_______L A L E T T RE_______
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
___________Vol XXI - N° 33 - février 2000__________
| Le mot du Président | Des femmes et le Tibet | Korczak et son tribunal des enfants |
| Enfants israéliens et palestiniens | Korczak en Bosnie | En librairie |
| Korczak : le Congrès de Lille | 2000 : le Festival mondial des enfants |
| Korczak face à son identité | Les droits de l'enfant dans le tram |
| Cent ans de justice juvénile | Internet et les droits de l'enfant |
| Gazette korczakienne | In Memoriam |
Le mot du Président
Aborder l'an 2000 donne à chacun l'occasion de se projeter dans l'avenir et de s'imaginer le rôle qu'il ou elle voudra et pourra jouer dans une humanité qui ne cesse de se construire et de se défaire. C'est aussi, pour les Amis suisses de Korczak, le moment de jeter un regard sans complaisance sur l'an 20 de leur Association. Que de souvenirs, déjà, accumulés au long de ces deux décennies !
Cinq colloques internationaux et de multiples séminaires, tables rondes, conférences et rencontres en tous genres, en Suisse et ailleurs, grâce auxquels pour des centaines d'éducateurs, de médecins, de psychologues et d'enseignants le nom de Korczak a pris sens; des livres et des brochures, de et sur Korczak, qui demeurent un matériau vivant d'étude et de réflexion sur l'uvre et l'action du Pestalozzi de Varsovie ; des actions de terrain partout où les besoins et les droits de l'enfant peinent encore à être compris ou pris en compte : en Russie, au Vietnam, en Israël, en Palestine, en Bosnie, en Argentine, mais aussi chez nous en Suisse : chaque fois qu'il le fallait, et si modeste que fut notre intervention, nous avons fait valoir Korczak comme une réponse, un regard, une écoute capables de modifier les rapports entre adultes et enfants et d'offrir à ceux-ci le droit à une existence sociale pleine et entière. Par la parole, par l'écrit, par l'encouragement à la réflexion, par des actions de solidarité, par la création de liens, par le théâtre, le cinéma, la création artistique, nous avons tenté de faire connaître non seulement Korczak l'homme - et son destin si tragique et si exemplaire à la fois - mais aussi et surtout la vision humaniste korczakienne qui est une inépuisable source d'inspiration. Qui, en 1980, connaissait Korczak ? Et qu'en connaissait-on ? A cet égard, et sans fausse modestie, notre Association (comme ses surs dans une vingtaine d'autres pays) peut être fière du travail accompli : Korczak est sorti de l'ombre et de l'oubli ; son nom est connu, il est dans les dictionnaires et sa vie comme son uvre constituent des repères et des références non seulement dans le monde spécialisé de la psychopédagogie mais aussi dans le grand public.
Tout cela est bien mais ne suffit pas. Car chaque jour est une petite tempête qui efface du sable les traces qui y ont été laborieusement inscrites. Chaque jour crée de nouveaux drames, de nouvelles incompréhensions, de nouveaux défis. L'an 2000, aussi enthousiasmant soit-il par la rondeur de son chiffre, s'annonce d'abord comme l'année de toutes les inégalités sociales et de tous les conflits : un tiers des nations du globe sont aujourd'hui en conflit ou en guerre, un taux jamais atteint dans l'histoire de l'humanité. Dans un tel contexte, rien n'est plus fragile que l'enfant, sa place dans la famille, son image sociale et ses droits. Qui les défendra si nous nous contentons d'énumérer nos mérites passés ? Qui fera entendre leur voix si nous pensons que le but est atteint ? " Rien n'est jamais acquis " dit le poète. Autant nous en convaincre tout de suite pour trouver en nous la détermination de poursuivre notre action et même de la réinventer comme si elle n'avait jamais existé. Daniel Halpérin
Deux femmes d'exception oeuvrent pour les enfants du Tibet
Une soixantaine de personnes, parmi lesquelles de nombreux jeunes, ont eu la chance de participer à la soirée d'information organisée par M. Kerrith McKenzie le 1er décembre 1999 avec le soutien des Associations Korczak et Païdos. Mmes Sabriye Tenberken et Tendol Gyazur, venues de Lhassa, ont présenté tour à tour leurs très belles réalisations au Tibet et nous ont fait partager d'intenses moments d'émotion.
