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Le 60e anniversaire de la libération du camp
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Simone Veil

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Jean-Paul II

AUSCHWITZ, 60 ANS APRES / POLOGNE, 27 JANVIER 2005, LA CEREMONIE A AUSCHWITZ
__Recueillement et indignation et émotion au 60e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz


27 janvier 1945, l'Armée soviétique découvre l'horreur
Les principales déclarations de la journée

Un sifflement et le bruit d'un train freinant brusquement, rappel de l'arrivée de centaines de milliers de prisonniers au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau (Pologne), ont ouvert, le 27 janvier 2005, à Auschwitz (Pologne), les cérémonies de commémoration du 60e anniversaire de la libération du camp par l'Armée soviétique.

Chefs d'Etat et de gouvernement de 44 pays, survivants et libérateurs, ainsi que de nombreux jeunes chargés de préserver la leçon d'Auschwitz pour les générations à venir, se sont recueillis dans l'enceinte du camp d'Auschwitz-II [ou Birkenau], par un froid glacial et sous la neige. Parmi les officiels, on notait la présence du président français Jacques Chirac, du Russe Vladimir Poutine, de l'Allemand Horst Kohler [qui, en tant que représentant du pays qui a perpétré la Shoah, est resté silencieux], de l'Italien Silvio Berlusconi, du Suisse Samuel Schmid. La Grande-Bretagne était représentée par son ministre des Affaires étrangères Jack Straw, Israël par son président Moshe Katsav, et les Etats-Unis par le vice-président Dick Cheney.

Cérémonie

La cérémonie. Photos Elysée, Paris.


Hommages aux victimes, rappels amers de l'indifférence des Alliés face au drame de l'extermination des juifs et résolution réaffirmée d'empêcher la répétition d'un tel drame ont marqué les cérémonies. Plantées dans la neige brûlaient des milliers de bougies en hommage aux victimes d'Auschwitz - entre un et 1,5 million - pour la plupart juives.

Simone Veil, ancienne présidente du Parlement européen, qui fut elle aussi déportée à Auschwitz, a appelé, au nom des victimes juives des nazis, à lutter contre le racisme et l'antisémitisme, pour qu'enfin "le "plus jamais ça" devienne "réalité" dans "un monde fraternel".

"Aujourd'hui, soixante ans après, un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s'unissent au moins pour lutter contre la haine de l'autre, contre l'antisémitisme, contre le racisme, contre l'intolérance", a-t-elle déclaré.

"Le monde savait que les juifs d'Europe étaient exterminés et a continué à ignorer"

L'ancien prisonnier politique n° 4427, Wladyslaw Bartoszewski, ex-ministre des Affaires étrangères polonais, s'est exprimé au nom des victimes non juives de ce camp où ont péri plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants, juifs en majorité.

"Les gouvernements du Royaume-Uni et des Etats-Unis ont été bien informés de ce qui se passait à Auschwitz-Birkenau, a-t-il lancé. "Aucun des pays du monde n'a réagi de manière appropriée à la gravité du problème", a-t-il regretté.

Le président israélien, Moshe Katsav, a déploré que le monde, au courant de l'extermination des juifs d'Europe, soit resté "muet". "Le monde savait que les juifs d'Europe étaient exterminés et a continué à ignorer".Up

Il a appelé l'Europe à faire face à la résurgence de l'antisémitisme. "Soixante ans après la Shoah, nous sommes confrontés à une recrudescence de l'antisémitisme en Europe. Se peut-il que le pouvoir de dissuasion de la Shoah se soit à présent atténué ? La réponse est entre les mains des leaders européens, des éducateurs, des historiens et entre nos propres mains".

Le cardinal Jean-Marie Lustiger a lu un message du pape Jean Paul II. "Que le silence des victimes nous enseigne à respecter et à faire respecter la dignité de tout homme seulement parce qu'il est un homme", a souhaité l'archevêque de Paris. Il a rappelé les paroles du pape qui, en 2000, avait affirmé que l'Eglise catholique "est profondément attristée par la haine, les actes de persécution et les manifestations d'antisémitisme exprimées contre les juifs par des chrétiens en tous temps et en tous lieux".

Le cardinal Lustiger a affirmé que, "par ces paroles, le pape nous demande, pour le passé et pour l'avenir, de rester conscients de nos responsabilités et aussi de les tenir avec une résolution inébranlable".

"Que tous les hommes choisissent le chemin de la Vie", a conclu le cardinal Lustiger. Il a remis à Mgr Jozef Kowalczyk, nonce apostolique en Pologne, le texte en polonais que le Saint-père a rédigé à cette occasion. Jean Paul II y appelle le monde à rester vigilant face aux "idéologies qui justifient la possibilité de violer la dignité humaine", en s'adressant particulièrement à ceux qui «au nom de la religion, ont recours aux abus de pouvoir et au terrorisme".

"Il n'est permis à personne de passer avec indifférence devant la tragédie de la Shoah", a écrit le pape, né en Pologne. "Cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif reste comme une ombre sur l'Europe et sur le monde entier; c'est un crime qui marque pour toujours l'histoire de l'humanité".

Le président russe Vladimir Poutine, représentant les troupes soviétiques qui ont découvert le camp le 27 janvier 1945, s'est montré très préoccupé par les dangers du monde d'aujourd'hui, comparables selon lui à ceux d'hier. "Aujourd'hui, nous devons non seulement évoquer le passé, mais aussi être conscients de toutes les menaces du monde contemporain, y compris le terrorisme, qui n'est pas moins dangereux et perfide que le fascisme. Et il n'est pas moins impitoyable - des milliers de personnes innocentes en sont déjà tombées victimes".

"Ici, sur cette terre tourmentée, a-t-il ajouté, nous devons aujourd'hui dire nettement et sans équivoque que tous les efforts entrepris pour remettre en question l'Histoire en plaçant au même rang les victimes et les bourreaux, les libérateurs et les occupants, sont amoraux et incompatibles avec l'esprit de ceux qui se considèrent Européens".

Romani Rose, président du Conseil des Sintis et Roms d'Allemagne, a lancé "un appel, en ce lieu, aux représentants de gouvernements", leur demandant "de s'opposer avec la même détermination aux actes de racisme dirigés contre les Sintis et les Roms". La communauté tzigane avait également été condamnée à l'extermination par le régime nazi.

"La vision de la maison européenne ne peut devenir réalité que si les Etats de l'Europe perçoivent les minorités nationales des Sintis et des Roms comme faisant partie de leurs sociétés et de leur propre histoire", a ajouté Romani Rose.

Le Kaddish, le chant des morts juif, a ensuite été interprété par Joseph Malowany, avant les prières des représentants des quatre confessions.

[Le Parlement européen a proposé jeudi de faire du 27 janvier la journée européenne de commémoration de l'Holocauste et invité les Etats de l'Union à renforcer, notamment parmi les jeunes, l'information sur la période de la seconde guerre mondiale. Dans leur résolution sur le souvenir de l'Holocauste, l'antisémitisme et le racisme, les eurodéputés ont appelé à veiller "à ce que les programmes scolaires des 25 Etats membres de l'Union européenne abordent avec la plus grande rigueur historique l'enseignement de l'histoire de la seconde guerre mondiale". Il s'agit également de "renforcer la lutte contre l'antisémitisme et le racisme en encourageant, notamment parmi les jeunes, l'information sur l'histoire et les enseignements à tirer de l'Holocauste".]

Sources : presse européennes, 27 et 28 janvier 2005.
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