LA COLONIE D'IZIEU

Pierre-Marcel Wiltzer
L'honneur et la conscience


"Aux abords de Noël, madame Zlatin vint me proposer d'assister à l'arbre de Noël qu'elle allait organiser. Cela ne m'arrangeait guère; mon épouse était à quelques jours d'un accouchement; comment m'engager ! Je décidais cependant de m'y rendre et, pour donner un peu d'éclat à cette visite, pourtant voulue discrète de ma part, j'y suis allé, à la tombée de la nuit, en uniforme, accompagné de mademoiselle Cojean [1] et munis, tous deux, de paquets et de gâteries, de sucreries et de friandises" [2].

Rappelons le cadre historique de ce geste. Nous sommes à la fin de l'année 1943. Depuis septembre, cette partie du territoire est occupée par les Allemands. Les lois antisémites de Vichy et les persécutions nazies s'intensifient. Au mépris de ces lois, le jour de Noël, le sous-préfet de Belley, en tenue officielle, rend visite à une maison d'enfants juifs cachés. Cette anecdote illustre bien la personnalité et l'action de celui qui fut le protecteur de la colonie d'Izieu. Humain et discret, continuant à servir l'Etat tout en sachant rester fidèle à sa conscience et à ses convictions républicaines. Il s'arrangera même pour éviter de prêter serment au Maréchal Pétain. Le 5 mars 1944, soit un mois avant la rafle, il dut quitter son poste de Belley pour cause de mutation.

Pierre-Marcel Wiltzer est né le 14 avril 1910 à Sarreguemines (Moselle). Diplômé en Droit, il entre dans la "préfectorale" en 1940. Le 2 octobre 1942, il est nommé sous-préfet de Belley. Parallèlement, en novembre, il intègre le réseau Gallia-Kasanga des Forces françaises combattantes. Le 5 mars 1944, un mois avant la rafle, il est muté à Châtellerault (Vienne). En pleine débâcle de l'armée allemande, il négocie afin qu'elle ne fasse pas sauter le pont Henri IV de Châtellerault. Après la guerre, il devient préfet et termine sa carrière dans les plus hautes fonctions publiques.

En 1988, il devient président de l'Association pour la création du Musée-mémorial des enfants d'Izieu, et le restera jusqu'en 1995. Il s'éteint à son domicile parisien le 1er mars 1999.

1. Marie-Antoinette Cojean était la secrétaire en chef de la sous-préfecture de Belley.
2. Pierre-Marcel Wiltzer, Sous les feux croisés, Éditions Comp'Act, Chambéry, 1999, pp. 50 et 52.

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