Mme Tenberken, une jeune Allemande non-voyante a étudié le tibétain, inventé un système de braille spécialement pour cette langue, puis est partie au Tibet pour aider les aveugles de ce pays. Après de sérieuses investigations elle s'est rendu compte des énormes besoins et a créé un internat pour enfants aveugles qui apprennent à lire et à écrire puis sont formés en vue d'un métier. Il s'agit d'une expérience pilote exceptionnelle imaginée et réalisée par une jeune femme admirable de volonté et de générosité.
Mme Tendol Gyalzur a également présenté son action en faveur des orphelins que les lecteurs de "La Lettre" avaient déjà pu découvrir récemment. Mme Gyalzur a déployé une énergie formidable pour construire deux orphelinats qui accueillent chacun une vingtaine d'enfants.
De très belles diapositives accompagnaient les exposés et nous ont permis de mieux sentir l'ambiance et le bonheur de ces enfants pris en charge avec tellement d'affection. Les deux projets tournent, mais hélas, avec très peu de moyens et le plus modeste soutien serait vraiment le bienvenu.
M. McKenzie peut-être contacté à l'adresse e-mail : mkerrith@hotmail.com. Notre secrétariat répond aussi volontiers aux questions des lecteurs intéressés par ces projets. M.D.
Groupe de lecture: Korczak et son tribunal des enfants
Le lundi 27 septembre 1999, salle comble à l'Association Korczak. Pas moins de cinquante amis, venus écouter l'auteur de L'Adolescence volée (1) "présenter un aspect de la pédagogie korczakienne : le tribunal des enfants, institution qui a fonctionné jusqu'à la fin malgré les difficultés que Korczak a finalement réussi à vaincre" (2).
Avant d'aborder le tribunal des enfants présenté dans Comment aimer un enfant, ouvrage écrit dans les tranchées de la première guerre mondiale, Tomkiewicz ("Tom" pour les intimes) évoque le contexte historique d'une Pologne colonisée par le régime tsariste, état policier tant pour les adultes que pour les enfants. Par rapport à la Prusse, le courant n'était cependant pas trop pénible pour les plus jeunes. Dès 1790, une sorte de "commission de l'Education nationale" avait même proposé un tribunal pour jeunes et étudiants afin de régler les différends.
Les étudiants seraient moins furieux s'ils étaient jugés par leurs pairs, pensait-on à l'époque. Korczak, choqué par le comportement des adultes à l'égard des enfants, a été le premier à réaliser ce vu pieux qui était un de ses rêves de jeunesse. Ses premiers contacts avec le tribunal des enfants eurent lieu dans les colonies de vacances où les enfants avaient droit, en cas de délit, à un procureur mais aussi à un avocat et à des juges. Les délits importants étaient alors le fait de courir dans les bois ou de ne pas revenir à l'heure! Fautes importantes du fait de la présence de taureaux féroces et d'autres bêtes sauvages !
Cependant les enfants, comme les Juifs sortis d'Egypte, n'appréciant pas la liberté et la justice, ont voulu saboter le tribunal par différentes actions destructrices : ne pas être juge, commettre de fausses accusations, le boycott (ils prétendaient préférer les coups !). Après des épisodes assez violents (un juge fut même battu), le tribunal est dissous, mais après quelques semaines remis à l'honneur. Korczak a tenu compte cependant des trois améliorations proposées par les enfants : droit de faire appel, même après trois mois, être assisté par un adulte en tant que conseiller juridique et pouvoir traduire les adultes devant le tribunal.
Les finalités du tribunal sont diverses : la première est pédagogique. L'enfant doit apprendre à vivre avec les autres et à défendre les plus faibles. Le respect du règlement sert aussi de prévention aux troubles du comportement. La deuxième finalité est de protéger les enfants contre l'autocratie, les "caprices" des adultes dont les critiques permanentes peuvent rendre l'enfant "chicanier et paranoïaque". Enfin, troisième finalité : montrer aux adultes que ce qui leur apparaît frivole peut être capital pour les enfants. Pourquoi le fait de casser un carreau serait-il plus grave que déchirer la peluche d'un enfant ? Autre aspect évoqué : celui des punitions. Korczak en avait imaginé plus d'une centaine allant jusqu'au renvoi de l'enfant (mesure exceptionnelle et encore évitable si l'enfant pouvait trouver un tuteur qui le convainque de s'améliorer). Il est remarquable de constater que les cent premières mesures punitives
sont des mesures de pardon !
