MEMOIRE[S] D’UN CRIME

L'efficacité militante des époux Klarsfeld


La Paz, capitale de la Bolivie, 3 700 mètres d'altitude. Nous sommes le 6 mars 1972. Vers midi, Beate Klarsfeld et Ita-Rosa Halaunbrenner s'enchaînent sur un banc, en plein centre ville. La première est la femme de l'avocat Serge Klarsfeld, la deuxième est une femme âgée de soixante-huit ans. Elle est la mère de Claudine et Mina, deux fillettes raflées à Izieu le 6 avril 1944. Son mari et l'aîné de ses cinq enfants, Léon, ont également été arrêtés par Barbie le 24 octobre 1943. Son mari a été fusillé le 24 novembre. Des trois enfants déportés, aucun n'est revenu des camps. Seuls deux des enfants Halaunbrenner, Yvette et Alexandre, ont survécu à la guerre.

Madame Halaunbrenner porte une pancarte sur laquelle figure une photo de sa famille, ainsi que l'inscription : "Boliviens, écoutez ! En tant que mère, je réclame seulement la justice et que soit jugé Barbie-Altmann, assassin de mon mari et de mes trois enfants." Celle de Beate Klarsfeld : "Au nom des millions de victimes du nazisme, que soit permise l'extradition de Barbie-Altmann."

Barbie, responsable direct de la rafle d'Izieu, restera en Bolivie, mais le retentissement de cette action exceptionnelle est considérable. Toute la presse internationale s'en fait l'écho. La Bolivie, montrée du doigt, ne peut ignorer le problème indéfiniment. Les bases du règlement de l'affaire Barbie sont posées.

Les époux Serge et Beate Klarsfeld se battent pour que Klaus Barbie soit enfin jugé pour ces crimes. Chasseurs de nazis, militants de la mémoire, ils ont retrouvé la trace de Klaus Barbie au tout début des années 1970, alors que la justice allemande désirait classer le dossier. Il faudra des actions spectaculaires et risquées, comme celle de La Paz, pour faire échec au classement de l'affaire : à Munich, en septembre 1971, avec Fortunée Benguigui, ou bien la tentative d'enlèvement de Klaus Barbie au cours de l'hiver 1972-1973.

Après un changement de gouvernement en Bolivie, Barbie est enfin arrêté puis expulsé vers la France le 4 février 1983. Le lendemain, il est incarcéré à la prison Montluc à Lyon et inculpé de "crime contre l'humanité". Le procès peut être instruit. Pour le couple Klarsfeld, dix années de combat ont porté leurs fruits. Dix années de combat contre l'impunité dont bénéficiait Klaus Barbie depuis quarante ans. Il faut souligner le courage exceptionnel de mesdames Benguigui et Halaunbrenner qui n'ont pas hésité à se lancer pleinement dans cette bataille. Sans eux, sans elles, rien n'aurait été possible.

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