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| Pendant deux siècles, la France fut doncle point de départ d'environ 4'220 expéditions négrièreset 80% d'entre elles eurent lieu au XVIIIe siècle.Sur le plan national, Nantes occupe la premièreplace des ports négriers, et sur le plan international,la France, le troisième rang des nations négrièresderrière la Grande-Bretagne et le Portugal.Compte tenu des lacunes de la documentation et de l'évolutiondes conditions du commerce négrier, il n'est pas possiblede fournir des données chiffrées qui soient autrechose que des ordres de grandeur. Telles quelles cependant, ellesdonnent une idée saisissante de l'ampleur du phénomènenégrier. A partir d'un nombre d'expéditions qu'on estime trèsproche de la réalité, à quelles extrapolationspeut-on aboutir du point de vue humain et matériel ? Considérantque chaque expédition a traité 300 captifs en moyenne,on calcule que la totalité des 4'220 expéditionsen a traité 1'266'000 dont les deux cinquièmessont "d'origine" nantaise. S'il est avéréque, pour un captif embarqué vivant, cinq Africains trouvaientla mort lors des opérations de razzias sur le continent,il faudrait ajouter six autres millions d'individus victimes indirectesde la traite française. Considérant qu'il fallaiten moyenne un marin pour dix captifs, on en déduit que126'600 noms ont été portés sur les rôlesd'équipage - étant donné que nombre d'entreeux ont effectué chacun plusieurs expéditions, combiencela fait-il de marins différents ? plus de cent mille? Et ce sont des dizaines d'autres milliers de noms qu'il faudraitrecenser pour cerner l'importance de la population françaiseconcernée par la traite : armateurs, négociants,financiers, constructeurs, raffineurs, fabricants, détaillants...Au total, des centaines de milliers de Françaisont participé de façon directe et indirecte àla traite. L'estimation du tonnage global est délicate puisqueles méthodes pour calculer le volume des navires ont changéau cours de la période négrière. Quoi qu'ilen soit, avec le rapport de un marin pour cinq à six tonneauxde jauge, on retient que les océans ont supportéau moins 500'000 tonneaux à vocation négrière.L'estimation du capital négrier investi est encore plusaléatoire. Si l'on s'en tient à une fourchette compriseentre 700 et 1'000 livres par tonneau, on aboutit à untotal variant de 350 millions à 500 millions de livres.Dans tous les cas, des sommes colossales. Des sommes qui ont enrichi et élevé socialementceux qui les ont maniées et permis la croissance économiquedes ports où elles ont circulé. Mais, à longterme, écrit l'historien Pétré-Grenouilleauà propos du cas nantais, "l'argent gagné apparaîtfinalement beaucoup moins important que la manière dontil a été utilisé". Au XIXe siècle,les armateurs négriers, plutôt que de favoriser ledéveloppement de leur ville en créant un nouveaudynamisme économique, ont persévérédans un modèle d'Ancien Régime qui avait fait sontemps. Ce bilan montre que les ports français se sont longtempset consciencieusement livrés à l'activiténégrière. A l'époque de la traite, les négriers uvraient pour leur bien propre et celui de la nation tout entière, pensaient-ils. Du bien fondé sur un crime. S'en souvient-on aujourd'hui ?
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