Après un temps trop court laissé au conférencier, les nombreuses interventions du public ont à nouveau mis en lumière la pertinence de l'innovation korczakienne. Il a été question de la gestion des problèmes de violence dans les écoles et les foyers mais aussi du rôle des médias dans l'exagération de ces phénomènes Colette Charlet relate l'expérience du lycée autogéré où se pratique le conseil de parole au cours duquel l'enfant prend davantage conscience de sa faute. Reste aussi le douloureux dossier des enfants délinquants, drogués mais aussi des adultes broyés par la machine sociale, dont les enfants "carencés affectivement dans leur jeunesse" sont des "gosses en souffrance défiant les adultes". Et que dire des jeunes enseignants français envoyés dans des zones à risque, et des futurs éducateurs qui ne sont pas toujours formés à la relation avec l'enfant ? Or, sans bonne relation avec l'adulte, l'enfant peut-il apprendre et progresser ? Neurosciences obligent, le prof. Tomkiewicz rappelle que tout apprentissage cognitif passe par le limbique : ensemble des structures situées sous le cortex cérébral jouant un rôle sensoriel et comportemental (émotions, affectivité)... La séance se termine sur un clin d'il à tout éducateur désirant relever les défis de l'enfant. En effet, un pédagogue n'est-il pas celui qui trouve des méthodes telles que l'enfant ait envie de faire plaisir à l'enseignant ? Merci professeur Tomkiewicz pour cette remarquable médiation. Sarah Benamram
1 Calmann-Lévy, 1999 / 2 Les expressions entre guillemets sont des citations du conférencier.
Enfants israéliens et palestiniens réunis par la musique
Le 25 novembre 1999, la Middle East Children Association (MECA, cf. aussi La Lettre No 32 de septembre 99) a organisé à Jérusalem, dans le cadre de la YMCA qui abrite le Jardin de la Paix, un concert spécial auquel ont assisté 250 enfants israéliens et palestiniens. Les premiers venaient de la ville en développement de Beit Shemesh et les seconds de camps de réfugiés de la région de Bethléem. Point commun entre eux : ils avaient participé ensemble tout au long de l'année à des sessions de musique sous la guidance de musiciens de l'Orchestre philharmonique d'Israël et de l'Orchestre de musique arabe. Le concert marquant cette première année de co-éducation musicale leur a été offert par ces deux orchestres. En première partie l'Orchestre philharmonique d'Israël, dirigé par Zubin Mehta, a interprété une danse slave de Dvorak, le 2e concerto pour piano de Rachmaninov joué par le soliste palestinien Salim Abud et la 7e symphonie de Beethoven.
Ces oeuvres ont été commentées en hébreu et en arabe et Zubin Mehta a invité le jeune public à un exercice rythmique accompagnant le 3e mouvement de la 7e symphonie. Puis, un garçon israélien et une fille palestinienne ont dirigé ensemble l'Orchestre philharmonique dans une charmante interprétation de "Sous le Tonnerre et les Eclairs" de Strauss. En 2e partie, l'Orchestre de musique arabe, sous la direction de Suheil Radwan, a joué plusieurs ballades enfantines, un quatuor de jeunes saxophonistes israéliens du jazz, et 7 enfants palestiniens ont chanté et dansé une danse traditionnelle, la "debka". Une manifestation exceptionnelle, donc, et qui a permis aux enfants de mieux comprendre combien leur identité propre, tout comme celle des instruments de musique, peut s'affirmer sans se sacrifier dans la création d'une magnifique harmonie.
Vous aimeriez en savoir davantage sur la MECA ? Notre secrétariat est à votre disposition pour vous informer.
En librairie : "Je vous conterai leurs chagrins"
Viennent de sortir de presse, aux Editions Aux Puits de La Cascade, de courtes nouvelles signées Eveline Lehnisch qui nous parlent, aux jeunes et aux moins jeunes, d'une enfance pas toujours rose et même souvent triste. L'un des chapitres, intitulé "Le dernier jour" évoque Korczak et ses orphelins à la veille de leur déportation au camp d'extermination de Treblinka. L'auteur nous a aimablement autorisés à en publier quelques extraits.*
" Dans la mansarde délabrée transformée en bureau, la lampe au carbure s'est éteinte. Le Vieux Docteur au crâne chauve frotte le reste de broussaille de sa barbe rêche cependant qu'un doigt inquiet sillonne la branche instable de ses lunettes rondes.
Au dehors, Varsovie brûle déjà sous le soleil. Sous l'arcade de la fenêtre, Janusz Korczak observe. A-t-il seulement bougé, ce soldat allemand qui ne cesse de le scruter d'en bas, posté sous la porte cochère ? S'il savait à quel point de désespérance il se trouve, lui, le célèbre pédagogue !
