LA COLONIE D'IZIEU


Derniers instantanés

Aux environs d'Izieu, 26 mars 1944

Aux environs d'Izieu, 26 mars 1944. Un groupe d'enfants, douze jours avant la rafle.
Photographie prise par Marie-Louise Bouvier. © Col Perticoz
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"Dans les lettres, les dessins, on sent battre le cœur des enfants. Mieux qu'un long discours, s'y expriment la tendresse, la gratitude, le besoin d'un asile calme et rempli de gaieté, le désir que chacun retrouve sa famille" (Sabine Zlatin, 1994) - [1]

Des documents précieux, reflétant la vie de la colonie, ont été conservés après-guerre. Il s'agit d'une série de photographies, de lettres et de dessins. Ces derniers instantanés nous permettent de percevoir ce que fut l'univers des enfants d'Izieu, et nous les rendent plus proches.

Diane Popowski, été 1943

Diane Popowski, été 1943. La famille Pallarés lui sauvera la vie en la cachant jusqu'à la fin de la guerre. © Maison d'Izieu/Succession Sabine Zlatin

Les principales photos sont prises par deux adolescents, Paul Niedermann et Henri Alexander, les éducatrices, Renée et Paulette Pallarés, et par Philippe Dehan, le cuisinier. Elles expriment l'apparente insouciance d'une colonie ordinaire : jeux dans les prés, baignade, discussions sur la terrasse, distribution du courrier, etc. Il existe également une série de photos prises par Marie-Louise Bouvier, nièce de madame Perticoz, propriétaire de la ferme voisine : "Comme j'allais travailler au village en haut, en revenant ils me voyaient, ils venaient à ma rencontre. J'avais pris toute la pellicule, de petites photos avec un appareil minuscule, que les gosses voulaient envoyer à leurs parents. Et puis, elles ont été tirées le samedi, et eux ils ont été pris le jeudi d'après. Les gamins, ils n'ont pas pu les voir. Moi, je les ai gardées" [2]. Il s'agit du samedi 1er avril et du jeudi 6 avril 1944. Les photos, elles, ont été prises le dimanche 26 mars, douze jours avant la rafle, trois semaines avant l'assassinat de la plupart d'entre eux à Auschwitz.

Quelques lettres et dessins d'enfants de la colonie ont été conservés par Sabine Zlatin ou par les familles qui ont survécu à la guerre. La gaieté y cohabite avec les tourments. La fête des mères, les anniversaires, les jeux, le quotidien sont autant de sujets évoqués auxquels s'ajoutent la douleur de l'absence des parents et l'angoisse d'un avenir incertain.

Les lettres sont parfois appliquées, écrites avec l'aide et les conseils d'un adulte, d'autres plus spontanées sont d'une mauvaise écriture, jalonnées de fautes d'orthographe et d'expressions. Mais toutes sont saisissantes : Georgy Halpern (huit ans) se plaint à sa mère qu'il lui manque "des caleçons et des chaussettes"; Senta Spiegel (neuf ans) écrit un mot pour le onzième anniversaire de Suzanne Szulklaper, en lui souhaitant de retrouver ses parents; Nina Aronowicz (onze ans) raconte à sa tante qu'à l'occasion de l'anniversaire d'une monitrice et de deux "petits", "on a joué beaucoup de pièces et c'était très beau".

Leurs dessins sont également une porte ouverte sur leur imaginaire : pirates, chat botté, indiens et cow-boys, jeux d'enfants, aventures dans les terres polaires et dans les steppes tartares, etc. L'inspiration est celle de tous les enfants de leur âge. Ils composent même des bandes dessinées qu'ils déroulent devant une lampe avec un texte lu pour chaque image, recréant ainsi l'illusion du cinéma.

1. Sabine Zlatin, préface pour Garde-le toujours, lettres et dessins des enfants d'Izieu, 1943-1944, Collection Sabine Zlatin, Bibliothèque nationale de France, Association du Musée-mémorial d'Izieu, Paris, 1994, p. 9.

2. Marie-Louise Bouvier, entretien conduit par Richard Schittly, 10 décembre 1993, Peyrieu.

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