|
Retour

LIBERTE POUR L'HISTOIRE


L'appel de Blois

Un livre [Editions CNRS, 2008]

Des extraits du livre [Pierre Nora et Françoise Chandernagor]

Une tribune [Pierre Nora]

UN DEBAT

> Pourquoi légiférer sur l'histoire ? [Claude Lanzmann, Pierre Nora]

> Faut-il légiférer sur l’histoire ? [Françoise Chandernagor, Jean-Claude Gayssot]
|
|
FRANCE, 11 OCTOBRE 2008 | LA LOI, L’HISTOIRE ET LE DEVOIR DE MEMOIRE
__L'Appel de Blois : un appel aux historiens européens à se mobiliser contre les "lois mémorielles"
L'association "Liberté pour l'histoire" appelle les historiens européens à se mobiliser contre "l'ingérence du pouvoir politique" dans le domaine de la recherche et de l'enseignement de l'histoire et à s'insurger contre "la multiplication des lois criminalisant le passé".
A l'occasion des "Rendez-vous de l'histoire" qui se s’ont tenus, les 11 et 12 octobre 2008, à Blois (Loir-et-Cher), et dont le thème est cette année "les Européens", l'association lance un Appel de Blois en ce sens, déjà signé par une vingtaine d'historiens de divers pays d'Europe.
"Liberté pour l'histoire" a été créée en 2005 en France par des historiens pour dénoncer les "lois mémorielles" [sur la reconnaissance du génocide arménien en 2001 ou "le rôle positif" de la colonisation en 2005].
"Ce combat a pris en 2007 une dimension européenne, avec un projet de décision-cadre adoptée par le Parlement européen en première lecture", écrit Pierre Nora, qui préside l'association, dans une tribune publiée par le quotidien "Le Monde".
Ce projet instaure "pour tous les "génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l'humanité", un délit de "banalisation grossière" et même de "complicité de banalisation" passibles de peines d'emprisonnement", explique-t-il.
Selon Pierre Nora, "il ne s'agit nullement de nier l'horreur des crimes", mais de "comprendre qu'au nom des sentiments qui l'inspirent et des intentions qui l'animent, on est en train de nous fabriquer à l'échelle européenne [...] une camisole qui contraint la recherche et paralyse l'initiative des enseignants".
L'Appel de Blois affirme notamment que "dans un Etat libre, il n'appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l'historien sous la menace de sanctions pénales".
"En démocratie, la liberté pour l'histoire est la liberté de tous", concluent les signataires, originaires notamment d'Allemagne, de Belgique, d'Italie, de France et de Grande-Bretagne.
L’APPEL DE BLOIS
Depuis 2005, l’association "Liberté pour l’Histoire" lutte contre la tendance du pouvoir législatif à criminaliser le passé, mettant ainsi de plus en plus d’obstacles à la recherche historique. En avril 2007, une décision-cadre du Conseil des ministres européens a donné une extension internationale à un problème jusqu’alors français.
Au nom de la répression, indiscutable et nécessaire, du racisme et de l’antisémitisme, cette décision institue dans toute l’Union européenne des délits nouveaux qui risquent de faire peser sur les historiens des interdits incompatibles avec leur métier.
Dans le cadre des "Rendez-Vous de l'Histoire" de Blois, consacrés en 2008 aux "Européens", "Liberté pour l'Histoire" invite à approuver l'appel suivant :
Inquiets des risques d'une moralisation rétrospective de l'histoire et d'une censure intellectuelle, nous en appelons à la mobilisation des historiens européens et à la sagesse des politiques.
"L'Histoire ne doit pas être l'esclave de l'actualité ni s'écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Dans un Etat libre, il n'appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l'historien sous la menace de sanctions pénales.
Aux historiens, nous demandons de rassembler leurs forces à l'intérieur de leur propre pays en y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l'immédiat, de signer individuellement cet appel pour mettre un coup d'arrêt à la dérive des lois mémorielles.
Aux responsables politiques, nous demandons de prendre conscience que, s'il leur appartient d'entretenir la mémoire collective, ils ne doivent pas instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d'Etat dont l'application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le métier d'historien et la liberté intellectuelle en général.
En démocratie, la liberté pour l'Histoire est la liberté de tous.
Aleida et Jan Assmann (Constance et Heidelberg), Elie Barnavi (Tel-Aviv), Luigi Cajani (Rome), Hélène Carrère d'Encausse (Paris), Etienne François (Berlin),Timothy Garton Ash (Oxford), Carlo Ginzburg (Bologne), José Gotovitch (Bruxelles), Eric Hobsbawm (Londres), Jacques Le Goff (Paris), Karol Modzelewski (Varsovie), Jean Puissant (Bruxelles), Sergio Romano (Milan), Rafael Valls Montes (Valence), Henri Wesseling (La Haye), Heinrich August Winkler (Berlin), Guy Zelis (Louvain).
Blois, 11 octobre 2008.
[Pour approuver cet appel, envoyez un mail à l'adresse contact@lph-asso.fr en signalant votre nom et votre adresse, avec la mention "lu et approuvé".]

|