|
|
|
|
| Pour le retour, le navire négrier retrouvaitsa configuration marchande de l'aller. De même que lesNoirs avaient pris la place des marchandises de traite àla côte d'Afrique, les denrées tropicales les remplaçaientsur les sites de vente. Les aménagements que la cargaisonhumaine avait nécessités étaient démontéset le bâtiment remis en état. Après plusieursmois en mer et des coups de tabac d'autant plus dévastateursque le navire était vétuste, on radoubait quandla coque avait trop souffert ou on parait au plus presséen bouchant les trous et en réparant le gréement.La fatigue du navire était parfois telle qu'il étaitcondamné ou vendu sur place. Mais la plupart du tempsil repartait pour une dernière traversée sans histoire. A l'instant d'appareiller, l'équipage différaitfort de celui du départ. Il manquait à l'appel lesmalades, les matelots que l'attrait des îles avait faitdéserter, et tous les marins décédés.Cela faisait de nombreux vides comblés par les remplaçants- nombreux étrangers et déserteurs attiréspar les soldes élevées que suscitait une offre supérieureà la demande. Le capitaine lui-même n'étaitsouvent que le second du titulaire resté dans la coloniegérer les affaires du navire. Mais la transmission du commandements'opérait d'autant mieux que les principales difficultésde l'expédition étaient passées; il suffisaitd'un capitaine simplement navigateur. Pour précieux qu'ils fussent, les caisses de sucre,les sacs de café, les billes d'acajou et les balles decoton, n'avaient pas le caractère subversif des captifsqui les avaient précédés dans l'entrepont. La navigation est rapide. Un franchissement de quelquessemaines. Les pertes matérielles et humaines sont rares.Des marins arrivent pourtant à mourir le dernier jour etdes bâtiments à périr à quelques lieuesnautiques du but. Il est plus fréquent que l'action destempêtes sur des navires à bout de souffle gâtela cargaison mal protégée. On le sait par les déclarationsd'avaries et le chipotage des assureurs. Après l'intervention des services sanitaires et douaniers,le capitaine fait désarmer son navire, libérer l'équipageet décharger la cargaison. Lorsque le tirant d'eau du négrierne permet pas de remonter jusqu'au port d'attache, la cargaisonest transbordée sur des gabarres à fond plat. C'estainsi que les navires de Nantes procédaient en arrivantà Paimbuf - son avant-port situé sur la rive sudde la Loire. Enfin parvenus à quai, les produitstropicaux étaient mis au sec dans les entrepôts del'armateur qui reprenait là un rôle interrompu depuisle départ de l'expédition. L'armateur commence par écrire à tous les actionnairespour les prévenir de l'heureuse arrivée et mettrefin aux nuits éveillées des plus financièrementvulnérables : avoir ses économies à bordd'un négrier n'est pas de tout repos. L'armateur met ensuiteses commis à la comptabilité : ceux-ci alignentdes colonnes de chiffres et tirent un premier bilan de l'expédition.Maintenant il faut vendre ce premier arrivage et attendre lessuivants puisque le négrier a ramené une partieseulement de ce que les Noirs ont rapporté. Le sucre brutest raffiné sur place, à Nantes ou à Bordeaux,et réexpédié en France et dans toute l'Europe. Il faut attendre parfois de nombreuses années pourque tout soit rentré au port : ce sont les "queuesde retour". C'est alors seulement que l'opérationnégrière est terminée et que l'armateur peutdire combien l'expédition a rapporté ou coûtéaux actionnaires.
| ||