Au moment d'appareiller, le navire négrier abrite dans ses flancs un chargement coûteux, lourd et volumineux, scindé en deux parties : l'avitaillement et la cargaison d'échange.

L'avitaillement désigne l'ensemble des provisionsnécessaires à l'alimentation des marins et des captifs.Il est plus important que dans toute autre expédition puisqu'ilfaut nourrir beaucoup plus de monde pendant beaucoup plus de temps.On distingue les vivres de l'équipage des vivres pour lesnègres. Soumis aux obligations culinaires du long cours,les marins engloutissaient avec une monotonie décourageantedes tonnes de biscuits de mer, des salaisons de porc et de buf,des jambons, des fromages, des morues sèches ou vertes,des légumes secs, des lentilles, des céréales,du riz. Les captifs avaient encore moins de choix, si l'on peutdire : riz, fèves, gruau et biscuits revenaient invariablementleur caler l'estomac. A cette nourriture ô combien solides'ajoutaient des barriques de vin et des dizaines, des centainesde barriques d'eau arrimées dans la cale et surveilléesavec une vigilance extrême.

La cargaison d'échange est la cargaison de traite proprementdite. Sous réserve de différences liéesà l'évolution normale de la demande selon le sitede traite et l'époque, on retiendra trois constantes :la cargaison constitue en valeur plus de la moitié de lamise-hors, elle se compose des mêmes sortes de marchandiseset elle les répartit selon les mêmes proportions.C'est une idée reçue de croire que les traitantsafricains se satisfaisaient de babioles péjorativementappelées aujourd'hui pacotille. Cette catégoriequi comprenait des ciseaux, des cadenas, des miroirs..., ne représentaitqu'une faible part de la cargaison en valeur et en volume, souventmoins de 10 %. A l'inverse, les textiles, classés dansla catégorie des "grandes marchandises", valaientenviron 50 % de la cargaison. C'étaient surtout des cotonnadesimprimées aux noms teintés d'exotisme dont les plusconnues sont les "indiennes" décoréesde motifs géométriques ou floraux, anthropomorphesou paysagers. Les armes à feu, la poudre et les munitions,secondairement les armes blanches, constituent l'autre produitd'échange que tout capitaine se devait d'avoir sous peine"de manquer sa traite". Les alcools, eaux-de-vie etliqueurs, viennent après, suivis des métaux brutsou travaillés, fer, cuivre, étain. On échangeaitaussi les cauris, petits coquillages blancs venus des îlesMaldives, servant de monnaie aux Africains; ou encore le tabac.Une cargaison de traite était ainsi composée d'uneinfinité d'articles dont la variété et laqualité devaient répondre au goût des négriersnoirs.