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> Le Mur des noms > Le discours de Simone Veil |
AUSCHWITZ, 60 ANS APRES / FRANCE, 23 JANVIER 2005, LE MUR DES NOMS
__A Paris, un livre de pierre pour les 76'000 juifs déportés
La plupart d'entre eux ont eu rendez-vous avec une mort programmée à Auschwitz-Birkenau, les autres ont disparu à Sobibor, Lublin ou Maidanek. Les noms des 2'500 déportés qui ont survécu à ce voyage figurent également sur la liste tragique qui met en évidence la cruauté particulière de l'année 1942, celle des grandes rafles, où partirent vers l'Est les plus importants convois de juifs. Au cours de la cérémonie, Simone Veil, ancienne déportée à Auschwitz avec une partie de sa famille, présidente de la "Fondation pour la mémoire de la Shoah", a sobrement livré son témoignage personnel. "J'ai cherché, un à un, les noms de mon père, mon frère puis, aux côtés du mien, les noms de ma sur et surtout celui de ma mère, l'être qui a pour moi été le plus cher au monde : ma mère restée à nos côtés pendant toute la durée de l'épreuve et grâce à laquelle ma sur et moi avons trouvé la force de survivre. Jamais je n'oublierai ces derniers mois, ces marches de la mort qui nous ont conduites à Gleivitz, puis le transport dans un froid glacial à Dora et l'arrivée à Bergen Belsen où l'épuisement, la faim et le typhus ont emporté ses dernières forces...". Comment mieux souligner la double dimension, historique et compassionnelle, de ce mur immortalisant "les noms de ceux dont il ne reste que le nom" ? Evoquant le sort "des 76.000 déportés religieux ou athées, venant de tous les pays", elle a souligné comme il est "important que ce mur soit édifié ici", au cur de Paris. "C'est ici, a-t-elle dit, que nous avons été discriminés, humiliés, avant d'être déportés". Elle a souligné que "la Mémoire de la Shoah ne doit pas seulement être portée par les enfants des victimes. C'est l'Humanité toute entière qui a été assassinée dans les camps", a-t-elle dit. "Nous comptons aussi sur tous nos responsables, a-t-elle ajouté, pour que ce moment de commémoration soit le point de départ d'une Histoire qui n'a pas été suffisamment faite". "Quand disparaîtra l'ultime témoin, a déclaré, pour sa part, Serge Klarsfeld, président de l'association des Filles et Fils des déportés juifs de France, ce Mur des noms exprimera l'ampleur de la tragédie collective. Grâce à ce travail de mémoire, a ajouté celui qui, depuis 1978, a établi le livre Mémorial des déportés juifs de France, tous ces noms resteront des sujets actifs de l'Histoire alors qu'ils auraient pu rester anonymes dans les oubliettes du temps".
"De voir les noms de mes parents et de mon frère gravés dans le marbre m'apporte une sorte de réconfort, explique Daniel, 82 ans. C'est la preuve qu'ils ont existé, comme toute cette génération anéantie. C'est tellement insupportable de ne pas avoir de tombeau devant lequel communier avec eux... Lorsqu'ils ont été arrêtés, fin 1942, dans notre appartement du 11e arrondissement, j'étais chez des cousins et, après, j'ai pu me réfugier dans le sud-est de la France. De toute ma famille, je suis le seul à avoir échappé à la folie meurtrière des nazis et je survis depuis avec cette absence." Tout près de cet homme submergé par le chagrin,
une autre rescapée de l'Holocauste, Hilda, ne peut réprimer
un sanglot en disant : "Je viens de lire le nom de mon petit
cousin, qui avait 7 ans...". Robert Belleret, Le Monde,
25 janvier 2005.
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