche des renseignements militaires. Même si, depuis l'automne 1942, ils avaient eu vent du plan nazi d'extermination totale des Juifs d'Europe.Up

Sources: quotidiens Le Monde, 27 janvier 2004, Le Monde 2, 22-23 février 2004; Libération, 29 janvier 2004. Site Internet: www.evidenceincamera.co.uk

[1] Deux photos, datant des 31 mai et 26 juin 1944, y sont exposés.
[2] Auteur d'un livre sur la Solution finale de la question juive, à paraître en 2004 chez Fayard.

"LES POUVOIRS PUBLICS ONT SU PLUS TOT QU'ON NE L'A CRU ET PLUS PRECISEMENT"

Un journaliste du quotidien Le Monde, Laurent Greilsamer, a demandé à Jean-Marc Dreyfus, historien, spécialiste de la Shoah et chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin, si les photos du camp d'extermination d'Auschwitz, diffusées sur le site Internet de l'université de Keele, étaient "les premières".

"Non, il y en a d'autres. Je pense notamment au fonds des archives nationales à Washington, où se trouvent beaucoup de photographies qui ont été déclassifiées à la fin des années 1970. Elles sont particulièrement nettes et précises. On discerne le gigantesque site d'Auschwitz, le camp de Birkenau et les lignes de chemin de fer qui permettaient aux Allemands de conduire les juifs dans les camps d'extermination. Ces documents datent des années 1943-1944.
Certains sont du reste exposés à Auschwitz : ils permettent de mieux comprendre le fonctionnement du camp.

- De telles photographies pouvaient-elles permettre aux Alliés de prendre conscience du génocide des juifs ? Ont-ils ainsi découvert la mise en place des chambres à gaz ?
"Les Américains ont analysé les documents qu'ils possédaient. Ils n'ont pas pu ou pas su conclure où se trouvaient précisément les chambres à gaz. L'analyse des photos aériennes n'a été menée qu'à la fin des années 1970. En revanche, ils ont analysé le nombre des voies ferrées, leur destination, l'importance du trafic ferroviaire. Ils en ont déduit qu'une ville de 1,5 million d'habitants était en cours de formation, mais sans comprendre le détail de son organisation, des conditions de mise à mort des juifs qui s'y trouvaient.

"Le rallongement de la rampe d'accès au camp de Birkenau, repérable sur les photographies, n'a été analysé que dans les années 1970. C'est toute la différence entre le fait de disposer d'une information et le fait de l'avoir assimilée, intégrée.Up

"L'ampleur de la Shoah n'a vraiment été comprise par les opinions publiques qu'au début des années 1950, ou peut-être même plus tard, au moment du procès Eichmann. Même les éléments disponibles à la Libération, en particulier des photos, n'ont pas suffi. Pour ce qui concerne les autorités, c'est différent. Je dirais que les pouvoirs publics ont su plus tôt qu'on ne l'a cru et plus précisément.

- D'autres documents ont-ils joué un rôle dans la prise de conscience du génocide par les gouvernements ?

"Les documents écrits ont joué un rôle essentiel. Le rapport Riegner, du nom du représentant du Congrès juif mondial à Genève, parvenu à Washington en 1942, est un texte très précis. Là, les autorités savent de manière incontestable.

"De même, des télégrammes de l'ambassadeur du Chili à Prague, en 1943, ont été interceptés par les services secrets alliés. Les dépêches diplomatiques de l'ambassadeur de France à Bucarest, Jacques Truelle, qui ont été publiées récemment, sont des documents formidables de précision. Ce diplomate a réalisé une véritable enquête et raconte l'extermination de centaines de milliers de juifs en Roumanie. Serge Klarsfeld a découvert des télégrammes français de juillet 1944 faisant le point sur la situation à Budapest.

- Ces documents n'auraient-ils pas dû pousser les Alliés à bombarder les voies ferrées menant aux camps d'extermination ?

"Des bombardements par les Anglo-Saxons auraient-ils changé le cours de la Shoah ? Le débat n'est pas clos. C'est la mauvaise conscience de l'Amérique ! Certains vous expliquent que ces bombardements seraient restés symboliques et que les Allemands auraient aussitôt reconstruit les voies ferrées endommagées.

"Le Congrès juif américain a solennellement demandé à la Maison Blanche, au printemps 1944, d'effectuer des opérations pour arrêter le processus de destruction des juifs. Le président Roosevelt a répondu par écrit pour expliquer qu'il ne le ferait pas. Sa priorité, expliquait-il, était de gagner la guerre".

Le CAMP D'EXTERMINATION D'AUSCHWITZ-BIRKENAU symbolise l'Holocauste pour avoir été la plus grande usine de la mort créée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. De 1940 à 1945, environ 1,1 million d'hommes, de femmes et d'enfants, dont une immense majorité de juifs de divers pays d'Europe occupés par les Allemands y périrent, selon les historiens. Y furent également exterminés 85'000 Polonais non juifs, 20'000 Tziganes, 15'000 Soviétiques et 12'000 ressortissants d'autres pays.

A 50 km à l'ouest de Cracovie, le camp d'Auschwitz situé dans la ville polonaise d'Oswiecim est situé à trois kilomètres de celui de Birkenau. Ce dernier, construit à partir de 1941, est devenu en 1942 le principal lieu d'extermination des juifs dans le cadre de "la solution finale" nazie puisqu'il abritait quatre ensembles "chambres à gaz et fours crématoires". Les juifs arrivant à Birkenau dans des wagons à bestiaux étaient dirigés directement vers les chambres à gaz (ceux qui étaient sélectionnés pour la mort).

Le 27 janvier 1945, 7'500 prisonniers restant encore dans le camp ont été libérés par l'Armée rouge. Avant leur fuite, les nazis avaient pris soin de détruire leur sinistre usine et nombre de bâtiments de ce complexe de 42 km2 qui comprenait trois camps construits par leurs prisonniers.

Depuis 1947, ce site est classé monument national polonais et accueille un musée. Auschwitz-Birkenau, sous tutelle d'un comité international, est également inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

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