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__Ce qu’était Auschwitz
[Document : Maison de la Conférence de Wannsee]


A la fin de l'été 1941, Himmler décide qu'Auschwitz sera le principal camp d'extermination et de concentration du Troisième Reich. Les Juifs, les "Gitans" et les prisonniers de guerre soviétiques y sont systématiquement assassinés. Le camp d'origine, construit en 1940 pour les détenus politiques de Pologne, est agrandi. On y ajoute encore deux autres camps à Birkenau et à Monowitz. Les seuls travaux de construction coûtent la vie à 8'000 personnes.

Au printemps 1942, les sélections pour les chambres à gaz commencent à Birkenau. Parallèlement, on se prépare à construire de nouvelles installations de mort plus vastes. Elles sont terminées à la fin du premier semestre de 1943. Le massacre généralisé devient une industrie.

Auschwitz-Birkenau se transforme en une gigantesque usine de mort, avec ses quatre grandes installations équipées des techniques les plus modernes, ses chambres à gaz et ses fours crématoires aux dimensions sans précédent, ses monte-charge électriques pour transporter les corps et l'utilisation du Cyclone B.

En 1944, comme pour n'importe quel établissement industriel, le camp est directement raccordé au réseau ferroviaire. Les trains de marchandises livrent des milliers d'êtres humains, et transportent vers l'Allemagne tout ce qu'ils possédaient encore, trié par une équipe de 700 détenus. L'argent liquide va à la Reichsbank, les vêtements et les chaussures sont pour le "Secours d'hiver allemand". On récupère même les cheveux, l'or qu'on arrache des dents et les cendres des os.

Les vieillards, les handicapés, les porteurs de lunettes, les enfants et leurs mères sont gazés immédiatement après leur arrivée. Les hommes et les femmes, jeunes et robustes, que les médecins SS désignent pour le travail forcé, sont emmenés dans le camp. En août 1944, il y a 185'000 détenus prisonniers dans les trois camps principaux et les 40 camps annexes. Les plans pour la construction d'équipements d'extermination supplémentaires et le doublement du camp de Birkenau ne pourront plus être réalisés.

La sélection à la rampe ne dépend pas que de l'état physique des déportés, mais aussi de la capacité du camp et de ses besoins en main d'œuvre à l'arrivée d'un convoi. Au cours des mois d'été, période des travaux à l'extérieur du camp, le pourcentage de ceux qu'on laisse en vie est un peu plus important, durant les mois d'hiver il est au plus bas. Dans tous les cas, la majorité des arrivants est tuée sur le champ. Des 400'000 prisonniers enregistrés dans le fichier du camp, seuls 60'000 seront encore en vie à la fin de la guerre. On évalue à 1,5 million le nombre total des victimes du camp.

Avec Auschwitz, le régime nazi s'est élevé le monument qui lui correspondait le mieux.Up

L'arrivée

"Le transport de Stettin à Auschwitz a duré trois jours et trois nuits. Nous avons été transportés dans des wagons à bestiaux, à raison d'environ 45 personnes, hommes, femmes, enfants par wagon fermé. Durant ces trois jours et ces trois nuits, nous n'avons rien eu à boire ni à manger". Kai Feinberg, déporté de Norvège.

"A l'ouverture des wagons, nous fûmes sortis sur le quai de la façon la plus brutale par des S.S. et par des prisonniers en tenue rayée et poussés à coups de bâtons vers l'extrémité du quai. Les hommes furent séparés des femmes et des enfants et des scènes déchirantes eurent lieu". Marc Klein, déporté de France.


Sur la rampe

"Le 8 mars, j'ai été arrêté par les SS, ainsi que ma femme et mon fils de trois ans, lors de la dernière opération de masse contre les Juifs, et j'ai été déporté au camp de concentration d'Auschwitz avec ma famille, après un arrêt de plusieurs jours au camp de regroupement de la Grosse Hamburger Strasse. En arrivant à la rampe d'Auschwitz, j'ai été séparé de ma femme et de mon enfant et je ne les ai pas revus depuis". Norbert Wollheim, déporté de Berlin.