(...) Sous peu il rejoindra Stéfa, les professeurs et les enfants pour le petit déjeuner sur les tables de bois, une fois la literie repoussée dans les coins de la pièce. Restera-t-il à leur partager quelque vieille croûte de pain ?
Pourvu que le cri sifflant de "Alle Juden raus" (Tous les Juifs dehors) ne vienne pas troubler ce temps de partage ! Qu' "ils" lui accordent quelques minutes pour préparer les enfants, ne jamais les prendre par surprise... Si ce devait être le cas, il prendrait la petite Romcia de cinq ans dans un bras et donnerait l'autre main à un autre enfant.
(...) Ils étaient loin derrière ses vingt ans et sa découverte naïve des belles théories en pédagogie. Aujourd'hui, il tente d'inventer encore, l'écoute, le respect, le tribunal des enfants.
(...) Pourvu que les prochaines générations se souviennent de ces enfants à qui on a volé impunément leurs plus belles années, et qu'un jour proche, elles raniment haut et fort les flammes de la liberté !"
* Commande par correspondance chez l'éditeur: 124, av. du Général Leclerc, F-91802 Brunoy, CEDEX. Prix.: FF 105 + port.
Korczak en Bosnie
Un recueil de textes choisis de Korczak est paru cette année en langue bosniaque. Cette édition a été réalisée grâce à notre vice-président, M. L. Jost, et à Mme von Doemming. Le livre, dont les textes ont été directement traduits du polonais, a été présenté le 4 septembre dans le plus ancien orphelinat de Sarajevo. Ce "vernissage" a été accompagné d'un concert et de la présentation du film de Wajda "Korczak". Parallèlement, M. Jost et Mme von Doemming ont participé à l'organisation d'un séminaire de formation continue à Pasaric pour les travailleurs sociaux, psychologues, éducateurs et médecins d'un institut pour enfants handicapés.
Janusz Korczak en l'an 2000: le Congrès de Lille, 7 - 9 décembre 1999
Entrer dans le XXIème siècle en célébrant la modernité de la pensée et de l'uvre korczakiennes ? Telle fut l'option retenue par l'Université Charles de Gaulle - Lille III et le Centre d'Etude de la culture polonaise qui, du 7 au 9 décembre 1999, organisaient en collaboration avec l'Association française Janusz Korczak et Les Lettres européennes trois journées de réflexion autour du thème "Janusz Korczak en l'an 2000".
Plus particulièrement axé sur l'aspect littéraire de l'uvre du pédagogue et les difficultés de traduction qui sont inhérentes à sa diffusion internationale, le colloque s'est néanmoins efforcé, tant par le choix des interventions que par son organisation, de rester fidèle à l'approche éclectique du trop peu célèbre écrivain, pédagogue, médecin. En conséquence, si nombre d'exposés furent consacrés aux questions techniques consubstantielles à toute traduction d'écrits, telles que les difficultés de restitution, dans la langue d'arrivée, du sens et de la représentation du monde véhiculés par la langue d'origine, il n'aurait su être question de faire l'impasse sur les finalités éducatives qui sous-tendent l'uvre littéraire de Janusz Korczak.
Car si le "Vieux Docteur" est un authentique écrivain, comme en témoignent ses productions "scientifiques" et ses romans pour enfants, il est également, et peut-être avant tout, un formidable pédagogue. Au carrefour de la théorie et de la pratique, de la recherche et de l'action, de la science et de la philosophie, ses conseils et ses suggestions visent en effet inlassablement à ce qu'émergent de l'enfant, cet être inexpérimenté et dépendant, une personne de grande " intelligence émotionnelle " et un citoyen autonome. Idéologiquement et philosophiquement orienté, emprunt de valeurs humanistes et démocratiques, le projet individuel et social de Korczak l'est donc indiscutablement.
Pourtant, sa pratique ne résulte pas de l'égarement d'un militant excessif ou des divagations d'un charlatan fanatique, mais se fonde bel et bien sur l'observation méthodique des enfants et la connaissance objective de leur fonctionnement. Soit dit en passant, n'est-ce d'ailleurs pas la preuve, s'il en faut une, que Janusz Korczak mérite d'être compté au nombre des grands pédagogues, ces "praticiens-théoriciens de l'action éducative", comme les désigne aujourd'hui Jean Houssaye ? Véritable pionnier d'une pédagogie qui ne saurait s'envisager que dans la globalité, homme de terrain éclectique, Janusz Korczak a toujours affiché respect et sensibilité vis-à-vis de l'enfant dans sa volonté de faire de lui un acteur de son éducation. Journal scolaire, boîte aux lettres, conseils de classe, tribunal des enfants sont ainsi autant de moyens qu'il a mis en uvre à cette attention et qui conservent aujourd'hui encore toute leur raison d'être, en témoignent les expériences concrètes rapportées ici par quelques éducateurs.
