DE LA RAFLE A L’ASSASSINAT


Le 6 avril 1944

Aux environs d'Izieu, le 26 mars 1944

Aux environs d'Izieu, le 26 mars 1944. Photographie de Marie-Louise Bouvier. © Col. Marie-Louise Bouvier
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"Je voulais revoir ma famille pour les vacances pascales et, le 6 avril, je suis arrivé à Belley. En cours de route, j'ai pris deux grands garçons qui étaient au collège de Belley. Arrivés à Brégnier-Cordon, nous avons pris un petit chemin de façon à faire notre arrivée le plus discrètement possible. Par ailleurs, le 6 avril, on sentait déjà que la guerre touchait à sa fin. Alors, il y avait une sorte d'ambiance euphorique" [1]. "Par une journée magnifique" [2], Léon Reifman, ancien éducateur de la colonie, rend visite à sa famille réfugiée à la Maison d'Izieu.

Nous sommes au premier jour des vacances de Pâques. Il est environ 8 h 30. Les 44 enfants déjeunent au rez-de-chaussée dans le réfectoire. L'institutrice Gabrielle Perrier est rentrée chez ses parents la veille. Avant de monter à l'infirmerie, Léon Reifman croise une dernière fois le regard de ses parents, de sa sur et de son neveu [3]. Mis à part le brouhaha des enfants, tout est calme en ce jeudi 6 avril 1944.

Eusèbe Perticoz, hiver 1943-1944

Eusèbe Perticoz, hiver 1943-1944. Voisin de la colonie et témoin oculaire de la rafle. © Col. Perticoz


Soudain deux camions et une voiture s'arrêtent devant la maison. La rafle est exécutée avec une rapidité effrayante. Trois hommes en civil, dont deux officiers de la Gestapo de Lyon, et une quinzaine de soldats de la Wehrmacht, rentrent brutalement dans la maison. Ils regroupent avec violence tous les occupants sur le palier. Prévenu par sa sur, seul Léon Reifman échappe à l'arrestation en sautant par une fenêtre du premier étage.

Les voisins Eusèbe Perticoz et Julien Favet sont les témoins impuissants de la rafle. Les enfants et les adultes sont jetés dans les camions comme de vulgaires marchandises. Les cris et les pleurs se font entendre. Le convoi quitte le hameau de Lélinaz. Comme un acte de résistance, les enfants chantent en chur : "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine."

A la faveur d'un arrêt, à Brégnier-Cordon, les Allemands font descendre du camion, à la demande d'une habitante, le seul enfant non juif de la colonie, René Wucher (huit ans). Dans cette opération, seule l'arrestation des juifs intéresse les nazis. Puis, le convoi prend la route de Lyon. Pour les enfants et leurs éducateurs, c'est le début de l'engrenage qui mène à l'extermination.

Sabine Zlatin apprend la terrible nouvelle à Montpellier par le biais d'un simple télégramme que lui transmet Marie-Antoinette Cojean, secrétaire en chef à la sous-préfecture de Belley. Le message est le suivant : "Famille malade, Maladie contagieuse."

1. Maison d'Izieu, Les Voix d'Izieu.
2. Audition de Léon Reifman, 14 mars 1983, procès Barbie.
3. Eva et Moïse Reifman, ses parents; Suzanne et Claude Levan-Reifman, sa sur et son neveu.


La distribution du courrier par Miron Zlatin (à gauche)  et Léon Reifman (à droite),  été 1943

La distribution du courrier par Miron Zlatin (à gauche) et Léon Reifman (à droite), été 1943. © Col. Philippe Dehan

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