Présentation à la "sélection"

Up

Plan d'Auschwitz-Birkenau

Le camp de Birkenau, d'abord conçu pour interner des prisonniers de guerre, se compose des sections de bâtiments I (20'000 détenus) et II (60'000 détenus) situés à gauche et à droite de la rampe, de quatre grands crématoires avec des chambres à gaz souterraines et d'un "Dépôt pour les effets", où les vêtements et les bagages des tués sont triés et préparés pour leur transport dans le Reich.

Sur la droite, la section de bâtiments III, dont la construction n'a pas été terminée et, à gauche, une autre section, la IV, non reproduite sur ce plan, devaient avoir une capacité de 60'000 détenus et porter ainsi les possibilités de traitement des victimes à 200'000. Ces plans restèrent à l'état de projet grâce au cours de la guerre.

"Zone d'action" du camp d'Auschwitz

La zone d'action est formée d'un territoire de 40 kilomètres carrés, sous surveillance perpétuelle de la SS et de la police, et dont l'accès est interdit à la population polonaise. Les 1'600 habitants ont été déplacés, leurs villages rasés.

Sur ce terrain, il y a le camp de base (Auschwitz I) et Birkenau (Auschwitz II). Il faut y ajouter de vastes surfaces agricoles et diverses entreprises, les bâtiments administratifs et les casernes des gardiens. Monowitz et 40 camps plus petits (Auschwitz III) sont situés en dehors de ce périmètre.

La "sélection"

"Nous procédions de la manière suivante pour sélectionner nos victimes : deux médecins SS exerçaient à Auschwitz, chargés d'examiner chaque nouvel arrivage de prisonniers. Les prisonniers devaient défiler devant un des médecins, qui prenait une décision en faisant un signe à leur passage.

"Ceux qui étaient jugés bons pour le travail étaient envoyés au camp. Les autres étaient immédiatement dirigés sur les installations d'extermination. Les enfants en bas âge ont été exterminés sans exception puisque, en raison même de leur jeunesse, ils étaient inaptes au travail". Le commandant d'Auschwitz, Rudolf Höss, Cracovie, 1946.Up



"Après à peine un quart d'heure, la cheminée commençait à cracher d'épais nuages de fumées noires à l'odeur douceâtre qui s'étalaient lourdement sur le camp. Un jet de flamme clair surgissait à une hauteur de deux mètres. Très vite, la puanteur de la graisse et des cheveux brûlés devenait insupportable.

"Et les camions n'arrêtaient pas de passer, toujours par le même chemin. Nous avons compté soixante chargements cette nuit-là. […] Bientôt, après que la dernière voiture eut disparu, les premiers camions sont revenus, chargés des bagages et des vêtements des morts qu'ils emmenaient au dépôt". Dr. méd. Ella Lingens-Reiner, détenue à Auschwitz.

Deux voies

           

Après la sélection, les chemins des déportés se séparent. La majorité va vers les crématoires. Les personnes âgées et les invalides y sont transportées en camions.

Seuls des jeunes adultes en bonne santé, sélectionnés comme travailleurs-esclaves, entrent dans le camp. Dans quelques mois, malades et inaptes au travail, ils rejoindront leurs parents.

La technique de l'extermination de masse

Up

La majorité des dossiers des camps ont été brûlés par les SS, juste avant la fin de la guerre. Parmi les pièces que le hasard a conservées, il y a aussi les documents concernant la construction des nouveaux fours crématoires II et III durant l'hiver 1942/1943.

En été 1943, quatre grands fours crématoires sont achevés. Ils permettent d'atteindre une capacité journalière de 8'000 tués, encore augmentée par des crémations de cadavres en plein air au cours des mois d'été de 1944, au moment de l'arrivée des grands convois de Hongrie.

"Avec la mise en œuvre toutes les forces disponibles jour et nuit, la construction du crématoire a été menée à bien à quelques détails près, malgré d'indicibles difficultés et le gel. Les fours ont été allumés en présence de Monsieur l'ingénieur en chef du contrôle des travaux de l'entreprise exécutante, l'entreprise Topf et Fils, Erfurt, et ils fonctionnent parfaitement. Le plafond de béton armé du souterrain pour les cadavres n'a pu être encore décoffré à cause des effets du gel. Mais c'est sans importance, car on peut utiliser le sous-sol de gazage à la place.

