| LA COLONIE D'IZIEU | ||||
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"Je revois les récréations dans la cour, où tout ce petit monde s'égayait, riant, insouciant, heureux de vivre. Plus tard, dans d'autres écoles, en regardant d'autres enfants jouer avec la même insouciance, je ne pouvais m'empêcher de penser à ceux d'Izieu" [1]. Gabrielle Perrier a vingt et un ans quand l'inspection académique la nomme institutrice à Izieu, le 18 octobre 1943. Pierre-Marcel Wiltzer, le sous-préfet de Belley, a effectué toutes les démarches nécessaires pour permettre la création de cette classe. Les cours ont lieu dans la maison au premier étage, dans la pièce la plus lumineuse. Le petit Georgy Halpern (huit ans) décrit méticuleusement, dans les courriers qu'il adresse à ses parents, sa vie scolaire : "La classe est jolie, il y a deux tablaux, il y a un poêl, des cartes de geographie, des image sur les mur, il y a 4 fenetres, je mamuse bien, Il y 15 buraux" [2]; "[ ] en classe le matin on fait de l'ecriture du calcul. Lapré midi on fait une dictée ou un devoir de grammaire est quand on saie on aprent des leçon, une resitations, des verbes la table de 1 de 2 de 3 de 4 de 5 de 7 de 8 de 9 de dix. On fait des conpositions j'ai u 64 points edemi j'ai etait le troisième sur 8" [3]. Pour l'institutrice, la tâche n'était pas aisée : "J'avais une classe unique, une très grosse classe unique. C'était pas toujours très facile." Mais l'image qu'elle en a gardée est celle "d'une classe comme les autres" avec parmi les élèves "des intelligences remarquables". Néanmoins, Gabrielle Perrier devinait les blessures cachées de ces enfants : "J'ai trouvé qu'ils étaient un petit peu différents de ceux que j'avais connus jusqu'à présent, parce qu'ils étaient déjà mûris. Ils étaient plus mûrs que les autres, on voyait que c'étaient des enfants qui avaient déjà souffert" [4]. Quant aux plus "grands", ils suivent des cours au collège moderne de Belley où ils sont internes et rentrent à Izieu pendant la période des congés. Pour les plus petits, ce sont les éducatrices de la colonie qui les prennent en charge. L'une des éducatrices, Léa Feldblum, s'attache particulièrement à Emile Zuckerberg (cinq ans) qu'elle considère comme son propre enfant. D'autres enfants, plus âgés, sont placés à l'extérieur de la colonie pour travailler dans des fermes. "La colonie des enfants réfugiés de l'Hérault" est un lieu de vie à part entière. Chacun a alors le sentiment que la Maison d'Izieu constitue un véritable refuge. 1. Témoignage de Gabrielle Perrier, institutrice, in Sabine Zlatin, Mémoire de la "Dame d'Izieu", Gallimard, 1992, p. 128. |