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| Les navires négriers disposaient de plusieurs méthodes pour prendre des captifs à la côte africaine. Il fallait choisir la meilleure en fonction d'une conjoncture fluctuante : une longue file d'attente, la présence agacée de rivaux étrangers (souvent britanniques), un accueil hostile des chefs locaux, une pénurie de captifs, ou des prix extravagants. Autant d'imprévus qui obligeaient le capitaine à s'adapter. La traite itinérante n'était pas la méthodela plus simple. Elle consistait à descendre le long dela côte, à mouiller dans les rades foraines quandil s'en présentait, ou à s'ancrer à l'entréedes rivières qui s'insinuaient à l'intérieurdes terres. A chaque fois, on devait disposer de la chaloupe,franchir la barre qui déferle dangereusement le long durivage, prendre langue avec les autorités locales, leuroffrir des présents, et s'entendre avec eux sur les délaisde livraison, le nombre et le prix des captifs. Cela pouvait dureret se répéter d'un site à l'autre. On conçoitque tout le monde en prenait ombrage : le bateau qui se dégradait;les captifs qui suffoquaient dans ses flancs surchauffés; les marins, que les fièvres emportaient. Des expéditionspouvaient languir des mois durant et il fallait alors s'inquiéterde la traversée future. La brièveté du séjour africain étantle premier gage de la réussite, la traite fixe était ainsi la solution recommandable entre toutes et les instructions de l'armateur indiquaient sa préférence pour un seul site comme Bonny, au Calabar, dans le delta du Niger : il arrivait là des foules de captifs venus notamment du pays des Ibos, au nord. La rivière remontée jusqu'au comptoir de traite, le navire devient là négrier. Le charpentier aménage l'entrepont, débarrassé de sa cargaison de traite, en parc à nègres. On installe sur le pont la chaudière à gruau pour nourrir les captifs et une "maison" en planches et nattes de jonc qui recevra d'abord les dignitaires. Après les discussions et les cadeaux d'usage, leur roi, Pepel, donne son accord et la traite peut commencer. Une navette va pendant des semaines et au rythme de quelques individus par jour amener des captifs et ramener en échange les marchandises dont la correspondance est calculée ici en "barres" - en 1790, une négresse pouvait équivaloir à 65 barres soit sept pièces de tissus, trois fusils, cinq barils de poudre, cinq barres de fer, huit chapeaux et bonnets, des perles, quatre cadenas et deux couteaux. Le chirurgien vérifiait attentivement l'état physique des captifs qu'on préférait jeunes et de sexe masculin : les "pièces d'Inde". Lorsque le capitaine estimait en avoir une quantité suffisante, il mettait à la voile. Les conditions de la traite fixe différaient selon les lieux, selon les interlocuteurs africains dont les usages et les goûts différaient, selon aussi les interlocuteurs européens installés dans les forts côtiers comme celui d'Elmina au Bénin actuel.
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