"Comme elle n'a pas pu obtenir de wagons, l'entreprise Topf et Fils n'a pas pu livrer à temps l'appareillage pour la ventilation, en conformité avec la requête de l'Administration centrale du bâtiment et de la construction. Mais dès que l'appareillage pour la ventilation sera arrivé, son montage commencera aussitôt, si bien que l'installation sera probablement en ordre de marche complet le 20-2-43 […]". Le chef de l'Administration centrale du bâtiment à Auschwitz, le SS-Hauptsturmführer Bischoff, au Amtsgruppenchef C, le SS-Brigadeführer Dr. Ing. Kammler, Berlin, 29 janvier 1943.

L'ADMINISTRATION DE LA MORT

Les périphrases changeantes figurant sur les permis de transport du Cyclone B livrent involontairement mais clairement l'utilisation de ce produit chimique. Les chiffres concernant les sélections des transports ne prêtent pas non plus à malentendu.

On note exactement le nombre des déportés « spécialement logés », c'est-à-dire immédiatement gazés, et le petit nombre qui est envoyé au camp pour le travail forcé. On «utilise» même industriellement les cheveux des morts.Up

"Objet : Permis de circuler
Le permis de circuler aller-retour d'un camion pour Dessau en vue d'aller chercher du Cyclone B est accordé par la présente pour le 30/7/43.

Le laissez passer spécial SS -K est à remettre au chauffeur".

Télégramme du chef de l'Amtsgruppe D de l'Administration centrale de l'économie de la SS, Oranienburg, Richard Glücks, au commandant du camp de concentration d'Auschwitz, 30 juillet 1943.

Report on selections from transports at Auschwitz

"Objet : Livraison de 5 022 Juifs de Theresienstadt

Nombre total de l'arrivage du 21/1/43,
2'000 Juifs, dont, sélectionnés pour travailler, 418 = 254 hommes et 164 femmes = 20,9%
du 24/1/43, 2 029 Juifs dont, pour travailler, 228 = hommes et 80 femmes = 11,2%
du 27/1/43, 993 Juifs dont, pour travailler, 284 = 212 hommes et 72 femmes = 22,5%

Ont été spécialement logés le 21/1/43 1582 = 602 hommes et 980 femmes et enfants, le 24/1/43, 1801 = 623 hommes et 1178 femmes et enfants, le 27/1/43, 709 = 197 hommes et 512 femmes et enfants. Le logement spécial des hommes est dû à leur trop grande faiblesse, celui des femmes, parce que la majorité était trop jeune".

Télégramme du SS-Obersturmbannführer Schwarz, Auschwitz, à l'Administration centrale de l'économie de la SS, Oranienburg, 20 février 1943.

RAPPORT CLANDESTIN

"Nous vous envoyons des photos d'une opération de gazage à Birkenau. Une photo montre le bûcher en plein air sur lequel on brûle les cadavres, parce que le crématoire n'arrive pas à suivre avec l'incinération. Devant le bûcher, les cadavres qui restent à entasser.

"L'autre photo (non pas dans ce catalogue) montre un des endroits dans la forêt où les gens se déshabillent, pour aller ensuite dans les chambres à gaz, alors qu'on leur a dit que c'était pour la douche.Up

Urgent : envoyez-nous le plus vite possible deux rouleaux de pellicule pour un appareil 6x9. Il est possible de prendre encore d'autres photos".

Billet clandestin de l'organisation de résistance du camp

ENTRE DEUX CONVOIS

"Le convoi que j'ai vu était composé de Juifs polonais. On ne leur avait pas donné d'eau pendant des jours. Quand on a ouvert les portes des wagons de marchandises, nous avons reçu l'ordre de les faire descendre brutalement et à grands cris. Ils étaient complètement épuisés et une centaine environ étaient morts durant le voyage. Les survivants ont dû se présenter sur cinq rangs. Notre travail consistait à extraire des wagons les cadavres, les mourants et les bagages.

