La chronologie de l'abolition chevauche deux siècleset s'étale sur plus de cinquante ans, de la Révolutionfrançaise à la Seconde République. A elleseule, cette longue durée atteste des résistancesqu'il a fallu vaincre pour éradiquer des phénomènesaussi profondément ancrés dans les mentalités.

C'est donc tardivement - la Révolution est entréedans sa sixième année - que la Convention nationaleabolit le 16 pluviôse an II (4 février 1794)l'esclavage des Nègres dans toutes les colonies et accordela citoyenneté française à tous les hommessans distinction de couleur. L'abolition, qui fut longuementpréparée puis votée à l'unanimité,est un des actes essentiels à mettre à l'actif dela Révolution. Mais, outre qu'il ne dit mot de la traite,le décret ne put être véritablement appliqué: on n'en tint pas compte à Bourbon ni à l'Îlede France et la guerre maritime ranimée avec l'Angleterrel'année précédente avait coupé lamétropole de ses possessions en Guyane et aux Antilles.

Cette première abolition ne correspondait pasau vu du négoce français et dès que l'occasionse présenta de l'annuler, on ne la manqua pas. Bonaparteétant Premier Consul, la paix fut conclue à Amiensle 26 mars 1802 avec l'Angleterre. Les colonies de nouveau accessibles,il fallait renouer sans tarder avec des habitudes qui avaientfait leurs preuves. Au mois d'avril suivant, Bonaparte reçutà Paris une délégation de députésde Nantes, Bordeaux et Marseille à qui il promit implicitementle retour du commerce négrier. La promesse fut tenue :la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) rétablissaitla traite et l'esclavage conformément aux dispositionsantérieures à 1789. Un an plus tard, la rupturede la paix priva de sortie les navires négriers jusqu'auretour des Bourbons en 1814.

Louis XVIII n'eut pas le temps de légiférersur la traite comme l'Angleterre, qui l'avait abolie en 1807,le lui demandait. Napoléon, revenu pour cent jours,prit les devants et décréta la fin de la traitele 29 mars 1815 - dans un geste politique à l'égarddes Anglais plus que par humanité vis-à-vis desNoirs. La seconde Restauration ignora cette loi de "l'usurpateur",mais pas l'Angleterre qui fit pression sur le roi pour que leprocessus d'abolition de la traite fût accéléré.L'accélération fut progressive et ne dura pas moinsde seize années : Louis XVIII s'engagea bien le 30 juillet1815 à interdire immédiatement la traite, mais ilfallut une ordonnance et trois lois entre 1817 et 1831 pour mettreun terme à l'activité négrière françaisecommencée presque deux siècles plus tôt. L'interdictionde la traite ne pouvait être complètement respectéetant que l'esclavage persistait. L'Angleterre montrala voie en l'abolissant en 1833, mais la Francetraîna encore des pieds pour la suivre. C'est VictorSchlcher, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies de laSeconde République naissante, qui obtint le 27 avril1848la signature du décret d'abolition de l'esclavage dansles colonies françaises.

La traite et l'esclavage avaient officiellement disparu, mais pas le besoin d'une main-d'œuvre abondante et bon marché, aussi la France recourut-elle à d'autres sources et à d'autres méthodes.