MEMOIRE[S] D’UN CRIME

Un "péché d'oubli" !


Izieu, 8 avril 1984. Juifs, catholiques, hommes politiques de droite comme de gauche, d'Albert Decourtray, archevêque de Lyon, au simple citoyen, tous viennent honorer la mémoire des victimes. La cour de la Maison d'Izieu se repeuple à nouveau. Après quarante années d'absence, un événement regroupant des institutions nationales et leurs représentants se tient à nouveau devant la plaque posée en avril 1946.

Le retentissement du retour de Barbie en France et les travaux de Serge Klarsfeld ont pour conséquence de réintroduire la tragédie d'Izieu sur la place publique. Présente dans l'ensemble de ses composantes régionales et nationales, la communauté juive intègre cette histoire dans sa mémoire. Théo Klein, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), et le grand rabbin Wertenschlag ont fait le déplacement.

Dans son discours, très remarqué, Théo Klein exprime ce regret : "Nous avons, comme les autres, commis un péché d'oubli envers ces enfants."

La formule "comme les autres", blesse les autorités et la population locale. Les différentes mémoires se heurtent. Dans son discours prononcé le 29 avril 1984, lors de la Journée nationale de la Déportation, Robert Mériaudeau, maire de Brégnier-Cordon, réagit vivement : "Comme les autres La formule valait assurément pour la communauté un nom de laquelle le président du CRIF parlait et vaut aussi pour certaines autres associations. Elle ne s'appliquait pas aux institutions de la République, et notamment à celle au nom de laquelle je parle." Il insiste sur l'action continue, depuis l'après-guerre, de certaines communes, de Sabine Zlatin et de familles des victimes pour préserver le souvenir du drame d'Izieu.

La mémoire n'étant jamais neutre, cet incident révèle que les enjeux mémoriels, quarante ans après les faits, soulèvent encore les passions.

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