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ISRAEL, MARS 2005 / INAUGURATION DU MUSEE DE L'HISTOIRE DE L'HOLOCAUSTE, AU MEMORIAL DE YAD VACHEM, A JERUSALEM
__L'Holocauste occupe une place unique dans l'histoire des Nations unies, affirme Kofi Annan

LibérationKofi Annan a participé, le 15 mars 2005, à Jérusalem, aux cérémonies d'ouverture du Musée de l'histoire de l'Holocauste, au mémorial de Yad Vachem, qui préservera la mémoire des six millions de Juifs victimes des persécutions nazies. A cette occasion, il a rappelé la responsabilité particulière des Nations unies de lutter contre la haine et l'intolérance et de se trouver aux premiers rangs de la lutte contre l'anti-sémitisme.

"Notre mission globale de paix, de liberté et de dignité humaine a été littéralement forgée dans le feu, en fait un des feux les plus atroces que l'humanité ait jamais contemplé", a déclaré le secrétaire général des Nations unies, qui a rappelé que la tragédie de la Shoah occupait une "place unique dans l'histoire des Nations unies".

Kofi Annan"Nous sommes nés des cendres de la deuxième guerre mondiale, après l'Holocauste, et non seulement il fait partie de notre histoire mais nous avons aussi la responsabilité sacrée d'en enseigner les leçons, d'encourager la tolérance et de lutter contre l'anti-sémitisme et d'autres discriminations", avait déclaré Kofi Annan, lors d'une conférence de presse tenue, la veille, à la résidence du président d'Israël, Moshe Katsav. Ce dernier l'avait remercié de sa solidarité et de sa venue aux cérémonies de Jérusalem. "Grâce à vous, cet événement a véritablement pris une dimension internationale et universelle", avait-il souligné, précisant que "l'Holocauste devait être une question israélienne et juive, mais aussi une question internationale".

Le ministre des affaires étrangères israélien, Silvan Shalom, a, pour sa part, salué la présence de l'épouse de Kofi Annan, Nane, qui est aussi la nièce de Raoul Wallenberg, "Juste" parmi les nations", selon le titre donné au mémorial de l'Holocauste, Yad Vashem, afin d'honorer ceux qui ont agi pour sauver des Juifs pendant la guerre. Les efforts acharnés du diplomate suédois Raoul Wallenberg avaient permis de sauver près de 100'000 Juifs de Hongrie de la "solution finale" du régime nazi.

LE DISCOURS DE KOFI ANNAN
Les Nations unies ont la "responsabilité sacrée de se battre contre la haine et l'intolérance"

On trouvera ci-après les remarques faites à Jérusalem par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, à l'occasion de l'inauguration du musée sur l'histoire de la Shoah au mémorial de Yad Vashem.

Je tiens à remercier le gouvernement israélien et les responsables de Yad Vashem de m'avoir invité à cette cérémonie.

L'Holocauste occupe une place unique dans l'histoire de l'ONU.

Le nom même de notre Organisation a été choisi pour décrire l'alliance des nations qui se battaient en vue de mettre fin au régime nazi.

A la fin d'avril 1945, juste quelques jours après que les délégués se furent réunis à San Francisco pour rédiger la Charte de l'ONU, le camp de la mort de Dachau a été libéré.Up

La mort d'Hitler, la fin de la guerre en Europe, les premières bandes d'actualités montrant les survivants émaciés des camps de concentration - telles furent les dépêches quotidiennes qui ont encadré le travail des auteurs de la Charte.

C'est à la révulsion du monde entier face au génocide - à l'assassinat systématique de 6 millions de Juifs et de millions d'autres personnes - que nous devons la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Notre mission mondiale de paix, de liberté et de dignité humaine a été forgée dans le feu - en fait le plus terrible des feux que l'humanité ait jamais connus.

Comme l'a écrit récemment Aharon Appelfeld, "un crime aussi énorme ne peut être commis que si l'on mobilise les ténèbres les plus noires de l'âme".

Aujourd'hui, notre devoir le plus fondamental est de nous souvenir de ceux qui ont péri des villes détruites et des cultures disparues et de faire en sorte que leur histoire soit racontée et ne soit jamais oubliée.

C'est aussi de tout faire pour qu'une telle horreur ne se reproduise plus jamais, où que ce soit.

Le travail de mémoire est en outre aspiration à la sagesse.

Et surtout, il est tourné vers l'avenir, il se veut porteur d'une autre conception de l'existence à l'intention des générations futures.

L'ONU a la responsabilité sacrée de se battre contre la haine et l'intolérance.

Si l'ONU n'était pas aux premiers rangs de la lutte contre l'antisémitisme et les autres formes de racisme, elle renierait son histoire et compromettrait son avenir.

Cette obligation nous lie au peuple juif et à l'Etat d'Israël qui est né, comme l'ONU elle-même, des cendres de l'Holocauste, comme elle nous lie à tous les peuples qui ont été ou pourraient être menacés d'un sort semblable.

L'ONU ne peut jamais baisser sa garde.

Le nombre de survivants de l'Holocauste s'amenuise très vite.

Nos enfants et nos petits-enfants grandissent tout aussi vite et ils commencent à poser des questions au sujet de l'injustice. Qu'allons-nous leur répondre ?

Allons-nous leur dire : "Ainsi va le monde" ?

Ou allons-nous leur dire : "Nous faisons notre possible pour qu'il en aille autrement" ? Que ce musée témoigne des efforts que nous faisons pour qu'il en aille autrement.

Que Yad Vashem nous incite à continuer de faire notre possible, aussi longtemps que les plus noires ténèbres assombriront la face de la terre.

Source : Nations unies, 15 mars 2005.
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