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XXIe siècle
La torture-Guerre d'Algérie 1954-62


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Les déclarations du général Massu

Jacques Massu, 92 ans, général du cadre de réserve. En 1957, commandant de la 10e division parachutiste, chargée du rétablissement de l’ordre à Alger. Ses déclarations au journal ”Le Monde”.

"La torture faisait partie d'une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment" - "Le Monde", 22 juin 2000 / EXTRAITS

"Le principe de la torture était accepté mais, personnellement, j'avais autre chose à faire, et je n'y ai jamais été directement mêlé. Les civils, membres du gouvernement, trouvaient cela très bien. Je pense en particulier à deux d'entre eux qui venaient régulièrement nous voir, visitaient nos centres d'interrogatoires et ne s'étonnaient de rien. Ils avaient même tendance à dire […] : "Allez-y, les gars !". Cette action [de torture sur Louisette Ighilahriz], assurément répréhensible, était couverte, voire ordonnée, par les autorités civiles, qui étaient parfaitement au courant. Quand, plus tard, les mêmes sont venus dire à la télévision qu'ils n'y étaient pour rien, alors qu'ils étaient venus sur place, et qu'ils nous encourageaient, vous imaginez la faible estime que j'ai eue pour eux...[…]

"La torture n'est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s'en passer. Quand je repense à l'Algérie, cela me désole, car cela faisait partie, je vous le répète, d'une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment".

La torture pendant la guerre d'Algérie reconnue par la France et condamnée ?

"Je pense que ce serait une bonne chose. Moralement, la torture est quelque chose de moche, je prendrais donc cela pour une avancée. Et si cela pouvait avoir d'heureuses conséquences, je trouverais cela très bien".

[Propos recueillis par Florence Beaugé, "Le Monde", 22 juin 2000.]

"Si la France reconnaissait et condamnait ces pratiques, je prendrais cela pour une avancée" / "Le Monde", 23 novembre 2000 / EXTRAITS

"Cette guerre [d'Algérie] était très complexe : elle avait des aspects à la fois politiques, policiers, sociaux et économiques. Mais j'aimerais qu'on évite de mettre l'armée française en accusation. On lui a imposé une mission désagréable le rétablissement de l'ordre , elle l'a effectuée du mieux qu'elle a pu.

"Quant à définir la responsabilité du pouvoir politique, je ne vois pas comment ce serait possible. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'ils venaient régulièrement à Alger, à la 10e division parachutiste, et qu'ils allaient visiter les régiments et contrôler le travail de renseignement. Ils venaient même quand je n'étais pas là. Il y en avait toujours un dans le secteur, ce qui se comprend, car nous menions une action extrêmement importante à ce moment-là à Alger. Mais aucun d'entre eux ne m'a jamais dit quoi que ce soit à ce sujet, pas même : "Allez-y plus doucement !" Je pense qu'ils avaient tous très peur de ce qui se passait à Alger, des assassinats, des bombes (Lacoste en particulier) et qu'ils voulaient que ça cesse à tout prix".

[Le "pouvoir politique" de l'époque était le suivant : Max Lejeune, secrétaire d'Etat aux forces armées; Robert Lacoste, ministre résident en Algérie; Maurice Bourgès-Maunoury, successivement ministre de l'intérieur puis président du Conseil à la suite de Guy Mollet.]

[…] "J'ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie ! Elle a ensuite été institutionnalisée avec la création du CCI (Centre de coordination interarmées) et des DOP (dispositifs opérationnels de protection), et institutionnaliser la torture, je pense que c'est pire que tout ! Mais je n'y suis pour rien. Ce n'est pas moi qui ai donné l'ordre de créer le CCI et les DOP et qui les ai mis sur pied. J'ai cherché à savoir à l'époque qui avait fait cela : le commandement civil ou militaire ? L'état-major de l'armée de terre à Paris ? Aujourd'hui encore, je m'interroge".

[Propos recueillis par Florence Beaugé, "Le Monde", 23 novembre 2000.]top