TUNISIE, NOVEMBRE 2005 / LE SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION
__Compromis sur la "gouvernance de l'Internet" et rappel au respect de la liberté d'informer
Après trois jours de débats sous très
haute sécurité au Palais des expositions de Tunis,
les 170 pays représentés au Sommet mondial sur
la société de l'information (SMSI) ont adopté,
le 18 novembre 2005, un "Engagement de Tunis"
sur la liberté d'expression et un "Agenda de Tunis
pour la société de l'information", qui
présente les mesures arrêtées par la communauté
internationale pour résorber la fracture numérique
Nord-Sud.
"La Tunisie a réussi son pari" d'organiser
ce Sommet, relève l'Agence France-Presse (AFP), "mais
cette grand'messe onusienne a été l'occasion de
rappeler aux autorités du pays hôte le besoin de
respecter la liberté de l'information et les droits de
l'homme". Le SMSI a accueilli plus de 18'000 participants
du monde politique, économique, associatif et des médias.
A la grande déception du monde en développement,
les pays riches ont refusé de se lier les mains par une
contribution obligatoire au Fonds de solidarité numérique
(FSN) initié par le président sénégalais
Wade et dont le siège est à Genève.
La déclaration finale se contente de se "féliciter"
de la création de ce dispositif purement facultatif.
Malgré l'absence de nombreux chefs d'Etat occidentaux,
le Sommet s'est conclu sur une promesse des pays riches d'aider
ceux du Sud à participer à la révolution
numérique, note encore l'AFP. Ses travaux, jusqu'alors
consacrés seulement aux aspects technologiques de la communication,
ont aussi été marqués par la circulation
de l'information comme enjeu politique global.
Une société de l'information à dimension
humaine
Les Etats membres - qui se sont prononcés en faveur
de la société du savoir, du respect des spécificités
culturelles et des droits de l'homme, y compris ceux de l'enfant,
de la femme et des personnes vulnérables - ont adopté
un "Engagement de Tunis", qui se réfère
à la Déclaration universelle des droits de l'homme
et reconnaît que "la liberté d'expression et
la libre circulation des informations, des idées et du
savoir sont essentielles pour la société de l'information".
Un plan d'action, l'Agenda de Tunis, accompagne
la déclaration adoptée à l'issue du Sommet.
Dans cet "Engagement", les Etats réaffirment
leur "détermination d'édifier une
société de l'information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement", une société où "la liberté d'expression et la libre circulation des informations, des idées et du savoir sont essentielles".Par ailleurs, ils "insistent" sur le fait que les TIC [technologies de l'information et de la communication] "constituent des outils efficaces pou promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité et pour renforcer la démocratie, la cohésion sociale et la bonne gouvernance", tout en jugeant "nécessaire de prévenir toutes utilisations abusives des ressources et technologies de l'information à des fins criminelles et terroristes".
Outre la promotion de la diversité culturelle, le document
réitère l'adhésion de la communauté
internationale aux engagements pris à Genève en
2003 relatifs aux mécanismes financiers destinés
à réduire la fracture numérique et
à la gouvernance de l'Internet. Il appelle toutes les parties prenantes, gouvernements, secteur privé, société civile et organisations internationales, à "travailler ensemble pour améliorer l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC) et faire en sorte que chacun puisse bénéficier des possibilités qu'elles offrent dans les domaines de l'enseignement, de la santé et de la science".
Relevant l'existence d'une fracture numérique entre
les hommes et les femmes, les participants plaident également
pour l'égalité des sexes dans le domaine des TIC
et la pleine participation dans la société de l'information.
Enfin, le document s'engage à promouvoir le rôle
des TIC dans la protection de l'enfance contre tout abus, et à
impliquer activement les jeunes dans les cyberstratégies.
La gouvernance de l'Internet
Le Sommet a également donné lieu à un
compromis à propos du contrôle de l'internet
avec les Etats-Unis, qui surpervisent actuellement l'attribution
des noms de domaine. Les Etats-Unis défendaient "la
sécurité et la stabilité" de la toile
contre toute volonté d'un certain nombre de pays européens
de mettre en place un cadre international.
Le compromis adopté prévoit la création
d'un "forum" international destiné à
étudier des questions relatives à l'internet, sans
toucher au statut actuel de l'Internet Corporation for Assigned
Names and Numbers (ICANN), la société californienne
chargée d'attribuer les "noms de domaine" tels
que .com, .org, .fr ou .ch.
Selon les termes de l'accord, le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, convoquera une réunion
du forum, qui discutera de sujets aussi divers que le "spam"
(envoi massif et abusif de courriers électroniques non
sollicités, ou "pourriel"), les virus informatiques
ou la cybercriminalité. La première réunion
devrait avoir lieu au premier semestre 2006 en Grèce.
[L'ICANN est une organisation à but non lucratif
de droit américain, dont la compétence est mondiale
et dont les décisions s'imposent de fait aux Etats, alors
même que le département du Commerce américain
exerce un droit de veto sur ses décisions.]
Sources : presse internationale et Nations unies, novembre
2005.
LA VICTOIRE DE BEN ALI. Dans le quotidien Le Monde
[du 3 décembre 2005], Florence Beaugé analyse "la
victoire" du président tunisien Ben Ali, au terme
de la réunion organisée à Tunis par les Nations
unies. "Baisser de rideau sur la Tunisie. L'éclairage
projeté sur le pays du jasmin, à l'occasion du Sommet
mondial sur la société de l'information (SMSI) du
16 au 18 novembre, s'est éteint. La vie a repris "comme
avant" dans ce pays de 10 millions d'habitants. L'opposition
tunisienne et les mouvements de défense des libertés
ont beau parler de "victoire", ils n'ont guère
de raisons de se réjouir. Le président Ben Ali est
sorti renforcé de ce sommet. La communauté internationale,
elle, n'en est pas sortie grandie.
"A l'exception de Samuel Schmid, président
de la Confédération helvétique, note-t-elle,
aucun dirigeant n'a rappelé à l'ordre le président
tunisien. Aucune délégation n'a claqué la
porte pendant les trois jours de travaux. Aucune des ONG présentes
non plus. Jamais les libertés n'ont pourtant été
autant confisquées qu'avant, pendant, et depuis ce sommet.
"Fort du soutien des capitales européennes, qui
imaginent voir en lui un rempart contre l'islamisme, le président
Ben Ali bénéficie d'une totale impunité."

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