GENESE D’UNE TRAGEDIE

Le poison de l’antisémitisme


"Une autre fraction, celle-là immense, composée d'étrangers ou de quasi-étrangers, naturalisés de la veille, venus de tous les points de l'Europe, principalement de l'Allemagne, de la Russie et du Levant presque sauvage, dans laquelle l'élément juif-métèque a très peu de peine à dominer". Voici la violence des mots avec lesquels Charles Maurras dans son journal L'Action française, décrit le 18 février 1936, le "peuple de gauche". Son quotidien tire, en moyenne, à 100'000 exemplaires. Deux ans plus tard, il est élu à l'Académie française. Son audience dans la vie politique et intellectuelle française est très importante. Nous sommes au milieu des années 1930, dans un pays touché de plein fouet par une crise économique, sociale et politique, dans une Europe où l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie prospèrent. Ce terrain favorise le développement de mouvements antiparlementaristes et réactionnaires comme les ligues.

Une frange de l'opinion désigne les étrangers, et principalement les juifs, comme responsables de tous les malheurs. Le juif n'est pas français. C'est un "étranger". On le dit forcément bolchevik, riche et corrompu. A chaque crise, il est présenté comme le coupable idéal. Au début de 1934, éclate l'affaire Stavisky, banquier escroc qui a bénéficié de l'appui de nombreux politiciens. La droite nationaliste saisit cette occasion pour mener une campagne de presse injurieuse. Elle dénonce ce "métèque juif" venant on ne sait d'où, qui trafiquerait avec l'argent des épargnants, bénéficierait du soutien d'une République "gangrenée" par "l'étranger".

Si, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les étrangers sont bien accueillis, c'est qu'ils permettent de subvenir aux carences démographiques et économiques de la France. Mais, avec les années de crise, dans une Europe en proie aux dictatures racistes, les immigrés sont alors stigmatisés comme des "concurrents indésirables". La xénophobie et l'antisémitisme sont de plus en plus violents. Les réactions de rejet sont nombreuses et s'étendent à l'ensemble des sensibilités politiques. La France devient moins généreuse. Des blocages administratifs se font lourdement ressentir. La famille Halaunbrenner, originaire de Pologne, dont deux enfants seront placés à Izieu en novembre 1943, subit ces restrictions de la IIIe République. Parents de quatre enfants nés en France et donc français, ils ne parviennent pas à être eux-mêmes naturalisés.

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