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| Alors que la traite française s'organise àla fin du XVIIe siècle, il existe déjàdes contestataires du système négrier mais ce sontdes esprits marginaux dont l'influence est nulle et l'action condamnée.Ainsi, l'ordre religieux des Capucins estimait qu'unefois baptisés, les Noirs ne devaient plus demeureresclaves : deux prêtres, l'un Français, l'autre Espagnol,Épiphane de Moirans et Francisco Joséde Jaca, furent jugés par un tribunal ecclésiastiqueespagnol en 1681, et incarcérés, aprèsavoir dénoncé l'esclavage et promis la damnationaux maîtres qui n'affranchiraient pas leurs esclaves. Acette époque, la position de l'Eglise (expriméepar Bossuet) en faveur de l'esclavage tient le haut dupavé et l'heure n'est pas venue de la critiquer. C'est au siècle des Lumières qu'on sepose la question de savoir s'il est juste ou non d'avoir des coloniesou s'il est admissible de pratiquer la traite et l'esclavage pourles développer. Cette mise en question ne s'effectue passans difficultés ni ambiguïtés. Le mouvementabolitionniste français se dessine lentement et, mêmeà son apogée, il n'aura jamais la force ni l'audacedu mouvement britannique emmené par des hommes de la trempedu révérend Thomas Clarckson, auteur en 1789d'un Essai sur les désavantages politiques de la traitedes Nègres, considéré comme une"bible" du genre, ou de William Wilberforce,député des Communes, et leader incontestédu combat abolitionniste au début du XIXe siècle.Outre qu'il se heurte à de puissants intérêts,l'abolitionnisme en France se circonscrit au milieudes intellectuels et ne remue guère une opinion publiquelargement indifférente au sort des nègres. Aussianti-esclavagistes fussent-ils, les philosophes eux-mêmescomme Montesquieu et Voltaire, se gardèrentbien de tenir des propos définitifs et préférèrentl'ironie à une dénonciation catégorique. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle,la contestation prend une autre tournure et l'Encyclopédiemontre la voie. Plusieurs de ses articles sont des condamnationssans appel de l'idéologie colonialiste. Dans l'article"Population", Damilaville expose longuement lesméfaits de la colonisation, tandis que le chevalierde Jaucourt à l'article "Traite des Nègres"affirme que celle-ci "est un négoce qui viole la religion,la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la naturehumaine". Son ami Diderot prend aussi fermement positionen participant à l'Histoire philosophiqueet politique... dans les deux Indes de l'abbéRaynal. Cet ouvrage publié clandestinement en 1770marqua les esprits et déchaîna sur lui la censureet les condamnations : pouvait-on laisser dire que la traite est"le plus atroce de tous les commerces" et qu'il estregrettable que "la plupart des nations s'en soient souillées"? Cependant, à l'exception du pasteur calviniste Benjamin-SigismondFrossard qui publie La cause des esclaves nègreset des habitants de la Guinée... en 1789,les auteurs n'écrivent pas de traités précisémentconsacrés au sujet ou vont rarement jusqu'au bout de leursconvictions. Ainsi, la Société des Amis des Noirsnée en 1788 autour de Condorcet, Buffon,Clavière, Mirabeau ou Brissot se prononceà la fois pour la suppression de la traite et le maintienprovisoire de l'esclavage : c'est un abolitionnisme mitigéqui domine jusqu'à la Révolution - et qui persistera.On affirme que la traite est le "plus grand crime public"- selon l'expression du fils d'un "marchand de nègres"bordelais à la retraite - mais on doute de la capacitédes Noirs à supporter une liberté qui leur viendraitsans préavis, entière et immédiate. L'abolitionprogressive de l'esclavage paraît la solution la plus censéeà l'époque où l'on proclame la Déclarationdes droits de l'homme et du citoyen. Les hommes naissent libreset égaux en droits, mais à condition d'êtreblancs. Dans les premiers temps de la Révolution, le granddébat sur le problème de l'esclavage et de la traiten'a pas lieu et les armateurs négriers poursuivent leurtâche jusqu'en 1793 : les députés qui défendentà l'Assemblée les intérêts coloniauxsont plus représentés et mieux organisésque ceux qui défendent les droits de l'homme noir.Finalement, la guerre avec l'Angleterre et le feu à Saint-Domingue- qui condamnent les négriers à l'inactivitéforcée - vont peser au moins autant dans la décisiond'abolir l'esclavage en 1794 que les préoccupationsphilosophiques. Les abolitionnistes n'eurent gain de cause que pourun temps très bref. Dès le Consulat, le lobbycolonial et esclavagiste, qui n'avait jamais désespéré,refait surface et obtient, d'un Bonaparte assez peu concernépar la question, l'annulation des acquis de la Révolution.Pour rétablir ces acquis, la Restauration aura àaffronter un dernier baroud d'honneur des armateurs négriers,définitivement vaincus en 1848. Définitivement?
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