Contrastant avec les deux premières journées durant lesquelles ont été examinés, analysés, décortiqués et commentés les aspects pédagogiques et littéraires de l'uvre de Janusz Korczak, la dernière journée fut marquée par la spontanéité et la vigueur enfantines. Ce deuxième volet, baptisé "colloque des enfants" et largement laissé à leur initiative, rend compte du travail de réflexion que deux classes de collégiens ont mené avec l'aide de leurs enseignants autour des textes du "Vieux Docteur".
L'ensemble des participants s'est donc vu proposer une succession de petites présentations savamment variées et habilement orchestrées par les enseignantes Danièle LEPRETTE et Annick BOIDIEN et les animatrices Lydia WALERYSZAK et Agata SLUZAR : projection d'images de l'adaptation cinématographique du Roi Mathias 1er, lectures participatives de traductions originales de textes de Korczak ("Les poches de Jean", "Les bagarres", "Le tribunal"), exposés de productions littéraires réalisées par les enfants autour de thèmes développés dans l'uvre de Korczak, énoncés de leurs réflexions personnelles et collectives sur un certain nombre de questions soulevées par les romans korczakiens, présentations de saynètes théâtrales improvisées autour de ces différents points Caractérisée par l'enthousiasme et la vitalité, mais aussi l'application et le sérieux des jeunes protagonistes, cette journée rend compte de la justesse, du bien-fondé et de l'universalité des clairvoyantes analyses de Janusz Korczak. Véritable témoin vivant de la modernité de la pensée korczakienne, le "colloque des enfants" donne finalement tout son sens aux journées précédentes.
Bel exemple de la complémentarité de la recherche et de l'action, ces journées passionnantes structurées autour de la personnalité et de l'uvre si riches de Janusz Korczak ont permis, une fois n'est pas coutume, que militants et scientifiques, théoriciens et gens de terrain, éducateurs et universitaires marchent ensemble dans la même direction et parviennent à échanger sereinement expériences passionnées et réflexions objectives. L'accès à la Maison de la Recherche restera mémorable, mais nos efforts furent récompensés au centuple ! Emmanuelle Viennois
L'an 2000 et le Festival mondial des enfants / Apprendre la Paix - Vivre la Paix
Il était une fois...un instituteur original, enseignant depuis trente ans dans une école primaire de Saint-Louis en Alsace.
Lorsqu'il s'adresse à un élève, Roland Baumann s'accroupit afin de dialoguer les yeux dans les yeux. Lorsqu'il dessine un arbre sur le tableau, il n'hésite pas à déborder largement du cadre noir : les racines descendent sur le mur... Dans sa classe on discute avec le même enthousiasme et le même sérieux sur des sujets tels que "est-ce que vous apprenez plus quand vous êtes des élèves ou quand vous êtes des enfants ?" ou "est-ce que c'est l'oiseau qui plane comme un avion ou l'avion qui plane comme un oiseau? Enfin, dans sa classe on compte les réponses justes, pas les fautes.
Une jeune femme qui fréquenta sa classe dit de lui : "Pour moi, il a été un maître, un éducateur et un bâtisseur parce qu'il m'a aidée à me construire".
Roland Baumann, cet instituteur si korczakien, nous l'avons rencontré. Sa foi dans l'enfant, son énergie et son enthousiasme soulèvent des montagnes.
Actuellement il prépare avec fièvre le 1er Festival mondial des enfants qui aura lieu du 16 au 25 juin 2000, là où l'Allemagne, la France et la Suisse se touchent.
Les objectifs de ce Festival sont de :
- réunir 5 enfants de 13-14 ans de chaque pays de la terre dans le cadre de "l'Année Internationale de la Culture de la Paix";
- accueillir les enfants (soit environ 2000 au total) dans des familles allemandes, suisses et françaises choisies par les mairies et les associations locales;
- jumeler les enfants invités avec leurs homologues allemands, français et suisses;
- tenir un séminaire de formation pour Ambassadeurs Juniors et Consuls Juniors actifs au service de la Paix; le séminaire qui se tiendra pendant le festival aura chaque jour un thème différent (journée de la découverte, journée de la convivialité, journée de l'éducation à la Paix, etc...)
