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LA CONFERENCE

La Déclaration et le Programme d'action

Le rapport final

LES DECLARATIONS

Secrétaire général Onu

Secrétaire de la conférence

REUNIONS REGIONALES

La Déclaration de Tunis [et le Rapport Afrique]

La Déclaration de San José [et le Rapport Amérique latine et Caraïbes]

La Déclaration de Bangkok [et le Rapport Asie]

SUIVI DE LA CONFERENCE

AG Onu, 1993, résolution Conférence

AG Onu, 1993, résolution haut commissaire
t commissaire

DROITS DE L'HOMME
Une longue marche

Les droits de l'homme, patrimoine de l'humanité [Federico Mayor]

La querelle de l'universalité [Ibrahima Fall]

La percée des Ong [Sophie Bessis]

Des droits indivisibles [Antoine Bernard]

Liberté de parole, liberté première [Helen Darbishire]

Halte à la torture [Manfred Novak]

Graines d'éthique [Stéphane Hessel]

Les droits de tous [Francine Fournier]

Vienne, un nouveau départ [Alois Mock]
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NATIONS UNIES, VIENNE, 14-25 JUIN 1993 | LA CONFERENCE MONDIALE SUR LES DROITS DE L'HOMME
__La percée des Ong
par Sophie Bessis
Omniprésentes à la conférence de Vienne, ces forces de la société civiles que sont les organisations non gouvernementales (Ong) y ont gagné une reconnaissance internationale.
Les réunions internationales ne sont plus ce qu'elles étaient. Finie l'ambiance qui les caractérisait à l'époque où les diplomates se retrouvaient entre eux pour décider des affaires de ce monde à l'abri des regards indiscrets. Les vieux routiers des grand-messes onusiennes qui se sont retrouvés à la Conférence mondiale sur les droits de l'homme, organisée du 14 au 25 juin 1993 à Vienne, ont dû se résigner à côtoyer de nouveaux acteurs qu'ils n'ont guère l'habitude de fréquenter.
Militants débraillés et porteurs de pancartes quotidiennement massés sur le parvis de l'"Austria Center" où se déroulait la conférence pour défendre les droits de ceux dont on ne parle jamais, bonzes en robe safran venus réclamer le droit de pratiquer leur religion, Indiens des Amériques aux plumages flamboyants clamant leur existence à la face du monde, femmes de tous les pays exigeant qu'on les traite enfin comme des êtres humains, associations d'enfants des rues, de paysans, de Kurdes et de Bosniaques, toute l'humanité dans sa richesse et sa diversité s'était pour l'occasion donné rendez-vous dans la capitale autrichienne.
Au-delà d'un folklore, cette présence massive des Ong de toute nature - sur le lieu même où se déroulait une conférence officielle - inaugure une époque nouvelle dans l'histoire de l'Organisation des Nations unies et des relations internationales. Les organisations non gouvernementales avaient, certes, déjà fait entendre, haut et fort, leurs voix lors du Sommet de la Terre, en juin 1992, à Rio de Janeiro. Mais, la conférence officielle et le forum des Ong étaient distants, dans la capitale brésilienne, que quelque quarante kilomètres. A Vienne, c'est dans le même bâtiment que représentants des Etats et mandataires des citoyens ont poursuivi leurs travaux. Il convient de voir dans cette proximité plus qu'une coïncidence, peut-être le signe que rien ne peut plus désormais se faire sans ces derniers.
Jamais les organisations se réclamant de la société civile n'avaient été aussi étroitement associées à la préparation d'une conférence mondiale. Présentes à toutes les assises régionales qui l'ont précédée, elles ont réussi à faire entendre cette "voix des sans voix" que l'on tente top souvent d'étouffer. Elles ont bataillé ferme dans les commissions préparatoires, ces rituelles "PrepCom" chargées d'élaborer les documents de travail, pour que l'on prenne en compte leur existence et qu'on leur donne le droit à la parole. Elles ont enfin manifesté à Vienne leur volonté de ne plus se cantonner au rôle de figurants, mais de devenir des interlocuteurs à part entière des représentants des Etats.
Faire entendre la voix des sans voix