"Les cadavres (et était compté comme tel tout individu qui ne pouvait plus se tenir debout) étaient entassés par couches successives. Les bagages et les paquets étaient rassemblés et entassés. Ensuite, il fallait nettoyer à fond les wagons pour qu'on ne voie plus aucune trace de leur horrible chargement". Récit d'un détenu.

CONDAMNES À MORT

"Le camp d'Auschwitz vient à nouveau de demander, pour des raisons évidentes à comprendre, qu'on ne fasse avant le départ du convoi, sous aucun prétexte, quelque déclaration inquiétante que ce soit aux Juifs à évacuer au sujet de l'affectation qui les attend. Je vous prie de prendre connaissance de cette demande et d'y prêter attention. Par des instructions sans cesse renouvelées aux commandos d'escorte, je vous prie plus particulièrement de veiller à ce que, pendant le voyage, on ne fasse pas non plus aux Juifs d'allusion particulière, par exemple sur la manière dont ils seront hébergés, etc., ce qui pourrait susciter une résistance. Eu égard à l'exécution de plans de travail des plus urgents, Auschwitz doit attacher beaucoup d'importance à ce que la prise en charge des convois et leur répartition se déroulent autant que possible sans problème !"

Télégramme du RSHA aux commandants de la SIPO et du SD de La Haye, Paris, Bruxelles et Metz, 29 avril 1943Up

UNE CHAMBRE A GAZ

    
Auschwitz I.

UN CRÉMATOIRE

Crématorium II, Birkenau.

"Quand j'ai installé le bâtiment d'extermination à Auschwitz, j'ai donc utilisé du Cyclone B, un acide prussique cristallisé, que nous jetions dans la chambre de mort par une petite ouverture. Il fallait de 3 à 15 minutes, selon les conditions atmosphériques, pour tuer les gens dans la chambre de mort. Nous savions quand les gens étaient morts, parce que leurs cris avaient cessé. Nous attendions habituellement une demi-heure avant d'ouvrir les portes et d'enlever les corps. Après avoir emmené les cadavres, nos commandos spéciaux leur retiraient les bagues et les alliances et arrachaient l'or des dents". Le commandant d'Auschwitz, Rudolf Höss, Cracovie 1946.

LE DEPOT DE CHAUSSURES

"Vous devez encore vous rappeler cette séance du Reichstag où j'ai dit : Si la juiverie s'imagine déclencher une guerre internationale pour exterminer les races européennes, le résultat n'en sera pas l'extermination des races européennes, mais l'extermination de la juiverie en Europe [Applaudissements].

Ils se sont toujours moqués de moi, me traitant de prophète. De ceux qui riaient alors, nombreux sont ceux qui ne rient plus aujourd'hui [rires isolés, applaudissements]. Ceux qui rient encore maintenant ne riront plus dans quelque temps [rires bruyants, applaudissements soutenus]. Cette vague débordera l'Europe pour s'étendre sur le monde entier". Adolf Hitler, 8 novembre 1942.

LE DEPOT D'EFFETS "CANADA"

      
Vêtements des gazés.                          Bagages d'un convoi.

"En 1942, Canada I n'était plus à même depuis longtemps d'effectuer son travail habituel de tri ininterrompu. Malgré les nouvelles remises et les nouvelles baraques que nous ne cessions d'ajouter, le travail de jour et de nuit des détenus chargés du tri, le renforcement continuel de ces commandos, les bagages non triés s'entassaient toujours, alors que pourtant, tous les jours, plusieurs wagons, quelquefois jusqu'à vingt, étaient chargés avec du matériel trié.

En 1942, on a commencé à construire le Dépôt d'effets Canada II, jouxtant à l'ouest la section de bâtiments II de Birkenau. […] A peine les trente baraques avaient-elles été édifiées, qu'elles étaient déjà pleines. Des montagnes de bagages non triés s'amoncelaient entre les hangars". Le commandant d'Auschwitz, Rudolf Höss, Cracovie 1946.
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