TUNISIE, NOVEMBRE 2005 / LE SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION
__Tunis, Kofi Annan plaide pour la liberté de l'information et l'accès aux technologies pour tous
"Un enfant, un ordinateur"
Les technologies au service du développement des plus
pauvres et la liberté de l'information ont été
au centre du message lancé par Kofi Annan, le 16
novembre 2005, à Tunis, à l'ouverture du Sommet
mondial sur la société de l'information (SMSI),
où il a proposé l'assistance des Nations unies pour
une coopération internationale accrue dans la gouvernance
de l'Internet.
Ce Sommet "doit déboucher sur de nouvelles utilisations
des technologies de l'information et des communications qui procureront
de nouveaux avantages à toutes les classes sociales. Il
doit surtout donner une nouvelle impulsion au développement
des économies et des sociétés des pays pauvres
et à l'amélioration des conditions de vie des personnes
démunies", a déclaré le secrétaire
général des Nations unies.
"La société de l'information, a relevé
Kofi Annan, est une société dans laquelle toutes
les potentialités de l'être humain sont libérées,
cultivées et valorisées grâce à l'accès
aux outils et aux technologies, ainsi qu'à l'éducation
qui permet de les utiliser de manière plus efficaces".
"Les obstacles sont, en l'occurrence, de nature politique
plus que financière", a-t-il insisté, rappelant
qu'il est possible de réduire le coût des connexions,
des ordinateurs et des téléphones mobiles.
Mais la société de l'information est "impensable
sans liberté", a-t-il affirmé. "C'est
la liberté qui permet aux habitants de tous les pays de
tirer parti des connaissances, aux journalistes de faire leur
métier et aux citoyens de demander des comptes à
leurs gouvernements. Sans transparence, sans le droit de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit, la révolution de l'information
fera long feu et la société de l'information que
nous souhaitons bâtir ne verra jamais le jour".
Kofi Annan s'est par ailleurs tourné vers la gouvernance
de l'Internet, pour l'instant assurée par l'ICANN [Internet
Corporation for Assigned Names and Numbers]. "Je tiens à
préciser, pour éviter tout malentendu, que les Nations
unies ne souhaitent pas prendre le contrôle de l'Internet,
le policer ou le règlementer de toute autre manière".
"Les Etats-Unis méritent notre gratitude pour avoir
développé l'Internet et l'avoir mis à la
disposition du monde entier. Ils ont assumé leurs responsabilité
de manière honnête et honorable en matière
de supervision", a-t-il observé, ajoutant qu'il pensait
que tous Etats convenaient « qu'il faut confier à
des institutions techniques le soin de la gestion courante de
l'Internet, ne serait-ce que pour le mettre à l'abri des
passions de la vie politique quotidienne". "Je pense,
a-t-il conclu, que vous serez également unanimes à
reconnaître la nécessité d'une plus grande
participation internationale aux débats sur les questions
relatives à la gouvernance de l'Internet".
LE DISCOURS DE KOFI ANNAN
La société de l'information est impensable sans
liberté, sans transparence, sans le droit de chercher,
de recevoir et de répandre les informations et les idées
Je remercie nos hôtes - le Président Ben Ali,
le gouvernement et le peuple tunisiens - de tout ce qu'ils ont
fait pour que cette rencontre puisse avoir lieu. Il est bon de
rappeler que c'est le gouvernement tunisien qui avait initialement
suggéré l'idée d'un sommet sur la société
de l'information en 1998.
Je remercie également l'Union internationale des télécommunications
et son Secrétaire général, ainsi que les
autres organismes des Nations unies, qui ont déployé
des efforts inlassables pour faire en sorte que ce processus aboutisse
à des résultats concrets.
Il y a deux ans, à Genève, la première
phase du Sommet mondial a formulé une vision d'ensemble
pour une société de l'information ouverte et inclusive.
Aujourd'hui, nous sommes réunis ici, à Tunis, pour
passer du stade de l'analyse à celui de l'action.
Hier soir, vous avez défini cette tâche dans l'agenda
de Tunis pour la société de l'information.
Ce sommet doit être consacré à la recherche
de solutions. Il doit promouvoir l'application des décisions
et recommandations du Sommet mondial qui s'est tenu il y a deux
mois au Siège de l'Organisation des Nations unies, à
New York. Il doit déboucher sur de nouvelles utilisations
des technologies de l'information et des communications qui procureront
de nouveaux avantages à toutes les classes sociales. Il
doit surtout donner une nouvelle impulsion au développement
des économies et des sociétés des pays pauvres
et à l'amélioration des conditions de vie des personnes
démunies.
Qu'entendons-nous par "société de l'information"?
C'est une société dans laquelle toutes les potentialités
de l'être humain sont libérées, cultivées
et valorisées grâce à l'accès aux outils
et aux technologies, ainsi qu'à l'éducation qui
permet de les utiliser de manière efficace. Les obstacles
sont, en l'occurrence, de nature politique plus que financière.
