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| LES PREMIERS AVEUX, NOVEMBRE 2000 | Selon lui, l'utilisation de la torture "était tolérée, sinon recommandée" par le pouvoir politique. Il affirme avoir agi avec l'aval des politiques, notamment du juge Jean Bérard qu'il qualifie d'"émissaire" du garde des Sceaux de l'époque, François Mitterrand.
Personnage central de la bataille d'Alger en 1957, le général Aussaresses - dont les premières révélations sur les tortures, en novembre 2000, avaient suscité un vif débat en France - se refuse à "tout acte de repentance". Il estime avoir "à peu près tout dit" et "prends le risque" d'une action en justice. "Un procès ne me fait pas peur. Je redirais exactement ce que [ ] j'ai écrit dans mon livre". Il explique que la torture, pratiquée couramment par la police à Philippeville, au moment de son arrivée sur le territoire algérien, a été systématique pendant la bataille d'Alger, en 1957. Son commando torturait et tuait, à Alger, la nuit. "C'est efficace, la torture, la majorité des gens craquent et parlent. Ensuite, la plupart du temps, on les achevait. [
] Est-ce que ça m'a posé des problèmes de conscience ? Je dois dire que non". L'assassinat du chef FLN Ben M'Hidi
Il relate en détail l'exécution de Ben M'Hidi, après son arrestation dans la nuit du 15 au 16 février 1957 par les parachutistes du colonel Marcel Bigeard et raconte la dernière phase de l'exécution du chef du FLN, dans une ferme, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Alger: "Nous avons isolé le prisonnier dans une pièce déjà prête. Un de mes hommes se tenait en faction à l'entrée. Une fois dans la pièce, avec l'aide de mes gradés, nous avons empoigné Ben M'Hidi et nous l'avons pendu, d'une manière qui puisse laisser penser à un suicide". L'ancien militaire reconnaît également l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel qui, selon la version officielle, s'était "suicidé" le 23 mars 1957 en se jetant d'un immeuble Source : presse française dont le quotidien "Le Monde", Paris, mai 2001. ______________________________________________ Paul Aussaresses, novembre 2000 : "On n'a pas à se repentir. Qu'on reconnaisse des faits précis et ponctuels, oui, mais en prenant garde à ne pas généraliser. Pour ma part, je ne me repens pas."
[La figure du général Aussaresses apparaît dans de nombreux récits parus ces dernières années. Dans La Guerre d'Algérie , Yves Courrières le présente sous l'appellation "commandant O". Pierre Vidal-Naquet, dans La Torture dans la République, parle de lui comme étant le chef de file "de ce qu'il faut bien appeler une équipe de tueurs professionnels" et souligne que son nom "ne figurera guère que dans un seul dossier publié, celui de l'affaire Audin.". Dans Les Centurions , de Jean Lartéguy, le général Aussaresses est présenté sous le nom de Boisfeuras. Il est enfin "le barbu" dans le roman de Robert Escarpit, Meurtre dans le pignadar .] "Je suis arrivé à Alger début 1957, à la demande du général Massu qui, à la tête de la 10e division parachutiste, venait de se voir confier les pouvoirs de police sur le Grand Alger. Son second, le colonel Yves Godard, ne voulait pas de cette action policière. "Ce n'est pas pour nous" , disait-il. Alors Massu avait décidé d'appeler deux types qu'il estimait sûrs et sur lesquels il pourrait s'appuyer : le lieutenant-colonel Trinquier et moi. J'avais reçu une mission précise : travailler avec la police d'Alger dont Paul Teitgen était alors secrétaire général à la préfecture et les officiers de renseignement, ainsi que le juge Bérard, conseiller juridique de Massu. Au début, nous n'avons eu aucun problème avec Teitgen. Ce n'est que plus tard qu'il a commencé à montrer des réticences à coopérer avec les