Du milieu du XVIIe au milieu du XIXe siècle,la France métropolitaine fut à l'origined'au moins 4 220 expéditions négrières quiabordèrent aux rivages d'Afrique et d'Amérique.C'est de Nantes que partirent le plus grand nombre d'entreelles, soit 1 744 expéditions représentant 41,3% du total. Nantes est la capitale incontestée de latraite française et les autres villes négrièressont ses lointaines dauphines : on en relève dix-huit -neuf sur l'Atlantique, sept sur la Manche, deux sur la Méditerranée- qui s'impliquèrent dans la traite en fonction de leursmoyens ou de leurs ambitions. Bordeaux, La Rochelleet Le Havre totalisent 33,5 % des armements négrierset peuvent se prévaloir de quelques références.A La Rochelle, la primauté chronologique : en 1643,le voyage de l'Espérance est la premièreexpédition négrière officiellement reconnue.Au Havre, la longévité : en 1840, le Philanthropeest le dernier navire français formellement identifiéavec des captifs à bord. A Bordeaux, l'opiniâtreté: ses bâtiments négriers se comptaient sur les doigtsd'une main avant 1730 quand Nantes comptait les siens parcentaines, mais en 1802-1803, ils furent plus nombreux àdescendre la Gironde que leurs rivaux bretons la Loire.

Les quinze autres ports sont à des encabluresde ce quatuor de tête. Ils se répartissent en deuxsous-ensembles : Saint-Malo domine nettement un premier groupequi frôle les 15 % et comprend par ordre d'importance décroissante,Lorient, Honfleur et Marseille ; les onze ports du second groupesont des "gagne-petit" qui, à l'exception deDunkerque, ne franchissent pas la barre des vingt expéditionschacun, comme Rochefort, Bayonne ou Vannes, ou même desdix expéditions, comme Brest, Morlaix, Dieppe, Cherbourg,Saint-Brieuc, Marans et Sète. Il est certain qu'àla différence des précédents ces derniersports n'ont jamais eu de volonté négrière,si bien que leur présence dans cette liste n'a d'autrejustification que statistique : quand on recense à Morlaixdeux expéditions négrières en tout et pourtout et à Marans une seule, on peut attribuer aux circonstancesle fait qu'elles aient embarqué des Noirs à la côted'Afrique plutôt que de la gomme, de l'ivoire ou de la cire.

Clôturons cet inventaire portuaire en signalant lescolonies [Guyane, Antilles, Sénégal, Bourbonet Île-de-France (La Réunion et Maurice aujourd'hui)]qui eurent pour certaines d'entre elles une activité négrièreintense de la Révolution au premier tiers du XIXe siècle.