J. O. Pékin 2008


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Le rapport de Hrw
[ 180 ko - En anglais ]

2008, JEUX OLYMPIQUES, PEKIN, CHINE | HUMAN RIGHTS WATCH
__Les attaques contre les médias violent les engagements olympiques
Le CIO devrait faire pression sur Pékin pour faire appliquer les nouveaux règlements sur la liberté des médias.

Un an avant l’ouverture des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin, le gouvernement chinois viole les engagements relatifs à la liberté des médias qu’il a pris vis-à-vis du Comité international olympique (CIO), en continuant à harceler, intimider et arrêter des journalistes étrangers et leurs collègues chinois, selon un rapport de Human Rights Watch (HRW) publié le 7 août 2007, à New York.

L'organisation de défense des droits de l’homme souligne que les attaques recensées contre les médias vont à l'encontre des règles provisoires édictées par le gouvernement chinois lui-même.

Le rapport de 40 pages, intitulé : "Vous serez harcelés et arrêtés : la liberté des médias attaquée en Chine, en préparation des Jeux Olympiques de 2008 de Pékin", documente la façon dont les autorités chinoises ont à maintes reprises fait obstruction au travail de journalistes étrangers depuis le début de 2007, bien que la Chine ait adopté le 1er janvier des réglementations temporaires pour respecter les promesses faites au Comité international olympique de garantir la liberté des journalistes. Le rapport s’appuie sur des entretiens et des informations fournies par 36 journalistes chinois et étrangers en juin 2007.

"Les tentatives du gouvernement chinois pour intimider et arrêter des journalistes étrangers pour avoir simplement fait leur travail traduisent le mépris de l’esprit olympique de franc jeu", relève Brad Adams, directeur pour l’Asie à Human Rights Watch. "Le harcèlement et les arrestations actuelles de journalistes font apparaître la promesse olympique de Pékin de respecter la liberté des médias davantage à une manœuvre de relations publiques qu’à une initiative politique sincère".

En 2001, dans le cadre de sa candidature pour les Jeux olympiques de 2008, Pékin a assuré le CIO que le gouvernement assouplirait sa mainmise traditionnelle sur les journalistes locaux et étrangers pendant les Jeux olympiques de Pékin. Cet engagement à élargir la liberté des médias correspond à l’obligation des villes qui accueillent les Jeux olympiques de respecter l’Article 51 de la Charte olympique du CIO, qui stipule que le CIO devrait prendre "toutes les mesures nécessaires afin d’assurer aux Jeux olympiques la couverture la plus complète par les différents moyens de communication et d’information ainsi que l’audience la plus large possible dans le monde".

Parmi les autorités chinoises qui ont réitéré l’engagement du gouvernement de respecter la liberté des médias pendant la période olympique se trouve le Premier ministre Wen Jiabao. En avril 2007, Wen a déclaré que "la liberté des journalistes étrangers dans la couverture des informations sera également assurée", selon l’agence de presse chinoise officielle "Xinhua".

Dans le cadre de ses engagements auprès du CIO, le gouvernement chinois a annoncé en mai 2007 de nouvelles libertés pour les journalistes étrangers accrédités en Chine dans le "Guide des services pour les médias étrangers" publié sur le site Internet du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Pékin. Le guide déclare que "les règlements sur les Activités des journalistes étrangers qui rapportent des informations s’appliqueront à la couverture des Jeux et à la période préparatoire, ainsi qu’aux questions politiques, économiques, sociales et culturelles de la Chine, par des journalistes étrangers, en conformité avec les lois et réglementations chinoises". Les règlements temporaires, en vigueur du 1er janvier 2007 au 17 octobre 2008, autorisent les journalistes étrangers à conduire librement des entretiens avec tout citoyen ou toute organisation chinoise consentante. Les règlements n’autorisent pas des libertés similaires aux journalistes chinois.

Certains journalistes étrangers interrogés par Human Rights Watch ont affirmé que, depuis le 1er janvier 2007, les nouveaux règlements avaient de fait élargi leur accès à certains fonctionnaires dissidents et normalement méfiants vis-à-vis des médias. Mais, certains ont dit que leurs efforts de couverture demeurent régulièrement entravés par des fonctionnaires, des officiers de police et des voyous en civil qui prétendent ne pas connaître les nouveaux règlements ou les ignorent délibérément.

