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| Les esclaves refusaient souvent leur condition et multipliaientles formes de résistance. La plus courante étaitla résistance passive qui consistait à mettre dela mauvaise volonté dans l'obéissance aux ordreset dans l'exécution du travail. Plus radicalement, desmères avortaient ou tuaient leurs nouveau-nés pourne pas perpétuer leur statut "honteux", des esclavesse suicidaient, d'autres, qui se livraient souvent à lapratique du vaudou, empoisonnaient les leurs. Des milliersd'esclaves disparurent ainsi. La fuite ou "marronnage" fut un puissantmode de résistance que les nègres adoptèrenttrès tôt. Après avoir abandonné l'atelierou la culture, ils fuyaient se cacher au loin ou dans les bois.En "partant marron" (de l'espagnol cimarron, sauvage),les esclaves faisaient preuve d'une insoumission d'inégalegravité : le "grand marronnage" étaitune désertion qui se voulait définitive par oppositionau "petit marronnage" qui n'était qu'unabsentéisme de quelques jours. Les départs étaientle plus souvent affaire individuelle et masculine, quelque soitl'âge ou l'appartenance ethnique. Si le petit marronnageétait dû à une humeur passagère, ladureté des traitements, le manque de nourriture ou un trop-pleinde fatigue expliquaient plutôt le grand marronnage. Réfugiés dans les lieux inaccessibles ou leshauteurs comme les "mornes" à Saint-Domingue,les fugitifs pouvaient se regrouper pour vivre de troc et dechapardage ou se constituer en bandes vivant du pillage des plantations.Certains louaient leurs services dans d'autres habitations ouen ville comme travailleurs libres. Revenus d'eux-mêmes ou bien repris, les nègres"marrons" étaient soumis à la justicedu roi ou à celle du maître. La nature de la punitiondépendait de la durée du marronnage, d'une récidiveéventuelle, de la gravité des exactions commises,des conditions de la réintégration, ou du bon vouloirdes magistrats ou des propriétaires. Les châtimentsallaient des coups de fouet aux supplices et à la peinede mort. Que ces diverses formes de résistance aient étéun simple refus des conditions d'asservissement ou déjàune lutte contre l'esclavage et pour la liberté, il estsûr qu'elles ont gravement perturbé le fonctionnementdu système et préparé les situations insurrectionnellesde la Révolution dont celle de Saint-Domingueest le meilleur exemple. En août 1791, le baril de poudre que constituaitla Grande Île explosa. Les Noirs - majoritaires àquinze contre un - se soulevèrent contre des Blancsopposés à l'application de tout principe égalitaire.Saint-Domingue fut alors emportée par un maelströmqui n'épargna rien : les habitations furent pilléeset incendiées, les colons massacrés; ceux qui enréchappèrent fuirent dans la précipitation,laissant l'île aux mains d'une armée indigènecommandée par plusieurs chefs au premier rang desquelsToussaint Louverture. Parvenu au pouvoir, Bonapartevoulut rétablir l'autorité de la Républiquesur Saint-Domingue, mais Toussaint Louverture qui s'étaitproclamé gouverneur général à viene l'entendit pas de cette oreille et rompit avec lui. En février1802, un corps expéditionnaire placé sous lesordres du général Leclerc, beau-frère duPremier consul, débarqua dans l'île pour faire rentrercelle-ci dans le giron colonial. Toussaint Louverture, arrêtéen juin 1802 et ramené en France avec sa famille, mourutau Fort de Joux près de Besançon en 1803. Celan'empêcha pas l'expédition militaire - déciméepar la fièvre jaune et le paludisme - d'être un cuisantéchec et Saint-Domingue de devenir Haïti le 1erjanvier 1804. La France perdait définitivement ce quiavait constitué le fleuron de son empire colonial - parla loi du 30 avril 1826, l'Etat indemnisera en partie lesanciens colons des pertes qu'ils avaient subies.
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