- réaliser des échanges, des rencontres, des activités dans les familles, les écoles, les villages et les 3 pays autour de la musique, de la danse, de la peinture, de la gastronomie et des moyens modernes de communication.
- présenter à M. Kofi Annan présent à Bâle le 24 juin 2000
o les lettres de créance des Ambassadeurs Juniors et des Consuls Juniors,
o la Charte Décennale,
o les signatures collectées pour le Manifeste de la Paix.
- amorcer l'opération "arbres de la Paix" à planter pour l'UNESCO dans tous les pays de la terre le 1er jour du 21ème siècle.
La Charte Décennale prend ses sources dans le fait que les années 2001-2010 ont été proclamées par l'Assemblée Générale des Nations Unies "Décennie internationale de la promotion d'une Culture de la Paix et de la non-violence au profit des enfants du monde".
M. Baumann a établi un programme décennal avec des actions décentralisées dans les pays. Par exemple en l'an 2004 aura lieu le 3ème festival mondial des enfants sur le thème La Paix et mon école et en l'an 2005 dans chaque pays on pourra explorer la Paix par le respect de la vie et par l'action..
Si vous pensez que Roland Baumann est un doux rêveur, sachez que depuis 1993 il a organisé avec et pour les élèves de son école des voyages découvertes et coup de coeur : par exemple en avril 1993 : Opération "Marco Polo Junior" où 48 enfants partent découvrir Pékin, Canton et Hong-Kong, et en juillet 1993 : Opération "Route de la Soie" où 24 élèves chinois et leurs professeurs découvrent l'Europe
Ou encore décembre 1996 : Opération "Santa Claus 96" où 149 lutins partent au Pôle Nord pour une conférence de presse avec le Père Noël le 24 décembre ! Et octobre 1997 : Opération "Enfants du Népal" où 17 enfants transportent 500 kg de dons pour les petits princes de l'Himalaya...
Pour organiser ce 1er Festival mondial des enfants, Roland Baumann a obtenu de l'Education Nationale d'être libéré pendant un année de sa fonction d'instituteur pour se consacrer entièrement à la préparation de ce projet. Pour tout complément d'information sur ce festival vous pouvez envoyer un e-mail à : 2000.children@wanadoo.fr. Miriam Dicker
Korczak face à son identité
Lors de la XIXe assemblée générale de l'ASAJK, le 9 novembre 1999 dans une salle bien remplie du Collège Rousseau à Genève, nous avons eu le plaisir d'entendre une conférence de Mme Zofia Bobowicz sur "L'attitude de J. Korczak à l'égard de la question d'identité culturelle au sein d'une société pluriethnique". Mme Bobowicz est l'une des meilleures connaisseuses contemporaines de l'oeuvre de Korczak et c'est à elle que l'on doit la réédition récente, chez Laffont, de trois textes majeurs du pédiatre polonais : "Le droit de l'enfant au respect", "Comment aimer un enfant" et "Journal du ghetto". Elle a su nous montrer, avec de nombreuses citations à l'appui, comment Korczak, Juif polonais ou Polonais juif selon les circonstances de sa vie, a été confronté à la difficulté d'être comme on se sent quand les autres, souvent, préfèrent que vous soyez ce qu'eux-mêmes sentent que vous devez être.
Elevé dans une Pologne dont la communauté juive avait été, avant la domination russe, l'une des mieux intégrées et des plus prolifiques d'Europe et où les clivages interethniques se comblaient d'eux-mêmes du fait de la multiplicité des minorités religieuses et culturelles qui formaient le tissu social polonais, Korczak a vécu une époque troublée sur les plans économique, militaire et social, où les particularismes ont été de plus en plus rejetés par les élans nationalistes et protectionnistes de la majorité. D'où l'émergence d'un antisémitisme qui allait s'avérer particulièrement virulent à la faveur de la 2e guerre mondiale. Face à sa judaïté, vécue sur un mode plus culturel que religieux, Korczak ne renie jamais sa "polonité". Pas plus qu'il n'abdique son particularisme juif même s'il est attiré par des convictions socialistes universalisantes.
