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| La réponse diffère selon que l'on considèrela mémoire sous l'angle de la conservation ou du rappeldes faits passés. En effet, si la mémoire négrièreest plutôt bien conservée, c'est-à-dire, ficelée,mise en boîtes et rangée sur des kilomètresde rayonnages, elle est plus difficilement rappelée. Au cours d'une carrière bien remplie, la traite a produitbeaucoup de papier grâce à quoi les dépôtspublics d'archives en France regorgent de documents essentiels: registres matricules des bâtiments et des gens de mer,comptes d'armement et contrats d'assurances, livres de bord etjournaux de traite, listes de marchandises et de victuailles,états des cargaisons de retour, correspondances en tousgenres, etc. Si à Nantes, les Archives départementalesde Loire-Atlantique sont sûrement les mieux loties,d'autres lieux dans les grandes villes portuaires abritent defort belles choses. En dépit de pertes inéluctablesdues aux incendies ou simplement à l'usure du temps, lamasse documentaire à la disposition du chercheur impressionne.L'historien de la traite bénéficie aussi de l'apportdes papiers d'origine privée - mais combien de descendantsd'armateurs ou de capitaines négriers se font encore tirerla manche pour livrer ce qui trahirait l'activité "inavouable"de leurs ancêtres ? Le sentiment de honte et de culpabilité est le nuddu problème en ce qui concerne le second volet de la mémoirenégrière. Il ne suffit pas de tout connaîtresur la traite, encore faut-il le faire savoir. Le sujet a longtempseu du mal à susciter les vocations quand plus d'un auteurn'accordait à la traite qu'une place secondaire. Dans cecontexte d'occultation de vieux, mais encombrants, souvenirs,vaincre les réticences familiales comme les résistancesmunicipales relevait du défi. En 1985, la municipalité nantaise continuaitde regarder son passé négrier de travers en refusantde soutenir le Colloque international sur la traite des Noirsorganisé par Serge Daget à l'occasion dutricentenaire du Code Noir. En 1992, la municipalitésuivante prenait le pari d'afficher ce même passédans une exposition intitulée Les Anneaux de la Mémoire.Pari risqué dans la mesure où il n'est pas simplepour la ville-bourreau de parler au nom du continent-victime enarguant du prétexte d'une histoire commune : "entrele fusilleur et le fusillé l'instant est commun",peut justement ironiser le philosophe Louis Sala-Molins.Il n'empêche. L'exposition a permis de rappeler la participationde l'Europe en général et de Nantes en particulierà une abomination que beaucoup préféreraitvoir mise aux oubliettes de l'histoire plutôt qu'élevéeau rang de crime contre l'humain. Combien de temps lira-t-on encoreque l'importance de la traite dans l'économie nantaiseest un mythe ou que la traite bordelaise est lilliputienne faceau Léviathan britannique ? Quel besoin de savoir si ces deux assertions sont exactes,quand, pendant 150 ans, un million de captifs, au bas mot,ont nourri la cupidité des ports de Nantes et de Bordeaux,de La Rochelle et du Havre ?
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