|
Retour

|
TUNISIE, NOVEMBRE 2005 / LE SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION
__Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali appelle à l'instauration d'une société de l'information "juste" et "solidaire"
Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali
a appelé, le 16 novembre 2005, mercredi à
Tunis à l'instauration d'une société de l'information
"juste" et "solidaire" dans son discours inaugural
du Sommet mondial sur la société de l'information
(SMSI). "Nous souhaitons que ce sommet marque un véritable
nouveau départ pour une société de l'information
juste, équilibrée et solidaire", a-t-il déclaré.
Rappelant que son pays avait lancé, en 1998, l'idée
de ce sommet, sous l'égide de l'Union internationale des
télécommunications, il émis le voeu que le
SMSI aboutisse à un consensus sur la gouvernance de l'internet
"et à des résultats satisfaisant les aspirations
de tous les peuples". Il a déploré que "le
fossé numérique" séparant les pauvres
et les riches "ne cesse de se creuser" et souligné
"le besoin de solidarité" des populations pour
sa réduction.
Evoquant les défis de l'usage de l'internet, M. Ben
Ali a déploré "certaines utilisations qui ébranlent
la confiance et posent un problème de crédibilité"
sur la toile, citant les appels à la haine, le terrorisme,
le crime et "la dissimination illégitime de fausses
informations".
Il a préconisé à ce propos l'application
de "critères déontologiques contre l'usage
négatif" de la toile et relevé la menace "plus
grave" que présente internet pour la "diversité
culturelle".
LE DISCOURS DU PRESIDENT ZINE EL ABIDINE BEN ALI
Le président tunisien appelle à l'instauration
d'un nouvel ordre mondial de la communication et de l'information
qui soit équitable, équilibré et solidaire.
Nous ouvrons, aujourd'hui, avec la bénédiction
de Dieu, les travaux de la phase de Tunis du Sommet Mondial
sur la Société de l'Information, et je voudrais,
tout d'abord, vous souhaiter la bienvenue sur cette terre arabe,
africaine et méditerranéenne, terre de rencontre
et de dialogue, depuis l'époque antique de Carthage et
jusqu'à nos jours, et vous exprimer mes vifs remerciements
pour avoir bien voulu répondre à notre invitation
à assister à ce Sommet. Je voudrais également
exprimer ma considération aux différentes parties,
Etats, organisations internationales et régionales, composantes
de la société civile et représentants du
secteur privé de tous les continents, pour leur participation
à cet événement mondial privilégié.
Nous ressentons avec satisfaction et fierté, à
travers cette présence internationale remarquable, l'étendue
de la considération et de la crédibilité
dont la Tunisie et son peuple jouissent sur la scène internationale,
ainsi que le soutien et l'adhésion que rencontrent les
initiatives internationales de notre pays auprès de nos
frères et amis, et des institutions et organisations internationales
spécialisées. Nous sommes attachés constamment
à assurer à notre pays une contribution active au
renforcement de la coopération et de la solidarité
entre les Etats et les peuples et à la consolidation de
la paix et de la sécurité dans le monde.
Je voudrais, à cette occasion, exprimer mes vifs remerciements
à l'Organisation des Nations Unies, à l'Union Internationale
des Télécommunications, à la Commission préparatoire
de la deuxième phase du Sommet Mondial sur la Société
de l'Information, ainsi qu'aux organisations de la société
civile internationale et du secteur privé, pour les efforts
louables qu'elles ont fournis tout au long de la période
préparatoire.
Je me dois, également, de saluer les efforts de la Confédération
Helvétique amie pour faire réussir la phase de Genève
et sa coopération au cours de la préparation de
la phase de Tunis, compte tenu de la complémentarité
des deux phases et de l'interdépendance de leurs thèmes.
Notre pays qui avait appelé, dès 1998, à
la tenue de ce Sommet, sous les auspices des Nations Unies, est
fier d'en abriter aujourd'hui les assises; la Tunisie ayant toujours
été une terre de dialogue, de consensus, de tolérance
et de modération, où se croisent, se complètent
et communiquent les différentes cultures et civilisations.
Notre rencontre, aujourd'hui, est en quelque sorte un Sommet
du "village planétaire" engendré par les
nouvelles réalités virtuelles et dont les réseaux
ont été construits et les composantes ont été
reliées au moyen des technologies de l'information et de
la communication.