paras. [ ] Paul Teitgen [il a démissionné de ses fonctions le 12 septembre 1957] a dit que, sur les 24'000 assignations à résidence qu'il avait signées, 3'024 des personnes concernées avaient disparu. "Oui, cela doit correspondre à peu près à la réalité. L'intérêt, si j'ose dire, du système mis en place par Massu tenait justement à cela : avoir un officier de liaison moi, en l'occurrence avec les services de police et la justice, et qui endossait beaucoup de responsabilités. "Tous les matins, avec Trinquier, je faisais mon rapport à Massu et lui racontais ce qui s'était passé la nuit précédente. Pour qu'on s'en souvienne, nous consignions tout dans un gros cahier manifold. Il y avait quatre pages pour chaque jour : une pour Massu, une pour Salan [commandant en chef des forces armées en Algérie], une pour Lacoste, [ministre résident en Algérie] et enfin une pour moi. "Parfois, je disais à Massu : "On a ramassé untel" et je le regardais dans les yeux avant d'ajouter : "On le tuera demain." Massu poussait un grognement, et je prenais cela pour un oui. "Une nuit, je m'en souviens, Bigeard m'a dit: "J'ai capturé le groupe terroriste de Notre-Dame d'Afrique, une bande de tueurs dont je ne sais pas quoi faire. Est-ce que vous pouvez demander à Massu son avis ?" Que pouvait-on faire ? Livrer ces hommes à la justice ? C'était hors de question, nous avions autre chose à faire que d'examiner les situations particulières de certains individus dans le cadre de la légalité... Trinquier et moi, on va alors chez Massu, et Trinquier lui suggère : "Tu ne crois pas qu'on devrait les envoyer dans le maquis (autrement dit les flinguer) ?" Massu a répondu : "Un maquis éloigné!" [ ] "La torture ne m'a jamais fait plaisir mais je m'y suis résolu quand je suis arrivé à Alger. A l'époque, elle était déjà généralisée. Si c'était à refaire, ça m'emmerderait, mais je referais la même chose car je ne crois pas qu'on puisse faire autrement. Pourtant, j'ai le plus souvent obtenu des résultats considérables sans la moindre torture, simplement par le renseignement et la dénonciation. Je dirais même que mes coups les plus réussis, ça a été sans donner une paire de gifles. [ ] "Personnellement, je n'ai jamais torturé, et pourtant, je n'ai pas les mains propres. Il m'est arrivé de capturer des types haut placés au sein du FLN et de me dire : "Celui-là est dangereux pour nous, il faut le tuer" et je l'ai fait, ou je l'ai fait faire, ce qui revient au même. Ce qu'il faut que vous compreniez, car c'est essentiel, c'est que cela ne me faisait pas plaisir. Et si j'ai moi-même procédé à des exécutions sommaires, c'est que je voulais assumer ce genre de choses, pas mouiller quelqu'un d'autre à ma place. C'est d'ailleurs pourquoi je ne veux pas accuser le pouvoir civil de l'époque. Affirmer qu'il nous donnait des ordres dans ce domaine serait faux et, surtout, s'abriter derrière, cela reviendrait à dire que les militaires se dégonflent et qu'ils se déchargent de leurs responsabilités. En mon nom personnel mais je n'engage que moi , je refuse cette attitude. Combien de prisonniers algériens avez-vous ainsi abattus, en dehors de tout accrochage sur le terrain ? "C'est difficile à dire... Ce sont des actes difficiles... On ne s'y fait jamais. Je dirais entre 10 et 30... Vous ne savez vraiment pas précisément combien d'hommes vous avez tués ? "Si J'en ai tué 24. [ ] Quelle serait votre réaction si l'Etat français en venait un jour à faire une sorte de repentance à propos de l'Algérie ? "Je serais contre. On n'a pas à se repentir. Qu'on reconnaisse des faits précis et ponctuels, oui, mais en prenant garde à ne pas généraliser. Pour ma part, je ne me repens pas." [Propos recueillis par Florence Beaugé, "Le Monde", 23 novembre 2000.] |