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AUSCHWITZ, 60 ANS APRES / FRANCE, 23 JANVIER 2005, LE MUR DES NOMS
__A Paris, un livre de pierre pour les 76'000 juifs déportés


Plus de 2'000 survivants des camps de la mort ou de parents de déportés exterminés se sont retrouvés, le 23 janvier 2005 à Paris, devant le Mémorial de la Shoah, au coeur du quartier du Marais, pour assister à l'inauguration du Mur des noms, gravé à la mémoire des 76'000 déportés juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Tous espéraient reconnaître sur le monument les noms de leurs proches, emportés de 1942 à 1944 par la folie nazie.

Le Mur des noms

Le Mur des noms. Photo Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Sur les quatre pans de murs, en pierre de Jérusalem, qui constituent une sorte de cimetière virtuel pour les dizaines de milliers de morts sans sépulture de la déportation, ce sont les prénoms, les noms et les années de naissance de 76'000 juifs, dont 11'000 enfants, "déportés de France dans le cadre du plan nazi d'extermination du judaïsme européen avec la collaboration du gouvernement de Vichy" qui sont inscrits, par année de déportation, et par ordre alphabétique, de Rucha Aaman-1910, à Rebecca Zytaner-1903.

La plupart d'entre eux ont eu rendez-vous avec une mort programmée à Auschwitz-Birkenau, les autres ont disparu à Sobibor, Lublin ou Maidanek. Les noms des 2'500 déportés qui ont survécu à ce voyage figurent également sur la liste tragique qui met en évidence la cruauté particulière de l'année 1942, celle des grandes rafles, où partirent vers l'Est les plus importants convois de juifs.

Au cours de la cérémonie, Simone Veil, ancienne déportée à Auschwitz avec une partie de sa famille, présidente de la "Fondation pour la mémoire de la Shoah", a sobrement livré son témoignage personnel. "J'ai cherché, un à un, les noms de mon père, mon frère puis, aux côtés du mien, les noms de ma sur et surtout celui de ma mère, l'être qui a pour moi été le plus cher au monde : ma mère restée à nos côtés pendant toute la durée de l'épreuve et grâce à laquelle ma sur et moi avons trouvé la force de survivre. Jamais je n'oublierai ces derniers mois, ces marches de la mort qui nous ont conduites à Gleivitz, puis le transport dans un froid glacial à Dora et l'arrivée à Bergen Belsen où l'épuisement, la faim et le typhus ont emporté ses dernières forces...". Comment mieux souligner la double dimension, historique et compassionnelle, de ce mur immortalisant "les noms de ceux dont il ne reste que le nom" ?

Evoquant le sort "des 76.000 déportés religieux ou athées, venant de tous les pays", elle a souligné comme il est "important que ce mur soit édifié ici", au cœur de Paris. "C'est ici, a-t-elle dit, que nous avons été discriminés, humiliés, avant d'être déportés".

Elle a souligné que "la Mémoire de la Shoah ne doit pas seulement être portée par les enfants des victimes. C'est l'Humanité toute entière qui a été assassinée dans les camps", a-t-elle dit. "Nous comptons aussi sur tous nos responsables, a-t-elle ajouté, pour que ce moment de commémoration soit le point de départ d'une Histoire qui n'a pas été suffisamment faite".

"Quand disparaîtra l'ultime témoin, a déclaré, pour sa part, Serge Klarsfeld, président de l'association des Filles et Fils des déportés juifs de France, ce Mur des noms exprimera l'ampleur de la tragédie collective. Grâce à ce travail de mémoire, a ajouté celui qui, depuis 1978, a établi le livre Mémorial des déportés juifs de France, tous ces noms resteront des sujets actifs de l'Histoire alors qu'ils auraient pu rester anonymes dans les oubliettes du temps".

Le Monde"JE VIENS DE LIRE LE NOM DE MON PETIT COUSIN" "Voilà, Simon, 1917, c'était mon mari. Il avait 25 ans quand il est parti pour Auschwitz où il a été gazé." Ce n'est pas le froid vif mais l'émotion, bien plus intense, qui fait trembler les doigts de Sarah, 78 ans, lorsqu'elle effleure, comme en une ultime caresse, le patronyme de son ancien compagnon recherché parmi les 76'000 autres gravés sur le "Mur des noms". […]

"De voir les noms de mes parents et de mon frère gravés dans le marbre m'apporte une sorte de réconfort, explique Daniel, 82 ans. C'est la preuve qu'ils ont existé, comme toute cette génération anéantie. C'est tellement insupportable de ne pas avoir de tombeau devant lequel communier avec eux... Lorsqu'ils ont été arrêtés, fin 1942, dans notre appartement du 11e arrondissement, j'étais chez des cousins et, après, j'ai pu me réfugier dans le sud-est de la France. De toute ma famille, je suis le seul à avoir échappé à la folie meurtrière des nazis et je survis depuis avec cette absence."

Tout près de cet homme submergé par le chagrin, une autre rescapée de l'Holocauste, Hilda, ne peut réprimer un sanglot en disant : "Je viens de lire le nom de mon petit cousin, qui avait 7 ans...". Robert Belleret, Le Monde, 25 janvier 2005.
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