Le thème des droits de l'homme s'y prêtait certainement plus que tout autre puisque, pendant des décennies, seules des associations comme les ligues nationales des droits de l'homme ou les organisations mondiales de lutte contre leur violation systématique, se sont élevés contre l'arbitraire des régimes autoritaires et l'hypocrisie des vieilles démocraties promptes à montrer du doigt leurs ennemis et à fermer les yeux sur les turpitudes de leurs alliés.
En prenant le parti de les tenir à l'écart, les organisateurs se seraient d'entrée de jeu disqualifiés aux yeux de l'opinion publique mondiale. Ils ont donc choisi de les associer, en s'opposant aux adversaires les plus farouches de leur participation.
La présence massive des Ong à Vienne n'a, en effet, guère été le fruit d'un consensus entre les Etats membres des Nations unies. Nombre d'entre eux ont ferraillé sur tous les fronts pour tenter d'interdire de parole ceux qui étaient venus dénoncer les dictatures et les massacres, montrer du doigt leurs responsables et faire entendre le témoignage de leurs millions de victimes. On s'est donc battu dans les "PreCom" d'abord, puis à Vienne même où une bonne partie des débats a consister à s'empoigner sur la place qu'il fallait accorder aux Ong. Entre leurs revendications et l'obstruction de certains Etats qui comptent dans les continents du Sud, le secrétariat général de la Conférence a sans relâche tenté de trouver des compromis qui leur soient favorables.
Au-delà des péripéties qui ont agité la conférence sur l'opportunité de leur présence au comité de rédaction de la déclaration finale, ou sur le nombre de sièges qu'il convenait de leur réserver dans la salle de la plénière, on peut aujourd'hui mesurer ce qu'elles ont réussi à conquérir et le poids de leur influence sur le document issus des assises de Vienne.
Elles n'ont certes pas obtenu tout ce qu'elles réclamaient, et certaines d'entre elles, comme Amnesty International, ont dénoncé, non sans raison, le flou des débats onusiens, l'absence de condamnations explicites, et le manque de décisions concrètes qui permettent aux défenseurs des droits de l'homme de se battre plus efficacement.
Acteurs et révélateurs
L'impact de leur présence n'en a pas moins été considérable. En rappelant à l'ordre les délégués officiels chaque fois que les débats risquaient de se perdre dans des dérives politiciennes, elles ont réduit sans pour autant pouvoir l'éliminer le risque d'instrumentalisation du thème des droits de l'homme. En dénonçant les dictatures et en refusant de cautionner les régimes autoritaires au nom des exigences du développement, les Ong du sud ont montré que ce dernier est loin d'être monolithique.
C'est là peut-être une des révélations les plus fortes de Vienne. On savait depuis plusieurs années que le "tiers-monde" n'était plus ce qu'il était. On a pu constater publiquement qu'il existe désormais en son sein une fracture entre tenants du pouvoir autoritaire qui défendent leurs régimes au nom de spécificités religieuses ou culturelles, eu de contraintes économiques et défenseurs de l'idée de démocratie, qui a pour eux valeur universelle.
Le clivage Nord-Sud a bien évidemment rythmé nombre de débats, mais, contrairement é ce que d'aucuns attendaient, il n'a pas servi d'axe à une conférence dont les enjeux étaient ailleurs. Les Etats les plus dictatoriaux du sud n'ont pas seulement dû se battre contre les vieilles démocraties du Nord, mais aussi contre les représentants de leurs propres sociétés venus dire à la face du monde qu'ils ne partageaient pas c'est le moins que l'on puisse dire l'hostilité de leurs gouvernants à la notion des droits de l'homme.
Ayant forcé par leur présence constante les Etats à prendre parti pour ou contre elles, les Ong ont également montré que les modes d'exercice du pouvoir tendent à se diversifier au Sud. Si la majorité des représentants de l'Asie et du monde arabo-musulman ont essayé de légitimer les vieux discours d'autorité, la plus grande partie des Etats africains et latino-américains semble avoir basculé en paroles tout au moins du côté des tenants de la démocratie.
Un droit de regard