Comme dans d'autres domaines, c'est le droit d' "être ce que je suis" que Korczak revendique pour lui-même et pour les membres de sa communauté qui cherchent leur identité. Face au mouvement sioniste en plein essor dans le premier quart du XXe siècle, Korczak paraît hésitant. D'un côté, il n'est pas insensible au fait d'appartenir à une trajectoire historique qui démarre et qui retourne en Terre sainte après une longue parenthèse d'exil. De l'autre, il pressent la difficulté qu'il y a à replanter des racines là où d'autres, entre-temps, ont planté les leurs. Après ses visites en Palestine dans les années 30, il ne ménage pas les avertissements pour que cette réimplantation ne se fasse pas dans le rejet et l'ignorance de l'autre. La radicalisation de l'antisémitisme et le péril nazi auraient pu, à un moment, le convaincre de la nécessité de ne plus croire qu'en sa seule identité juive et en son corollaire sioniste.
Il s'en fallut de peu. De quelques jours seulement. En août 1939, il semble prêt à s'embarquer à nouveau pour la Palestine, pour de bon peut-être. De nombreux amis l'y attendent et une invitation formelle lui est envoyée le 2 septembre. Mais la guerre vient d'éclater, la Pologne est envahie, les communications postales avec la Palestine sont irrémédiablement interrompues et Korczak ne recevra jamais cette invitation. Il paiera de sa vie son attachement à sa Pologne natale, une Pologne qu'il n'aura jamais reniée même quand elle n'a pas su le protéger, parce que juif, il ne pouvait être complètement l'un des siens. DH
Les droits de l'enfant défilent dans le tram
A l'occasion du 10 ème anniversaire de la Convention des droits de l'enfant, Signé 2000 et l'Association Korczak ont rappelé un certain nombre de droits (tels que Korczak les avait énoncés) en les faisant défiler sur le panneau électronique du tram "Signé 2000" qui circulait en ville les 20 et 21 novembre 1999.
Un petit compte-rendu de cette initiative est paru dans la Tribune de Genève du 22 novembre.
De plus, l'Association a été sollicitée le même jour par Radio-Lac pour y exposer ses objectifs et son action.
Cent ans de Justice Juvénile. Et maintenant ?
En 1899, la "Cook Country Juvenile Court" a été créée à Chicago; ce fut le premier tribunal spécialisé pour mineurs, modèle de référence de nombreuses législations pour jeunes délinquants. A cette époque, des avancées dans le domaine de la connaissance du développement de l'enfant et des théories comme celle du "milieu social" poussent à cette innovation. Mais c'est surtout l'émergence de problèmes sociaux graves liés à l'industrialisation et aux migrations qui provoque la naissance de cette instance révolutionnaire.
A l'heure de fêter le centenaire de ce premier tribunal spécialisé, de grands bouleversements agitent la société : famille en désarroi, globalisation, crise de valeurs, répartition inégale du travail. Les effets de ces changements touchent de plein fouet les plus jeunes : chômage, migrations forcées, drogues, délinquance, exclusion La Justice juvénile se trouve prise entre les besoins de sécurité de la population et ses idéaux d'éducation, de prévention et protection. Est-elle toujours à même de remplir sa mission ? Pour répondre à cette question l'Institut des Droits de l'Enfant, en lien avec la Société Suisse de Droit Pénal des Mineurs, a organisé à Bramois (Sion) son 5e Séminaire international réunissant 250 spécialistes de tous les continents du 13 au 16 octobre 1999.
Les grands périls du XXIe siècle, tous, ou presque, sont liés à un affaiblissement de la cohésion sociale. La délinquance suit une courbe inverse à la cohésion sociale. Les dépendances brisent cette cohésion et sont devenues un risque majeur pour les enfants : alcool, toxicomanies, avec besoin de trouver beaucoup d'argent et en lien avec une agressivité montante ; jeux de hasard, même sur Internet, et leur phénomène associé d'isolement social ; exploitation sexuelle et son lien avec les milieux mafieux.
Quelle réponse ? Interdire ? Contrôler ? Normaliser ? Normaliser partiellement ? Légaliser ?
Les juges pour enfants réunis à Sion ont été sensibles à la normalisation partielle, avec les Pays-Bas pour bel exemple, qui admettent, mais sous contrôle, vente et consommation. Cette attitude n'est pas simple, car les bars sont des scènes ouvertes qui dérangent, Mais l'avantage semble décisif de la perte de statut magique et de la perte de situation marginale de ces dépendances.
