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Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur à l'université de Lorient, a été assigné, en juillet 2005, devant le tribunal de grande instance de Paris par le Collectif des Antillais Guyanais-Réunionnais (Collectif DOM) qui lui reprochait, dans une interview donnée au Journal du Dimanche, le 12 juin 2005, à propos de son livre, les Traites négrières (Gallimard), de "nier le caractère de crime contre l'humanité qui a été reconnu à la traite négrière par la loi du 21 mai 2001" (loi Taubira).
Patrick Karam, président du Collectif DOM, a annoncé, le 3 février 2005, le retrait de la plainte déposée à l'encontre d'Olivier Pétré-Grenouilleau. Pour justifier ce retrait, Patrick Karam a évoqué un "rouleau compresseur" médiatique, ainsi que les "pressions des partis et de l'intelligentsia". "Notre plainte n'est pas comprise par la société française. Et on ne veut pas se retrouver en confrontation avec elle". Le Collectif DOM se bornera à "demander des explications" à l'historien sur le sens des propos qu'il avait tenus Le Journal du dimanche.
Olivier Pétré-Grenouilleau, qui nie le "caractère génocidaire" de l'esclavage, puisque le but des esclavagistes était de préserver la main-d'oeuvre servile, non de la tuer, a reçu, le 11 juin 2005, le Prix du Sénat du Livre d'Histoire 2005. Ce prix, qui "a vocation à nourrir la réflexion civique et l'esprit citoyen", lui a été attribué par un jury présidé par le professeur René Rémond, de l'Académie française, et composé de : Hélène Ahrweiler, Jean-Pierre Azéma, Philippe-Jean Catinchi, Marc Ferro, Jean Garrigues, Jean-Noël Jeanneney, Alain Méar, Claude Mossé, Jean-Pierre Rioux, Maurice Sartre, Laurent Theis, Pierre Vidal-Naquet, Annette Wieviorka. Les Traites négrières, qui dès sa parution s'est imposé comme un ouvrage de référence, a également été mis à l'honneur lors des Rencontres de Blois, à l'automne 2005. Il a pour objectif d'offrir une synthèse sur l'ensemble des travaux consacrés au phénomène de la traite. Se réclamant de ce que les historiens anglo-saxons appellent "global history", il vise à embrasser le phénomène dans l'espace et la durée, sans en écarter les aspects idéologiques, culturels et économiques, note le quotidien Le Monde. "Tout au long de démonstrations claires, pédagogiques, écrit Jérôme Gautheret, l'historien fait le point sur les acquis de la recherche et les chantiers qui restent à défricher. Il récuse nombre d'idées fausses et de simplifications. Exemples : non, l'esclavage ne fut pas toujours plus doux en terre d'islam qu'en Amérique, la traversée du Sahara était tout aussi meurtrière que celle de l'Atlantique ; l'exploitation des colonies n'a pas permis à elle seule l'"accumulation primitive" du capital nécessaire au décollage de la révolution industrielle... Un travail comparatiste sans jugement de valeur, qui s'attache avant tout à donner des éléments de compréhension et à libérer la mémoire de l'esclavage "des ravages des "on dit" et du "je crois"" [Le Monde, 10 janvier 2006]. Une assignation en justice Le Collectif des Antillais, Guyanais et réunionnais attaquait l'historien sur ses compétences, au motif qu'il analyse l'esclavage comme un "phénomène global", incluant traites atlantique, arabe et africaine, alors que la loi Taubira ne statue que sur cette première. "Révisionnisme", "falsification", "perversité intellectuelle" : les accusations du Collectif s'accompagnaient de plusieurs demandes : une condamnation pour "révisionnisme", le retrait du prix du livre d'histoire du Sénat et la prise d'une sanction administrative dans son université d'origine. Nous présentons ci-contre, à titre d'information, les textes diffusés par le Collectif. Ces accusations avaient provoqué un émoi chez les historiens, pour qui Olivier Pétré-Grenouilleau est un chercheur sérieux. Lors d'un forum organisé à Paris, le 3 décembre 2005, 19 d'entre eux avaient décidé de réagir. Sans vouloir interférer dans l'affaire en cours, ils avaient lancé l'appel "Liberté
pour l'histoire !", réaffirmant leur attachement au principe de l'autonomie d
L'INTERVIEW DONNEE AU "JOURNAL DU DIMANCHE"
Pourquoi ce pluriel, "Les traites négrières" ? L'objectif de ce livre était de faire une histoire globale d'un phénomène qui s'est étendu sur treize siècles et sur cinq continents.C'est un sujet réellement vaste qu'en général les chercheurs se spécialisent sur un aspect ou un autre. Je voulais restituer cette histoire dans la durée et dans ses différents aspects. Il y a eu l'esclavage dès l'Antiquité, mais la traite, c'est-à-dire le commerce des esclaves, n'est apparue qu'au VIIe siècle, vers 650. C'est l'empire musulman qui a commencé la traite. Pour une raison simple : les musulmans n'ont pas le droit d'avoir des esclaves musulmans. Ils se sont tournés vers l'Europe et vers l'Afrique noire pour acheter ces esclaves. La traite négrière s'est achevée vers 1920. Comment en est-on sorti ? Par le combat des abolitionnistes, essentiellement des philanthropes blancs, protestants. Cette première explication paraissait trop simple. On a alors évoqué des raisons économiques. L'Angleterre de la révolution industrielle n'avait plus besoin d'esclaves. Mais, du fait du blocus, ils étaient encore utiles, d'autant plus que le système esclavagiste de la fin du XVIIIe siècle était très rentable. On a ensuite évoqué des raisons religieuses. Il y a eu en Angleterre des pétitions très nombreuses contre l'esclavage, à l'initiative des pasteurs. Des raisons politiques ont été ensuite avancées. On a dit : c'est un moyen de détourner l'attention de la classe ouvrière de ses problèmes. En fait, l'abolition est née d'un peu toutes ces raisons et de la résistance des esclaves eux-mêmes. Les premiers à pratiquer la traite étaient les Africains ? Je crois qu'il faut se débarrasser des clichés même s'ils sont rassurants. On sait que l'Afrique noire a été victime et acteur de la traite. Les historiens, quelles que soient leurs convictions politiques, sont d'accord là-dessus. Votre livre paraît éclairant dans le débat actuel sur "les peuples indigènes" et l'antisémitisme véhiculé par Dieudonné. Cette accusation contre les juifs est née dans la communauté américaine des années 1970. Cela dépasse le cas Dieudonné. C'est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme "un crime contre l'humanité", incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides. La traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple. L'esclave était un bien qui avait une valeur marchande qu'on voulait faire travailler le plus possible. Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n'y a pas d'échelle de Richter des souffrances. Beaucoup d'intellectuels d'origine africaine se disent "descendants d'esclaves". Cela renvoie à un choix identitaire, pas à la réalité. Les Antillais, par exemple, ont été libérés en 1848.Mais si l'on remonte en amont, vers l'Afrique, on peut aussi dire que les ancêtres de leurs ancêtres ont été soient des hommes libres, soit des esclaves, soit des négriers. Se présenter comme descendants d'esclaves, c'est choisir parmi ses ancêtres. C'est aussi créer une immédiateté entre le passé et le présent. Descendants d'esclaves est une expression à manier avec prudence. Journal du dimanche, Paris, 12 juin 2005.
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