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DE LA NON-INGERENCE A LA RESPONSABILITE UNIVERSELLE
Une séance mémorable
Un matin de septembre 1933, René Cassin
pénètre dans la grande salle du Palais des Nations
à Genève. Il est membre de la délégation
française et futur rédacteur de la Déclaration
universelle des droits de l'homme. A ce moment, il ignore encore
que les discussions auxquelles il va assister préfigureront
la peste brune et la tentative d'extermination des juifs par le
régime nazi.
Les représentants des Etats prennent place sous les
fresques de José Maria Sert qui ont pour thèmes
la fin de la peste et de la guerre, la solidarité des peuples
et l'espoir. La séance qui s'ouvre est historique. Un juif
de Haute-Silésie a porté plainte "contre les
pratiques odieuses et barbares des hitlériens à
l'égard de leurs propres compatriotes réfractaires
au régime". Il s'avance et décrit comment les
nazis pillent les magasins juifs, massacrent les hommes et violent
les femmes. Il explique que les synagogues sont saccagées,
les tombes profanées et les rouleaux sacrés brûlés.
Le représentant de l'Allemagne, Josef Goebbels,
Ministre de la Propagande et de l'Information, prend alors la
parole : "Messieurs, Charbonnier est Maître chez soi.
Nous sommes un Etat souverain; tout ce qu'a dit cet individu ne
vous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes,
de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n'avons à subir
de contrôle ni de l'humanité, ni de la SDN".
[1]
A l'époque, la manière dont un Etat traitait
les personnes situées sur son territoire était considérée
comme relevant exclusivement de ses affaires intérieures.
Les autres Etats n'avaient aucun droit de regard sur le comportement
des autorités à l'égard des individus. Avant
la Seconde Guerre mondiale, il n'existait pas de protection internationale
des droits de l'homme au sens où nous l'entendons aujourd'hui.
Lors de cette séance mémorable, les membres de la Société des Nations, soucieux de respecter le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat, se gardent bien de condamner l'Allemagne. Ils se contentent d'adopter une résolution invitant les Etats membres à ne pas porter atteinte aux droits des hommes se trouvant sur leur territoire. La même année, les nazis construisent le camp de concentration de Dachau.
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Photo Keystone.
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1. Mario Bettati, Le droit d'ingérence,
mutation de l'ordre international, Paris, Odile Jacob,
1996.
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