L'historiographie récente désigne ainsila traite négrière pratiquée en contraventionavec la loi, sous la Restauration et la monarchie deJuillet.

Le 8 janvier 1817, le gouvernement français promulguaune ordonnance menaçant de confiscation tout navire tentantd'introduire des Noirs dans une colonie française. Cettepremière mesure coercitive ne devait pas inquiéterles armateurs négriers qui préféraient yvoir une manière de calmer l'impatience britannique : rienne les empêchait d'embarquer des marchandises de traiteen France ni des captifs en Afrique... Le 15 avril 1818 l'ordonnancedevint la première loi abolitionniste françaisesans que la détermination des intéressésen fût le moins du monde diminuée. Plutôt qued'apprécier les motifs humanitaires qui présidaientà cette lutte anti-négrière, les armateurspréféraient s'insurger contre les Anglais accusésde vouloir saboter l'économie nationale. Continuer latraite, c'était faire acte de patriotisme. C'étaitaussi gagner de l'argent, comme les belles années d'avantla Révolution en avaient laissé le souvenir.

Toujours est-il que la traite était désormaisillégale et non pas clandestine comme on la qualifialongtemps, et pudiquement, à tort. La traite se préparaiten dépit de la loi mais non en cachette des autoritésqui fermaient les yeux. C'est ainsi qu'à Nantes,on pouvait se procurer des fers à nègres en ventepublique ou qu'on armait des navires négriers au nez età la barbe du commissaire maritime censé les interdire.Nantes tenait à son rang : en 1824-1825, elle expédiaautant de navires négriers qu'au cours de ses meilleuresannées du XVIIIe siècle et, pour l'ensemblede la période illégale, 305 navires, soit 42,5%des 717 navires français répertoriés parl'historien Serge Daget. Ce dernier chiffre, qui équivautà 17% de la traite française toutes époquesconfondues, montre la difficulté à vaincre des habitudesaussi solidement établies.

Pour venir à bout des récalcitrants, ilfallut déployer un arsenal législatif et militairesans précédent. Deux nouvelles lois, votéesen 1827 et 1831, sanctionnaient très lourdementles armateurs et les marins qui y regardèrent désormaisà deux fois avant de récidiver. De son côté,la Marine royale fut mise à contribution à partirde 1820 : des bâtiments de guerre modernes furent envoyésaux côtes occidentales de l'Afrique avec pour mission d'arraisonnerles navires marchands susceptibles d'être aussi négriers.Les débuts furent timides : les croisières de répression,opportunément frappées de cécité,n'arrêtaient personne. Mais elles finirent par déployerune belle efficacité et se constituer un aussi beau palmarèsque celui de la Royal Navy. Il faut dire que depuis 1825, lesmarins français avaient avantage à faire des prisesnégrières puisqu'ils touchaient une prime de centfrancs par Noir "recapturé" et se partageaientle produit de la liquidation du navire négrier saisi.

La Seconde République décida de les supprimerpeu de temps après l'abolition de l'esclavage. La traiteillégale avait vécu, après avoir mobilisécontre elle des moyens et une volonté longtemps retardéspar l'inertie et la complaisance des instances politiques localeset nationales.