Par une coïncidence fort significative de l'histoire,
ce Sommet se tient dans notre pays, dont l'illustre réformateur
Khereddine Ettounsi a été le premier à prendre
conscience de ce nouveau concept et à l'utiliser, dès
1867 dans son ouvrage intitulé "Les meilleures voies
pour connaître l'état du monde", où il
dit : "Si nous prenons en considération les nouveaux
moyens créés dans les temps présents et qui
ont rapproché les corps et les esprits et facilité
leur communication, nous ne pouvons nous empêcher de nous
représenter le monde sous la forme d'un village uni, habité
par des nations multiples, ayant impérativement besoin
les unes des autres", faisant ainsi allusion au besoin de
solidarité des populations de ce "village planétaire"
aussi diverses que soient leurs races, leurs civilisations et
leurs cultures, une solidarité conçue, non pas seulement
comme une valeur morale, mais comme un lien solide et efficace
entre les hommes, ayant ses mécanismes, ses moyens pratiques
et ses fondements matériels.
Nous sommes, aujourd'hui, fermement convaincus de l'importance
de la construction de la société du savoir et de
la communication pour assurer un avenir meilleur à l'humanité
tout entière. Nous sommes également conscients du
besoin de la Communauté internationale d'un renforcement
des relations de coopération et de complémentarité
entre ses diverses composantes, ainsi que d'une réduction
des disparités entre les peuples et la réalisation
d'un développement équilibré et équitable,
afin de réduire le fossé numérique et corriger,
dans un proche avenir, ses effets négatifs; tant il est
vrai que ce fossé n'a cessé de s'élargir
à mesure que se creusent les écarts en matière
de rythme moyen de croissance économique et de progrès
entre les nations.
Tout en réaffirmant que le fossé numérique
est un fossé de développement avant d'être
un fossé technologique, nous appelons à des efforts
plus soutenus de la communauté internationale en vue d'assurer
à l'ensemble des peuples et, particulièrement, les
moins développés, la possibilité d'accéder
au progrès technologique et de tirer profit de la révolution
scientifique et numérique que le monde connaît de
nos jours.
Nous sommes persuadés que la réalisation de cet
objectif est tributaire de l'adoption d'une approche solidaire
efficace, à l'échelle internationale, en vue de
l'éradication de la pauvreté et de la consécration
de la justice, de la confiance réciproque et de la coopération
constructive entre tous les Etats.
Le besoin d'assistance aux peuples les moins développés
se fait, aujourd'hui, de plus en plus impératif, particulièrement
au vu du rôle sans cesse grandissant des technologies de
l'information et de la communication, dans des secteurs vitaux,
tels que l'éducation, l'enseignement supérieur,
la recherche scientifique, la santé, l'environnement, la
culture, et bien d'autres domaines qui influent grandement sur
la construction de la personnalité de l'individu et sur
la constitution de la société.
Ces progrès technologiques ont mis l'humanité devant un ensemble de défis et d'enjeux qui ne peuvent être gagnés sans une réflexion tendant à identifier les mécanismes à mettre en place pour permettre à tous d'en bénéficier. C'est ce qui nous commande d'adopter une nouvelle approche en matière de coopération internationale, fondée sur les principes de solidarité, de partenariat et de complémentarité. C'est une uvre autour de laquelle se poursuivra le dialogue, nous l'espérons, après le présent Sommet, de la manière qui puisse bénéficier de l'accord de toutes les parties.
Nous aspirons, également, à la prise de décisions
et à la définition de programmes pratiques pouvant
contribuer à la solution des questions que pose la société
de l'information comme celle de l'identité et de la diversité,
ainsi que le problème des spécificités culturelles
des peuples et certains phénomènes engendrés
par la société de l'information et devenus source
de préoccupation croissante, en raison des dangers qu'ils
comportent pour les sociétés. Au cours de ces dernières
années, en effet, sont apparues des utilisations qui ébranlent
la confiance envers les contenus des réseaux et suscitent
des interrogations au sujet de la crédibilité de
l'information et de ses sources, et sa conformité aux critères
éthiques convenus, qu'il s'agisse des informations qui
attisent le racisme, la discrimination et la haine, et prônent
l'extrémisme et le terrorisme, ou de celles qui incitent
à la déviance et contribuent au développement
du crime organisé, ou encore de celles qui colportent des
allégations et des assertions mensongères et portent
atteinte au droit d'accès de l'individu à l'informaion,
à travers les messages illicites et l'exploitation commerciale
irrégulière des banques de données.
