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| Sauf aux époques où les conditionsde la traite furent opaques (au XVIe siècle quand les naviresnégriers français louvoyaient dans l'interlope etau XIXe siècle dans l'illégalité pour fournirles colonies espagnoles comme Cuba ou Porto-Rico et danoises commeSaint-Thomas), les expéditions négrièresparties de France gagnèrent presque uniquement lescolonies françaises en vertu du système dit de l'Exclusifqui régissait les rapports entre les colonies et la métropole.Selon ce régime, les colonies sont au service de la métropole: tout ce qu'elles produisent doivent lui parvenir, tout ce dontelles ont besoin doivent en provenir, comme les esclaves. AuxXVIIe et XVIIIe siècles, les négriers françaisdéportèrent donc (et non transportèrent,la résonance ni la réalité ne sont les mêmes)leurs captifs dans les possessions françaises de l'Amériqued'abord et de l'océan Indien ensuite. Outre-Atlantique, les Noirs furent débarquéssur la terre ferme à Cayenne, en Guyane, ou àLa Nouvelle-Orléans en Louisiane; dans les PetitesAntilles, à Saint-Christophe, à Saint-Barthélémy,à la Martinique, à la Guadeloupe...;dans les Grandes Antilles, à Saint-Domingue. C'estdans cette île, justement surnommée la "perledes Antilles" parce qu'elle représentait un tiersdu commerce extérieur français, qu'arrivèrentle plus grand nombre de Noirs jusqu'à ce qu'ils se révoltenten 1791 et prennent leur indépendance les armes àla main. Le déséquilibre de la sociétéportait en elle le germe de la Révolution : il devait yavoir alors quelque 500'000 esclaves, 30'000 libres de couleurqui n'avaient aucun droit politique, et 40'000 Blancs. La populationservile des autres possessions de l'Amérique étaitnumériquement bien moindre. En 1831, quand sonnele glas de la traite française, la Guadeloupe comptait97'000, la Martinique 86'000 et la Guyane 19'000, soit un total deux fois et demi inférieur au nombre des esclaves de Saint-Domingue quarante ans plus tôt. Dans l'océan Indien, les Noirs qu'on allaitchercher sur la côte orientale de l'Afrique étaientdébarqués dans l'archipel des Mascareignes dontl'Île de France et l'île Bourbon,les "îles-surs", sont les deux principales composantes.C'est après la suppression de la Compagnies des Indesen 1769 que les armateurs de la métropole purent s'intéresserà ces destinations lointaines. L'Île de France, plusgrande, et offrant de bonnes installations portuaires (Port-Louis),eut la préférence des navires négriers quis'y rendirent en grand nombre de 1783 à sa conquêtepar les Anglais en 1810. Bourbon prendrait le relais jusqu'en1831 - date à laquelle l'île vit sa population servileportée à son plus haut niveau avec 70'000 esclaves.
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