TUNISIE, NOVEMBRE 2005 / LE SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION
__Le président suisse appelle la Tunisie à respecter la liberté d'expression
Ecouter Samuel Schmid
Le président suisse Samuel Schmid, qui s'exprimait
juste après le président tunisien Zine El Abidine
Ben Ali et le secrétaire général de l'Onu,
Kofi Annan, lors de la séance inaugurale du Sommet mondial
sur la société de l'information (SMSI), le 16
novembre 2005, a appelé la Tunisie à respecter
la liberté d'expre ssion. L'intervention de Samuel Schmid
a été saluée par les applaudissements de
la salle, mais censurée par la télévision
tunisienne.
"Parmi les individus encore interdits d'accès aux
moyens d'information, nombreux le sont pour des raisons politiques.
Il n'est pas acceptable - et je le dis sans détours - que
l'ONU compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent
des citoyens au seul motif qu'ils ont critiqué leurs autorités
sur Internet ou dans la presse", a-t-il déclaré,
ajoutant que "toute société du savoir respecte
l'indépendance de ses médias comme elle respecte
les droits de l'homme".
"J'attends donc que la liberté d'expression et
la liberté de l'information constituent des thèmes
centraux au cours de ce sommet. Pour moi, il va de soi qu'ici
à Tunis, dans ces murs mais aussi à l'extérieur,
tout un chacun puisse discuter en toute liberté",
a souligné le président de la Confédération.
"Pour nous, c'est l'une des conditions sine qua non de
la réussite de cette conférence internationale",
a averti Samuel Schmid qui a par ailleurs souhaité que
le sommet, dont la première phase s'était déroulée
à Genève, en décembre 2003, débouche
"sur des résultats très concrets".
LE DISCOURS DE SAMUEL SCHMID
Il n'est pas acceptable que l'Organisation des Nations unies
compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des
citoyens au seul motif qu'elles ont critiqué leur gouvernement
ou leurs autorités sur Internet ou dans la presse
Permettez-moi tout d'abord de remercier la Tunisie et ses autorités
pour la préparation et la tenue de ce Sommet mondial sur
la société de l'information ici à Tunis.
Il y a deux ans, c'est mon pays, la Suisse, qui a eu le plaisir
et le privilège d'accueillir à Genève la
première phase de ce sommet. A l'époque, nous n'étions
pas encore certains que ces quatre lettres "SMSI" allaient
vraiment parvenir à lancer un dialogue à l'échelle
planétaire. Aujourd'hui, même les plus sceptiques
reconnaissent que ce Sommet offre la plateforme idéale
au dialogue mondial sur l'information et les technologies de l'information
dont l'importance n'est plus à démontrer.
Je tiens aussi à remercier l'Union internationale des
télécommunications d'avoir pris l'initiative d'organiser
ce Sommet.
A Genève, nous avons adopté les bases
légales et politiques d'un projet en nous mettant d'accord
sur une déclaration de principes et sur un plan d'action.
Ici, à Tunis, il s'agit de passer à la phase
de réalisation, autrement dit de déterminer
qui fera quoi afin que les technologies de l'information et de
la communication soient appliquées dans le souci d'un monde
plus juste et plus sûr. Cette phase de réalisation
que nous allons discuter ici à Tunis constitue donc une
phase essentielle du SMSI.
Le XXIe siècle est le siècle de l'information.
Internet, les SMS, le fait que n'importe qui puisse être
atteignable n'importe où et n'importe quand, sont des phénomènes
qui ont totalement bouleversé la vie professionnelle et
la vie privée des individus. Les technologies en question
sont porteuses de multiples possibilités pour parvenir
à un monde meilleur : par exemple, pour combattre la
pauvreté, pour assurer un meilleur accès de tous
aux soins médicaux, pour renforcer l'économie et
stimuler le commerce, pour promouvoir la démocratie et
garantir la diversité culturelle, voire pour favoriser
la compréhension entre les peuples.
Vus sous cet angle, les résultats de ce Sommet, notamment
ceux qui seront obtenus ici même à Tunis lors de
la seconde phase, revêtent une importance capitale également
en vue d'atteindre les Objectifs de développement du Millénaire.
Il convient cependant de ne pas oublier qu'utilisées
à mauvais escient, ces technologies peuvent très
précisément provoquer le contraire de ce qu'on attend
d'elles. Elles peuvent être préjudiciables à
la société, en élargissant encore plus le
fossé entre les pauvres et les riches. Elles peuvent conduire
les Etats à surveiller leurs citoyens sans respecter leur
sphère privée ou leurs droits démocratiques.