Autant nous sommes attachés à la construction
d'une société de l'information garantissant à
l'individu le droit à l'information et assurant la fluidité
de la circulation des données et l'échange des connaissances,
sans obstacles ni entraves, autant nous soulignons l'impératif
de définir des normes éthiques universelles pourrant
servir de tampon protégeant nos sociétés
contre les utilisations négatives des moyens modernes de
communication. Nous avons, dans les textes des Nations Unies,
tout comme dans les principes et valeurs universelles communes,
autant de références pouvant être adoptées
en la matière.
Autant la société de l'information assure à
l'individu une vaste liberté dans l'utilisation des réseaux,
lui offre d'immenses possibilités pour s'affirmer et exprimer
son point de vue, et lui permet d'avoir un degré élevé
d'indépendance dans l'accès aux informations et
la contribution à la gestion des affaires de la collectivité,
autant elle lui impose le devoir de se conformer aux critères
de l'utilisation responsable et de se donner un ensemble de normes
et de valeurs éthiques respectant les droits des autres
et leur intégrité.
Les effets du fossé numérique vont au-delà
des aspects économiques et sociaux, pour s'étendre
à d'autres aspects bien plus dangereux pour le devenir
de l'humanité, tels que la diversité culturelle
qui constitue le fondement de l'héritage de l'humanité
et représente sa richesse véritable, dans toute
sa fécondité et sa pérennité.
De même, la communication entre les langues et les cultures
est devenue tributaire, aujourd'hui, de leur aptitude à
être présentes dans l'espace virtuel qui est devenu
un instrument vital de communication et de contact entre les individus
et les peuples. Les statistiques montrent qu'à l'heure
actuelle, la présence des diverses langues et cultures
dans l'espace Internet ne reflète pas la réalité
de la diversité humaine; ce qui menace le patrimoine universel
tout entier de disparition, et menace les peuples faibles de perte
d'identité, dans le contexte de la domination constatée
de certaines langues et cultures dans les contenus véhiculés
par le réseau.
Il en résulte que le souci de préserver les spécificités
culturelles et de garantir leur communication féconde,
s'impose en tant que responsabilité morale collective que
la communauté internationale tout entière se doit
d'assumer en vue de sauvegarder la cohésion de la culture
universelle, d'assurer le respect de ses divers éléments
et sources, et de garantir la complémentarité de
ses composantes, de génération en génération
et d'un siècle à l'autre.
Nous avons choisi, pour la Tunisie, une approche de développement
fondée sur le principe de la complémentarité
et de l'interdépendance entre les dimensions politiques,
économiques et sociales, et assise sur une approche prenant
en considération les impératifs de la période
en cours et les mutations profondes qui la caractérisent.
Nous avons concentré nos efforts sur l'édification
d'une société moderne et évoluée,
à travers un projet de réforme fondée sur
l'extension du champ des libertés individuelles et publiques,
la modernisation et la promotion des législations pertinentes,
la consécration de l'exercice démocratique, la protection
des droits de l'Homme, la garantie du pluralisme politique, la
concrétisation des valeurs de solidarité sociale,
l'encouragement de l'initiative individuelle et le renforcement
de la compétitivité de l'économie.
Nous irons de l'avant dans l'accomplissement d'un surcroît
d'acquis et de réalisations, encouragés en cela
par les résultats positifs que nous avons enregistrés
dans les divers domaines, malgré les difficultés
de la conjoncture régionale et mondiale. L'édification
de la société de l'information et de la communication
constitue un volet essentiel de notre approche en matière
de développement intégral, tant nous nous attachons
à consolider les fondements de l'économie du savoir
et de l'intelligence, en tant que facteur essentiel d'accélération
du rythme de la croissance et du développement.