Il est possible de réduire le coût des connexions,
des ordinateurs et des téléphones mobiles. On peut
rendre ces biens - qui sont la clef d'une vie meilleure - accessibles
et abordables pour tous. Mais nous devons avoir la volonté
d'agir.
La société de l'information repose également
sur des réseaux. L'Internet est le fruit d'une collaboration
inédite et gigantesque et ne peut fonctionner que sur la
base d'une telle collaboration. Si nous voulons diffuser les avantages
associés à son utilisation dans le monde entier,
nous devons promouvoir le même esprit de coopération
entre les gouvernements, le secteur privé, la société
civile et les organisations internationales.
Bien entendu, la société de l'information
est également impensable sans liberté. C'est
la liberté qui permet aux habitants de tous les pays de
tirer parti des connaissances, aux journalistes de faire leur
métier et aux citoyens de demander des comptes à
leurs gouvernements. Sans transparence, sans le droit de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit, la révolution de l'information
fera long feu et la société de l'information que
nous souhaitons bâtir ne verra jamais le jour.
Le moment est venu d'aller au-delà des débats
généraux sur la fracture numérique. Nous
avons déjà cerné les problèmes. Nous
devons maintenant nous pencher sur les détails de la mise
en uvre et trouver les moyens d'élargir les perspectives
qu'ouvre le numérique.
Les possibilités sont immenses. D'ores et déjà,
en Afrique et dans d'autres régions en développement,
la diffusion rapide des téléphones mobiles et des
télécommunications sans fil a stimulé l'esprit
d'entreprise et favorisé l'éclosion de petites entreprises,
dirigées en particulier par des femmes. Dans les régions
isolées, des médecins ont eu accès à
des informations médicales sur les maladies tropicales.
Des étudiants ont pu consulter des bases de données
bibliographiques et documentaires dans le monde entier. L'alerte
rapide pour la prévention des catastrophes naturelles a
été améliorée et des services de secours
ont pu intervenir plus rapidement en coordonnant mieux leurs actions.
On peut offrir les mêmes possibilités - et des possibilités
nouvelles - à beaucoup d'autres gens dans le monde en développement.
Le système des Nations Unies est prêt à
aider les Etats Membres et toutes les autres parties prenantes
à appliquer les décisions qui seront prises lors
du présent sommet, quelles qu'elles soient, y compris celles
qui ont trait à la gouvernance de l'Internet. Mais
je tiens à préciser, pour éviter tout malentendu,
que l'Organisation des Nations unies ne souhaite pas prendre le
contrôle de l'Internet, le policer ou le réglementer
de toute autre manière. L'Organisation est composée
des Etats Membres que vous incarnez. Elle ne saurait avoir d'autres
ambitions que celles que vous partagez. Or il me semble que le
but commun que nous visons, c'est de protéger et de consolider
l'Internet et de faire en sorte que tous puissent en bénéficier.
Les Etats-Unis méritent notre gratitude pour avoir
développé l'Internet et l'avoir mis à la
disposition du monde entier. Ils ont assumé leurs responsabilités
de manière honnête et honorable en matière
de supervision. Je suis convaincu que vous conviendrez tous qu'il
faut confier à des institutions techniques le soin de la
gestion courante de l'Internet, ne serait-ce que pour le mettre
à l'abri des passions de la vie politique quotidienne.
Mais je pense que vous serez également unanimes à
reconnaître la nécessité d'une plus grande
participation internationale aux débats sur les questions
relatives à la gouvernance de l'Internet. Le problème
est de savoir comment cet objectif pourra être atteint.
Laissons donc ces discussions se poursuivre, comme prévu
dans les accords auxquels vous êtes parvenus []. L'Organisation
des Nations unies fera tout ce qui est en son pouvoir pour appuyer
ce processus.
L'expérience que nous avons accumulée ces dernières
années - dans le cadre des préparatifs de ce sommet,
du Groupe d'étude des technologies de l'information et
des communications, du Groupe de travail sur la gouvernance de
l'Internet, du Fonds de solidarité numérique, du
Fonds des Nations unies pour les partenariats internationaux (FNUPI)
du Pacte mondial, initiative pour l'entreprise citoyenne, et d'autres
actions - nous a enseigné de nouvelles manières
de construire des partenariats et des plates-formes efficaces.
Les organismes et départements des Nations unies continuent
de s'employer très activement à renforcer les capacités
et à exploiter les technologies de l'information en vue
de les mettre mieux au service de la réalisation des Objectifs
du Millénaire pour le développement.
Ces efforts commencent à porter leurs fruits. Mais les
gains restent inaccessibles pour beaucoup trop de gens. Les
technologies de l'information suscitent de très fortes
aspirations, non comme une fin en soi, mais en raison des possibilités
qu'elles recèlent. Je vous engage vivement à
répondre à ces aspirations et à prendre les
mesures concrètes requises pour faire de ce sommet un événement
historique qui aura fait avancer la cause du développement,
de la dignité et de la paix.
Source : Nations unies, New York, novembre 2005.

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