Elles peuvent finalement conduire à des excès, en
mettant à la portée de chacun des pages à
caractère raciste ou pornographique mettant en scène
des enfants.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
C'est à nous, c'est à vous, qu'il appartient
de façonner le cadre politique et légal qui interdira
ces abus et qui permettra que les technologies de l'information
et de la communication, avec les immenses possibilités
dont elles sont porteuses, soient des instruments mis au service
d'un monde meilleur.
En ma qualité de Président de l'une des plus
vieilles démocraties du monde, je souhaite que ce sommet
ne se concentre pas seulement sur les technologies, mais qu'il
aborde aussi la question des contenus et celle de l'accès
à ces contenus.
Permettez-moi de rappeler brièvement quelques faits
quant à l'accès des individus à l'information.
Une très grande partie des habitants de notre planète
n'a pas accès aux moyens de communication, faute d'infrastructure
ou parce qu'elle n'a pas l'argent nécessaire.
La moitié de la population mondiale n'a pas le téléphone
- je ne parle même pas d'un accès à Internet.
Un quart d'entre elle n'a jamais téléphoné.
Ces centaines de millions d'individus, hommes, femmes et enfants,
sont aujourd'hui encore exclus de la société de
l'information. Voilà pourquoi l'un des objectifs majeurs
de ce Sommet consistera à favoriser le financement de
la mise en place d'une infrastructure et de services de télécommunications
dans les régions les plus pauvres de la planète.
Nous devons ainsi prendre des mesures, afin que les habitants
des pays en voie de développement puissent utiliser ces
technologies en vue d'améliorer leurs conditions de vie:
cela passe non seulement par le financement des infrastructures,
mais aussi par la formation des personnes concernées et
la création de contenus concrets et appropriés à
leurs besoins.
Tant que cela n'aura pas été mis en place, les
technologies de l'information et de la communication resteront
l'instrument des riches, et le fossé entre les pauvres
et les riches continuera de s'élargir.
Parmi les individus encore interdits d'accès aux moyens
d'information, nombreux le sont pour des raisons politiques. Il
n'est pas acceptable - et je le dis sans détours -
que l'Organisation des Nations Unies compte encore parmi ses
membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif
qu'elles ont critiqué leur gouvernement ou leurs autorités
sur Internet ou dans la presse. Toute société
du savoir respecte l'indépendance de ses médias
comme elle respecte les droits de l'homme.
J'attends donc que la liberté d'expression et la
liberté de l'information constituent des thèmes
centraux au cours de ce Sommet. Pour moi, il va de soi qu'ici
à Tunis, dans ces murs mais aussi à l'extérieur,
tout un chacun puisse discuter en toute liberté. Pour nous,
c'est l'une des conditions sine qua non de la réussite
de cette conférence internationale.
Je souhaite que cette seconde phase du Sommet mondial de la
société de l'information, soit une réussite
et qu'elle débouche sur des résultats très
concrets qui permettront aux habitants de notre planète
d'avoir accès à l'information et partant de résoudre
bon nombre de leurs problèmes.
Notre but à tous n'est-il pas en effet de faire en sorte
que la société de l'information devienne la société
du savoir ?
[Le conseiller fédéral [ministre] suisse Moritz
Leuenberger a, au deuxième jour du sommet, réaffirmé
l'importance de la liberté de l'information. "L'identité
culturelle et la liberté d'expression sont des valeurs
fondamentales. C'est pourquoi nous devons profiter du SMSI
pour souligner avec force l'importance du droit à la liberté
d'information".
"La qualité de l'information et de la société
de l'information n'est pas déterminée par la technologie
ou l'infrastructure utilisée, mais par la liberté
et l'ouverture d'esprit", a-t-il souligné, rappelant
que sans infrastructures de télécommunication, "il
ne peut y avoir de liberté, d'indépendance ou de
démocratie". Toutefois, a-t-il ajouté, "elles
sont également utilisées à des fins d'oppression,
de manipulation, d'impérialisme, de colonialisme ou de
destruction".
Moritz Leuenberger a également critiqué "une
culture mondiale et uniforme dont la langue véhiculaire
est l'anglais", ainsi que "la domination anglo-saxonne
sur l'Internet et dans les medias". "Alors que les technologies
de l'information pourraient grandement contribuer à la
pluralité culturelle, force est de constater qu'elles mènent
à l'uniformité - à la globalisation au sens
négatif du terme, c'est-à-dire à l'appauvrissement
des contenus et de la diversité culturelle", a-t-il
regreté.]
Sources : presse internationale et Confédération
helvétique.
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