J. O. Pékin 2008


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LE MOUVEMENT OLYMPIQUE, HISTOIRE | DOUZE SIECLES DE JEUX
__D'Olympie aux Jeux antiques

Pourquoi donc Olympie, ensevelie sous la poussière du temps durant quinze siècles, aura-t-elle été l'inspiratrice, le modèle idéalisé, d'une manifestation devenue l'archétype des confrontations athlétiques contemporaines, à dimension planétaire ?

Pourquoi un Coubertin a-t-il pu écrire "Rien dans l'histoire ancienne ne m'avait rendu plus songeur qu'Olympie" ? C'est bien sous le signe de l'Histoire qu'il faut situer la rénovation moderne, et peut-être la transfiguration, des Jeux. Dans le tome II, intitulé "Le drame méditerranéen", de sa propre histoire universelle -publiée en 1927 et rarement citée car restée dans l'ombre-, Coubertin souligne l'importance qu'eut pour les Hellènes et leur unité cette institution "la plus connue mais non la mieux comprise", les "grands Jeux périodiques : les jeux isthmiques, néméens, pythiques [...] et surtout les Jeux olympiques".

Depuis 776 avant J.C.

Sans doute la chronologie grecque s'est-elle dûment établie par olympiades, périodes de quatre années, datation que l'on fit remonter à 776 avant J.-C., lorsque aurait été inscrit dans le marbre le nom de Koreibos premier vainqueur authentifié. Sans doute Olympie fut-elle un creuset vers lequel convergeaient tous les quatre ans les hommes libres du monde grec et ses Jeux perdurèrent quelque douze siècles. Mais surtout Olympie, dans la mémoire collective de l'humanité, aura bénéficié de sa presque homonymie avec l'Olympe des dieux.

Les poèmes de Pindare, les descriptions de Pausanias, les envolées lyriques se référant à l'âge d'or d'un équilibre idéal entre le corps et l'esprit, maintinrent au fil du temps le prestige de ce nom presque magique. En 1829, l'expédition française de Morée réussit à déterminer dans les ruines l'emplacement du temple de Zeus, et l'Allemand Ernst Curtius fait resurgir l'Altis sacrée lors de la campagne des fouilles menées d'avril 1874 à mai 1881.

Le site d'Olympie

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Quelle fut la réalité de l'Olympie antique ? Celle d'une ville - sanctuaire, située en Elide, verdoyante vallée du Péloponnèse à 20 kilomètres du rivage de la mer Ionienne, entretenue par les prêtres, et qui ne reprenait pleinement vie selon le cycle quadriennal que lorsqu'y affluaient athlètes et entraîneurs un mois avant les Jeux, puis la multitude qui logerait sous des tentes ou en plein air, juste en dehors de l'enceinte sacrée.

Situés entre deux fleuves capricieux, l'Alphée et le Kladeos au bas de l'abrupte colline du mont Kronion, le temple monumental de Zeus avec la statue d'or et d'ivoire créée par Phidias, le temple d'Hera, les "trésors" des cités, le gymnase, la palestre, le stade, l'hippodrome, s'animaient alors d'une foule heureuse et passionnée.

Le déroulement des Jeux antiques

Si, après les sacrifices, le programme athlétique initial se bornait à la course du "stade", soit 192 mètres et 27 centimètres dans l'arène de sable blanc entourée de pentes douces où prenaient place 30 à 40’000 spectateurs, il prolifèrera au point que les Jeux en viendront à durer une semaine.

Cérémonies religieuses et serment des athlètes; puis les courses : stade, double stade, dolichos (douze fois la distance), course en armes; le pentathle, soit semble-t-il. course, disque, saut en longueur, javelot, lutte; pugilat, lutte et pancrace; concours des "juniors" (seize à dix huit ans); journée hippique et de courses de chars ; couronnement des lauréats.

On a pu identifier 921 vainqueurs sur les 4’237 des palmarès, qui ignorent évidemment toute notion de chronométrage. Des athlètes tels que les coureurs Chionis de Sparte, Leonidas de Rhodes, les pugilistes et lutteurs Polydamas, Theagènes de Thasos, Milon de Crotone, ou Diagoras et ses enfants eux-mêmes olympionikes, furent parmi les plus fameux.

En 580 avant J.-C., Solon limite à 500 drachmes - ce qui correspondrait à un troupeau de 500 moutons - ce que la cité peut offrir à ses fils gagnants, alors qu'à Olympie même leur récompense se bornait en principe à une couronne d'olivier. Les meilleurs formèrent bientôt un groupe que l'on appellerait de nos jours des professionnels. Et les Jeux n'ont en fait échappé à aucun des problèmes qu'on croit réservés au sport moderne : la "trêve sacrée" fut parfois brisée, la corruption exista, les statues dites des "Zanes" matérialisant les amendes à verser par les fautifs foisonnaient dans l'Altis.

La fin des Jeux antiques

Avec la période hellénistique, puis l'occupation romaine, la participation s'élargit et le caractère sacré se dilue. La 293e olympiade sera la dernière, puisqu'en 393 après J.-C., sous l'influence de Saint Ambroise évêque de Milan, Theodose le Grand empereur chrétien interdit cette survivance des cultes païens. Theodose II incendiera Olympie en 426 après J.-C. Mais les Jeux avaient donc duré près de 1200 années, sans même remonter à d'antérieures origines mythiques. Ils allaient, non sans éclipses, nourrir l'imaginaire des hommes jusqu'aux temps modernes.

Olympie se situe dans l'ouest du Péloponnèse, peu loin du littoral de la mer Ionienne. Photo : reconstitution du sanctuaire d'Olympie (éditions Belin), d'aprés Ph de Carbonnières, Olympie, CNRS éditions.
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