La confusion peut exister entre ces deux termesindissociables. L'esclavage et la traite s'alimententmutuellement et ne peuvent donc, ou difficilement, vivre l'unsans l'autre : l'esclavage sans la traite se régénèreau ralenti, la traite sans l'esclavage s'arrête. Pourtant,aussi liés soient-ils, ce sont des phénomènesparfaitement distincts occupant des durées, des lieux,des hommes différents.

L'esclavage était pluri-millénaire quanddébuta la traite par l'Atlantique et il lui survécutdes dizaines d'années dans les colonies des pays concernés.Par exemple, l'Angleterre et les États-Unis abolissentla traite en 1807, la France en 1815, et suppriment respectivementl'esclavage en 1833, 1865, 1848. Cuba et le Brésilsont, en 1886 et 1888, les deux derniers pays à abolirl'esclavage au XIXe siècle. Au XXe siècle,l'esclavage n'est pas mort. Il perdure en Mauritanie malgrétrois abolitions dont la dernière remonte à 1981seulement, et en 1996 Dominique Torrès publiait aux éditionsPhébus un ouvrage intitulé : 200 millions d'esclavesaujourd'hui.

Si la traite et l'esclavage sévissent sur les terresafricaines, la traite s'arrête en Amérique,là où l'esclavage recommence.

Les victimes sont toujours noires mais leur condition évolue,ou empire. Captives le temps de la traite, elles deviennent esclavesentre les mains de leurs nouveaux maîtres. Les bourreauxsont africains et européens. Les premiers amènentles captifs de l'intérieur vers les côtes et lesseconds assurent leur transport vers l'Amérique : ce sontles négriers ; ceux qui exploitent les captifs dans lescolonies sont les esclavagistes. Mais négriers et propriétairesd'esclaves ne sont pas obligatoirement les mêmes. Un armateurmétropolitain qui expédie à la traite peutn'avoir aucune relation directe avec le milieu des colons, neposséder aucun champ de canne à sucre ni aucun esclave: il assure un service de pourvoyeur que les colons "amériquains"ne lui disputent pas. Mais cette séparation fut au fildu temps de moins en moins nette. Les colons étaient mauvaispayeurs. Aussi les négociants de la métropole n'avaient-ilscomme autre moyen pour recouvrer leurs créances que des'implanter aux îles, soit en se liant avec des sociétésdéjà en place, soit en gérant des domainesou en les enlevant à leurs débiteurs. Sur lafin du XVIIIe siècle, et souvent contre leur gré, les principales maisons de commerce des ports négriers français pratiquaient à la fois la traite et l'esclavage.

En dépit de leurs liens étroits, ces deux activités doivent être considérées séparément. Avec des passerelles inévitables entre les deux, l'étude de la traite est une fin en soi, celle de l'esclavage en est une autre.