Les Ong sont ainsi apparues à la fois comme les acteurs et les révélateurs des nouvelles fractures qui recomposent le paysage politique mondial. Leur combat acharné pour faire admettre sans ambiguïté l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme a eu raison des principales résistances de ceux qui défendaient des particularismes; et la pression collective exercée par les plus importantes d'entre elles auprès du comité de rédaction a permis que, sur ce point au moins, le document final soit suffisamment clair.
Pour ce qui concerne leur rôle, ce document mentionne leur apport au débat, salue leur courage et leur action sur le terrain, et recommande aux gouvernements de collaborer davantage avec elles. Certains ont ricané devant ce qu'ils ont vu comme un hommage du vice à la vertu, mais par-delà une formulation prudente, destinée, conformément aux coutumes onusiennes, à ne mécontenter personne, on peut y voir la reconnaissance implicite d'un droit de regard des organisations de citoyens sur le comportement des Etats.
Voilà qui est essentiel. Et les Ong sont bien décidées à se battre à l'avenir pour faire reconnaître explicitement ce droit. Car leur émergence sur la scène onusienne même si elles n'y occupent pour l'heure qu'un modeste strapontin signifie également que les Etats ont commencé à perdre le monopole de l'élaboration du droit et qu'après avoir entrouvert la porte, les Nations unies pourront difficilement la refermer. Si elles n'ont pas directement pris part à Vienne à la rédaction de la déclaration finale, il ne fait guère de doute qu'elles essaieront, et parviendront probablement, à emporter de nouvelles citadelles aux prochaines conférences mondiales.
Enfin, conséquence non négligeable de la présence de certaines d'entre elles dans la capitale autrichienne, la communauté internationale, qui s'était résignée à octroyer le statut d'observateur auprès du conseil économique et social des Nations unies à quelque 200 grandes Ong transnationales, comme la Commission internationale des juristes, la Fédération internationale des droits de l'homme, ou Amnesty International, ne peut plus désormais ignorer l'existence, le dynamisme et la volonté revendicative de milliers d'associations régionales, nationales et locales.
Les représentants des minorités opprimées, des femmes, de toutes les catégories d'exclus et de marginaux, ont activement participé au forum des Ong qui a siégé pendant trois jours avant l'ouverture de la conférence officielle, et ont obtenu de haute lutte le droit d'être présents à celle-ci. La Conférence a donc révélé au grand jour l'extraordinaire diversité des mouvements de citoyens et la pluralité de leurs luttes. On a pu parler de "cacophonie" à leur sujet, et il est vrai que les empoignades du forum ont parfois revêtu un aspect homérique. Il faut plutôt y voir un début de recomposition du monde associatif. Son intrusion sur la scène internationale conduit en son sein à un partage des tâches dont certaines Ong ont déjà pris conscience.
Nombre d'associations se sont montrées déçues des maigres résultats d'une conférence qui n'a pas pu aller au-delà de la réaffirmation de quelques principes, sans leur fournir le bras séculier indispensable à leur application. Toutes ont proclamé que leur lutte ne faiblirait pas tant que ne serait pas effective la primauté du droit sur la force brutale. Elles savent, sans s'illusionner, que leurs combats continueront d'être rudes. En investissant peu à peu la citadelle onusienne, dont elles ont pu à Vienne conquérir certains bastions, elles espèrent surtout que leurs membres cesseront de mourir en silence. Et que les Nations unies se feront, moins timidement que par le passé, l'écho de leurs revendications.
Sophie Bessis, de nationalité tunisienne et française, est historienne et journaliste. Collaboratrice de plusieurs revues et journaux en France et à l'étranger, elle a surtout écrit sur les problèmes économiques du "tiers-monde", ainsi que sur les questions liées au développement et au Maghreb. Texte publié dans le Courrier de l'Unesco, Paris, mars 1994.
Parmi ses dernières publications, Les enfants du Sahel (L'Harmattan, Paris, 1992), et avec Souhayr Belhassen, Femmes du Maghreb, l'enjeu (J.-C. Lattès, Paris, 1992). En 2007, elle a publié: Les Arabes, les femmes et la liberté (Albin Michel, Paris).

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