Obstruction officielle à l’encontre de journalistes étrangers

Des journalistes étrangers ont été le plus souvent harcelés, arrêtés et intimidés pour avoir enquêté sur des histoires jugées sensibles par le gouvernement chinois, par exemple des informations sur des dissidents politiques, sur le Tibet, sur l’épidémie de VIH/SIDA dans le pays et sur des problèmes de "stabilité sociale", par exemple des émeutes, des manifestations et leurs répercussions.

Mais, les agents gouvernementaux ne limitent pas leur obstruction des efforts de comptes-rendus légaux de la part de journalistes étrangers à des sujets jugés "sensibles" par le gouvernement chinois. Dans un cas, un journaliste étranger réalisant un reportage d’entreprise convenu d’avance sur une usine appartenant à l’Etat s’est trouvé confronté à un responsable du Parti communiste chinois, qui a soutenu que l’existence même de l’usine constituait un "secret d’Etat" et qui a harcelé le reporter tout au long de sa visite. Dans un autre incident, une photographe étrangère et son collègue ont été suivis et intimidés pendant une journée entière par un groupe d’individus en civil, alors qu’ils faisaient un reportage sur un tueur en série condamné et mort depuis longtemps.

Dans deux autres incidents au début de 2007, des individus en civil (soupçonnés par les journalistes d’être des policiers en civil) ont violemment poussé, bousculé et tenté d’arrêter deux journalistes en plein centre de Pékin et sous les yeux de membres de la sécurité de l’Etat en uniforme qui sont restés impassibles. L’agression a eu lieu alors que les journalistes tentaient de couvrir les tentatives de porteurs de pétitions venus de la campagne demander réparation auprès du gouvernement, pour des problèmes relatifs à des confiscations illégales de terres et à la corruption de fonctionnaires.

De façon alarmante, certains correspondants ont dit à Human Rights Watch que le ministre chinois des Affaires étrangères s’était lui-même livré à des actes d’intimidation pour décourager des reportages indésirables. Dans un cas, le ministère des Affaires étrangères a fait activement pression sur une agence de presse étrangère basée à Pékin pour saborder la couverture d’un sujet "sensible" par un de ses bureaux en dehors de la Chine, et a exercé des représailles en refusant un visa de travail quand l’agence de presse a refusé de s’exécuter.

Human Rights Watch souligne que ces violations des règlements temporaires, ainsi que d’autres qui se produisent actuellement, soulèvent des questions préoccupantes sur la liberté et la sécurité des plusieurs milliers de journalistes qui sont attendus en Chine pour couvrir les Jeux olympiques.

"Le gouvernement chinois a encore un an pour redresser les choses, mais seulement si les autorités préfèrent une action significative à des discours creux", a dit Adams. "Le monde surveillera pour voir si Pékin se montre à la hauteur de ses promesses au Comité international olympique".

Discrimination contre des journalistes chinois

Le rapport documente également la surveillance et les pressions de plus en plus étroites auxquelles sont en butte les Chinois qui sont assistants, chercheurs, traducteurs ou sources pour des journalistes étrangers dans la période préparatoire aux Jeux. Il examine la façon dont le gouvernement chinois garde la mainmise sur les activités des journalistes chinois, qui sont exclus intentionnellement des nouveaux règlements temporaires, et censure strictement les diffusions d’informations locales afin qu’elles respectent les objectifs de propagande officielle.

"Il est hypocrite de la part du gouvernement de refuser aux journalistes chinois les libertés même limitées dont bénéficient leurs collègues étrangers", a déclaré Brad Adams. "Le refus de Pékin de garantir des libertés équivalentes aux journalistes chinois non seulement viole la liberté d’expression, mais c’est aussi une forme de discrimination désobligeante contre ses propres citoyens, en particulier du fait que la constitution chinoise elle-même garantit la liberté de la presse".

Source : HRW, juillet 2007.
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