Le socle de la Justice juvénile est désormais assuré sur des règles minimales. Avec la Convention des Droits de l'Enfant pour chapeau, en tant que plus grande avancée de la fin de ce XXe siècle, la Justice juvénile appliquera l'esprit de l'ONU de Beijing (1985), de la Havane (1990) et de Ryad. Chaque fois, l'approche aura pour visée la protection de l'enfant et sa réinsertion sociale, à l'exclusion - sauf cas de situation majeure - de privation de liberté. Le seul remède est la re-création d'un champ de communication. Même en quartiers démunis, la recette est porteuse.
Quelle sera donc l'assistance adéquate ? Peut-être celle de la médiation, à l'exemple autrichien. Cette approche avantage la recherche d'une réconciliation sociale et d'un règlement entre parties. Elle favorise l'expression des points de vue avec pour clé une solution "gagnant-gagnant" estimée si porteuse que les récidives deviennent rares.
Recherche à trois d'une solution toujours en lien avec les courants culturels, économiques et sociaux de jeunes pris dans un réseau de justice, création d'un terrain d'entente qui engage les parties, la médiation semble être devenue l'une des voies majeures de la Justice juvénile de demain.
Toute cette évolution ne vous semble-t-elle pas très korczakienne ? Ce fut notre conviction, à Sion, en nous rappelant le droit de l'enfant au droit. Au droit d'être différent aussi. Idée moderne ? - Non ! Korczak l'avait exprimée dans les années 30. Mais idée intelligemment actualisée. Jacques-André Tschoumy
Internet : Genève célèbre les 10 ans des droits de l'enfant
Si vous ne l'avez encore fait, découvrez sans tarder le site que la Ville de Genève consacre au 10e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant - http//www.droits-de-lenfant.ch/enfants2000. Pour marquer l'événement, Korczak - qui fut le pionnier de cette Convention qu'il appelait de ses voeux dès 1920 - est à l'honneur : son message apparaît aux côtés de ceux de Ruth Dreifuss, Kofi Annan, Mary Robinson, Federico Mayor, Sadako Ogata et d'autres acteurs de premier plan du monde politique et humanitaire.
La gazette korczakienne fait des émules
Laetitia Ritzuto, membre de notre Association, dirige l'Espace d'études systémiques en communication musicale. Mme Ritzuto y donne des cours de musique individuels ou collectifs et de développement personnel. Il y a une section adultes et une section atelier des Petits qui agissent en action réciproque. Le groupe de chansons mères-enfants a eu l'idée, sous l'émulation de Laetitia, de créer un journal destiné aux enfants et aux adultes d'ici et d'ailleurs qui aiment la musique et les sciences humaines.
S'inspirant, entre autres, de l'expérience de la gazette scolaire de Korczak l'équipe a sorti son numéro expérimental (le 0) à Noël. Intitulé "Portées ouvertes" il sortira à chaque saison. Il s'agit d'un feuillet A3 plié en deux où chaque rubrique est une portée. Le journal est polyglotte et chaque langue sera représentée par une portée. Ce journal est pensé et réalisé conjointement et démocratiquement par les enfants et les adultes qui y participent dans un esprit complètement korczakien.
Toute personne intéressée par ce projet peut contacter Laetitia par e-mail : ritzuto@iprolink.ch
In Memoriam - GIOVANNI ET ILSE : ils nous manquent déjà
Sans attendre le seuil de l'an 2000, deux amis très chers de notre Association viennent de nous quitter.
Giovanni Mastropaolo, psychanalyste et pédagogue, fondateur de l'Institut Maïeutique à Lausanne (dont l'une des salles porte le nom de Korczak), fut un ardent défenseur de notre cause et affirma son attachement à notre action tout au long des 20 dernières années. Mieux que beaucoup il en comprenait le sens, lui qui, dans l'immédiat après-guerre, avait avec passion aidé les enfants rescapés des camps de la mort à surmonter leurs blessures et à affronter avec vaillance la vie qui réapparaissait devant eux. Il avait récemment exprimé le souhait que notre Association tienne l'une de ses assemblées générales au siège de son Institut (lui-même n'en manquait jamais une). Et pourquoi pas ?
Ilse Katz, pour sa part, était une âme attentive et généreuse, sans cesse en quête d'une bonne cause à soutenir. Le mouvement korczakien en fit partie et nous lui savons gré de la gentillesse et de la discrétion qui caractérisaient son esprit philanthropique.
A tous ceux qui étaient proches de l'un ou de l'autre et que leur départ affecte, à vous spécialement Aurelio, Franco, Ester, Mathias, et à toi et ta famille, Robert, nos pensées affectueuses et notre grande sympathie.
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