Nous avons entrepris, depuis les dernières années du siècle passé, à travers la réforme de l'enseignement et la modernisation de la pratique culturelle et d'autres secteurs, de mettre en place une stratégie pour la diffusion de la culture numérique, afin qu'elle s'étende à toutes les couches de la société; et cela à travers la généralisation de l'enseignement de l'informatique, l'implantation de pôles technologiques sur la plus grande échelle, et l'instauration d'incitations et de facilités au profit de l'administration tout autant que des entreprises et des particuliers, pour développer l'accès au réseau Internet. Nous avons, en outre, mis en uvre une politique spéciale pour l'encouragement de l'investissement dans le domaine des technologies de l'information et de la communication.
Ce sont là des réalisations qui sont, aujourd'hui,
en harmonie avec les objectifs fondamentaux du Sommet sur la Société
de l'Information, que nous avons voulu être, depuis la position
qui est la nôtre, un Sommet ouvert à tous, Gouvernements,
composantes de la société civile, organisations
internationales et représentants du secteur privé
dans les diverses régions du monde.
La première phase du Sommet Mondial sur la Société
de l'Information nous avait offert l'occasion d'étudier
les questions en rapport avec ce thème, et d'examiner les
voies et moyens permettant de relever les défis auxquels
l'humanité se trouve confrontée dans le domaine
des technologies de la communication et de l'information. Cette
étape a été couronnée par un accord
entre les membres de la communauté internationale, en faveur
de l'adoption d'une "Déclaration de principes"
et d'un "plan d'action".
Ces résultats ont ouvert la voie à un début
d'accord sur la définition d'un nouveau concept unifié
de la société de l'information. Parallèlement
à celà, les concertations et les contacts se sont
poursuivis au sujet des questions en suspens, en prévision
de la phase de Tunis. Le processus de préparation du Sommet
de Tunis a démarré avec la tenue de la première
réunion du Comité préparatoire, en juin 2004
à Hammamet.
Cette réunion a constitué une étape importante
de ce processus. Les congrès régionaux et les réunions
thématiques qui ont été organisés
parallèlement au processus préparatoire, ont permis
d'enrichir le dialogue et d'approfondir la concertation au sujet
des principales questions posées et qui se rapportent notamment
à la gestion de l'Internet et au renforcement des efforts
en faveur de la réduction du fossé numérique.
Ce dialogue ainsi que ses méthodes d'organisation et de
gestion, constituent une référence pour l'action
onusienne dans l'avenir.
Eu égard à l'importance que nous attachons aux
questions inscrites à notre ordre du jour, notre pays s'est
employé, à travers sa participation à tous
les congrès régionaux relatifs à ce Sommet,
ainsi même qu'aux réunions thématiques organisées
dans le cadre du processus préparatoire, à mobiliser
toutes les compétences humaines et tous les moyens matériels
disponibles pour susciter le plus large intérêt international
pour ce Sommet et inciter l'ensemble des composantes de la communauté
internationale à y participer, y compris les représentants
de la société civile des pays les moins développés.
Nous avons grand espoir que le Sommet de Tunis constituera
une étape déterminante dans la recherche de solutions
adéquates aux problèmes posés au sujet de
l'information et de la communication, grâce à la
coopération de tous les participants et de leur attachement
à parvenir à des résultats à la mesure
des défis et des enjeux qui marquent notre époque.
La question de l'Internet est l'une des plus importantes questions
en suspens qui requièrent un consensus pouvant servir les
intérêts de l'ensemble de l'humanité, dans
le cadre du dialogue sérieux dont nous souhaitons, comme
nous l'avons déjà dit, la poursuite après
le Sommet de Tunis
Pour ce qui concerne la réduction du fossé numérique
grandissant, avec les effets et conséquences qui en découlent,
le besoin est, aujourd'hui, plus impérieux que jamais,
de définir une vision prospective claire d'une société
équilibrée de la connaissance, qui garantisse à
tous les peuples l'opportunité d'accéder aux technologies
de la communication.
Nous réitérons nos souhaits de bienvenue en Tunisie,
à tous nos honorables invités, et leur souhaitons
un séjour agréable parmi nous. Nous formulons de
nouveau, également, notre espoir de voir les travaux de
notre Sommet parvenir à des résultats constructifs,
répondant aux aspirations de nos peuples et marquant le
point de départ effectif vers l'instauration d'un nouvel
ordre mondial de la communication et de l'information, qui soit
équitable, équilibré et solidaire.
|