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| S'il va de soi que tout navire négriergagnait l'Afrique, où allait-il précisément? Ce sont les instructions de l'armateur, les journaux de bordet de traite, les rôles de désarmement, la déclarationde retour du capitaine, qui nous l'apprennent. Or ces piècesmajeures manquent souvent dans les dépôts d'archives.Le chercheur peut se contenter de destinations vagues comme lacôte de Guinée qui désignait alors les côtesoccidentales de l'Afrique - faire le commerce de Guinéeou des nègres revenait au même. On identifie malgrétout les grandes zones négrières. Au XVIe siècle, quand se tissaient les premiersliens commerciaux entre l'Europe et l'Afrique occidentale,le capitaine partait sans directives particulières de l'armateursinon celles de faire du profit. Il menait son navire àl'aventure sans bien savoir où aborder ni quelles marchandisestroquer. C'étaient souvent les circonstances qui décidaientdu choix des sites et du genre de traite. Le navire allait plutôtd'une rade foraine (non protégée des éléments)à l'autre et embarquait au gré de l'offre les ressourceslocales, végétales, minérales ou... humaines.Celles-ci finirent par nommer les lieux où on les trouvait: la côte des Graines, la côte de la Malaguette (variétéde poivre), le cap des Palmes, la côte de l'Or, la côtede l'Ivoire et la côte des Esclaves se succèdententre le 10e degré de latitude nord et l'équateur.Dès cette époque les navires descendaient plus basjusqu'au cap Lopez à l'embouchure de l'Ogooué auGabon. Ainsi la traite se fit très tôt sur unelongue façade littorale de plusieurs milliers de kilomètrescommençant en Mauritanie actuelle, se développant des rivières du Sud au delta du Niger, et se prolongeant de part et d'autre du fleuve Congo dans les pays de Loango et d'Angola. Des sites de traite fixes s'échelonnent le long de ces côtes, nombreux mais d'importance variable : sur la côte sénégambienne au nord, l'île de Gorée doit sa réputation à la Maison des Esclaves que l'on y visite et non au peu de captifs qui en partirent; les sites d'Elmina, Cape Coast, Anomabu, Accra, Ouidah, Porto-Novo, Bonny, Calabar sur le golfe de Guinée furent autrement productifs, de même qu'au sud de l'équateur les sites portugais de Loango, Malembo, Cabinda, Ambriz, Luanda, Benguela. La compagnie des Indes supprimée en 1769, les naviresnégriers purent aller au-delà du cap de Bonne Espérance,sur la côte orientale de l'Afrique, à Mozambique,Kilwa, Ibo, Zanzibar, Quérimbe. Ces destinations furentde plus en plus prisées après 1783 quand le marchénégrier s'essouffla sur les côtes occidentales enraison de la concurrence, de la rareté et de la chertédes captifs. (La traite orientale se poursuivra jusqu'à l'orée du XXe siècle.) Quelques soient leurs façons de traiter, les navires négriers disposaient donc d'une géographie négrière vaste et variée qui répondait parfaitement à leurs besoins.
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