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| Il était aussi avantageux de ventiler les captifsen un seul site de vente que de les avoir réunis enun seul site de traite. Mais pour des raisons identiques (et inversées),le capitaine échouait parfois à écouler latotalité de sa cargaison au même endroit - quandil lui fallait subir la concurrence de nombreux bateaux prioritaireset la chute des cours qui résultait de cette offre pléthorique; quand les Noirs proposés indisposaient parce que leurnation d'origine était méconnue ou avait mauvaisepresse auprès des planteurs locaux - la préférenceallait naturellement aux nègres réputés docileset travailleurs plutôt qu'aux nègres fantasques ouindolents ; ou enfin quand l'instabilité de la conjonctureéconomique ou politique rendait les acheteurs potentielsinsolvables. C'est ainsi que l'on voit des bâtiments négrierserrer d'un port à l'autre des Antilles et en repartir,soit en n'ayant rien vendu, soit en ayant débarquéune partie de leurs Noirs à terre. Cette espècede cabotage négrier n'était pas du goût desNoirs qui prolongeaient leur séjour à bord, ni ducapitaine qui s'émouvait du temps perdu. La meilleure méthode était donc de se rendrelà où l'on vous attendait. Généralement,l'armateur avait pris contact avec une maison de consignationinstallée à Cayenne, Port-au-Prince,Fort-Royal ou Pointe-à-Pitre, et l'avaitchargée de vendre les captifs, de conserve avec le capitaineou son agent commercial à bord appelé le "subrécargue".Lorsque par contrat ou attache familiale, cette maison étaitalliée, le déroulement des opérations n'enétait que plus limpide. Il fallait respecter deux impératifs pour écoulerla cargaison humaine dans des conditions satisfaisantes. D'abord,la "rafraîchir" pour redonner aux captifs épuisésune apparence extérieure de bon aloi - en les envoyantse requinquer à terre, en améliorant l'ordinairede fruits et de légumes frais, ou en maquillant les invendablesque la traversée avait estropiés ou rendus fous.Ensuite, procéder à une vente rapide. Celle-ciétait publiquement affichée ou annoncée dansles gazettes locales. On précisait où et quand,qui et combien. Selon la formule de la vente, les acquéreursse précipitaient pour enlever les plus belles piècesaux autres clients, ou devaient se plier à la règledes enchères. Les prix des captifs dépendaient deleur qualité intrinsèque, de leur âge et deleur sexe : un négrillon, une négresse, valaientmoins qu'un beau nègre qui représentait une forcede travail, pensait-on, supérieure et immédiatementproductive. Les prix variaient aussi selon l'offre et la demande.Le marché était parfois saturé et les courschutaient. (Les colons, jamais rassasiés de captifs, nepouvaient pas toujours les absorber; les négriers anglaisen introduisirent beaucoup en fraude ou pendant les périodesde guerre où ils furent maîtres des possessions françaises.)A l'époque de la Révolution française,il en coûtait aux colons entre 1'500 et 2'500 livres environpar individu - cet argent, dit des colonies, étant supérieurd'un tiers à l'argent de France. La vente pouvait durer plusieurs semaines. Il restaittoujours des captifs dont personne ne voulait parce que leur aspect,leur état de santé, ou leur âge rebutaient.Le vendeur s'ingéniait alors à les insérerdans des lots pour lesquels il consentait des ristournes avantageuses. Le règlement des captifs s'effectuait, une partieau comptant, une grande partie à crédit sur six,douze, dix-huit mois ou plus. L'acheteur s'acquittait avec despièces d'argent, des piastres espagnoles, mais essentiellementavec des denrées du cru, sucre brut ou terré (raffiné),tabac, café, indigo, ou coton. Il arrivait fréquemmentqu'un représentant de l'armement, capitaine ou subrécargue,restât dans la colonie pour veiller au recouvrement descréances. La confiance était mesurée enversdes colons qui ne payaient pas souvent rubis sur l'ongle. Maisce n'était pas le problème des captifs. Entreles mains de leurs nouveaux maîtres, ils étaientdésormais des esclaves.
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