La politique négrière de la Francene fut guère plus audacieuse que la politique maritimeet coloniale qui l'englobait. (Il est question ici d'économie,pas de morale.) Au contraire de l'Angleterre à l'accointancesi évidente avec la mer et les mondes lointains, la France eut avec eux des rapports compliqués et cela se traduisit par une succession d'initiatives et de mesures souvent incohérentes, malheureuses ou tardives.

Passons sur le XVIe siècle. Désorganisé par les conflits intérieurs et extérieurs, tenu par le traité de Crépy (1544) et la trêvede Vaucelles (1566) conclus avec l'Espagne de ne pas armerpour les Amériques, l'Etat français n'a pas mêmela faculté de regarder au-delà de ses frontières.L'aventure dans l'Atlantique sud est individuelle et interlope.
La royauté apporte son soutien au XVIIe siècle maiselle ne se débarrassera plus d'une stratégie tourà tour encourageante et dissuasive. En 1642, unédit de Louis XIII fait œuvre pionnière en autorisant la traite négrière mais il n'aura pas d'effet avant longtemps parce que les options choisies par Richelieupuis Colbert firent long feu. Pour développerl'activité maritime et soutenir la colonisation françaiseaux Antilles, les ministres se conformèrent au modèlehollandais et fondirent des compagnies dont les échecssuccessifs eurent leur point d'orgue avec la liquidation de laCompagnie des Indes occidentales en 1674. Mais Colbertn'avait pas attendu pour faire marche arrière. En 1670,il accorda la liberté du commerce avec les îles encontrepartie d'un droit versé à la Compagnie desIndes fixé à 5 % de la valeur des retours et ramenéà 3 % l'année suivante. La traite françaisepu alors démarrer sous la bannière d'un chef defile, La Rochelle, qui expédia 45 navires négriers jusqu'en 1692.

En 1685, Colbert avait fait accompagner les mesuresprises en métropole en faveur de la traite par l'établissement,en aval, d'une codification de l'esclavage en soixante articlesconnue sous le nom de Code noir. Ce recueil d'édits,publié en format de poche à l'usage des maîtres,concernait le régime, la police et le commerce des esclavesdans les îles françaises de l'Amérique - etde l'océan Indien en 1723. Il s'agissait, en théorie,de définir les droits et les devoirs des esclaves et desmaîtres les uns envers les autres. En pratique, et quandils étaient respectés, les droits de l'esclave selimitaient à l'accès aux sacrements religieux etaux soins médicaux ou à l'octroi d'une ration alimentairehebdomadaire et de deux habits par an. En revanche, les droitsdu maître plaçaient l'esclave sous sa complètesujétion : l'esclave noir était sa propriété, un bien "meuble" dont il usait à sa guise, le punissant, l'assurant, le vendant, le léguant, engrossant les négresses et les affranchissant parfois avec leur progéniture. Ravalé au rang de marchandise, l'esclave noir était transporté, cédé et considéré comme telle.

C'est au XVIIIe siècle que la traite connaît sonâge d'or, mais son apogée se situe tout àla fin, quand l'aide de l'Etat est à son comble. Cela commencepar les Lettres Patentes de 1716 et 1717 qui permettentaux principaux ports français "de faire librementle commerce des nègres" et réduisent de moitiéles taxes sur les denrées en provenance des colonies commele sucre. Il reste à acquitter un droit de 20 livres parNoir introduit aux îles; à partir de 1768, les portssont exemptés de ce droit ramené entre temps à10 livres. Les efforts financiers de l'Etat furent grands en 1784et 1786 : tout navire négrier recevait une prime d'encouragementde 40 livres par tonneau de jauge payée avant son départet une prime de 160 ou 200 livres pour chaque captif débarquéaux colonies à son retour ; ces efforts portèrentleurs fruits : les armateurs même les plus timoréseurent de l'estime pour le trafic des nègres. Mais laRévolution mit fin à cette manne en supprimant lesprimes puis l'esclavage.