_______L A   L E T T RE_______

Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak

__________Vol XXI - N° 36 - février 2001__________

| LE MOT DU PRÉSIDENT | PHILIPPE MEYRIEU À GENÈVE | UNE FIGURE DE LA PÉDAGOGIE CONTEMPORAINE DISPARAÎT | LE JARDIN DE LA PAIX DE JÉRUSALEM | DEUX IMPORTANTS SÉMINAIRES | COLLOQUE : L’INTÉRÊT SUPÉRIEUR DE L’ENFANT | LA MIDDLE EAST CHILDREN ASSOCIATION HONORÉE | LE JOURNAL DU GHETTO À LYON | CHANGEMENTS À LA FONDATION KORCZAK ET AU COMITÉ DE L’ASSOCIATION | ÉVOCATION KORCZAKIENNE | KORCZAK AU CEP DE GENÈVE | MIGRATIONS ET DROITS DE L’ENFANT : LE SÉMINAIRE DE SION | GROUPE DE LECTURE : À LA DÉCOUVERTE DES RÈGLES DE VIE DE KORCZAK |

 
 Le mot du Président

La nouvelle phase de confrontation qui prévaut depuis l’automne dernier entre Palestiniens et Israéliens ne fait pas que coûter chaque jour en vies humaines. Elle sape aussi gravement les efforts de réconciliation et de coexistence pacifique entrepris depuis quelques années par des individus et des associations à la fois courageuses et idéalistes. Devant la violence et les manifestations de haine qui flambent de plus belle, face à la peur et à la méfiance qui en résultent très naturellement, que peuvent ces initiatives fragiles et souvent isolées de dialogue et d’éducation à la tolérance ? Peu, sans doute. Faut-il pour autant baisser les bras et laisser se développer seule la dynamique de l’affrontement ? Poser la question est – en ce qui concerne notre Association – déjà y répondre. Non, plus que jamais, les efforts de rapprochement doivent se poursuivre et notre devoir est de doubler l’énergie que nous mettons à les encourager, de là où nous sommes, dans cette Suisse que la paix privilégie depuis si longtemps. C’est pourquoi nous entendons accentuer cette année notre soutien à l’égard de ceux et celles qui, là-bas ou ailleurs (Bosnie, Croatie, Russie, Tibet), ne veulent ou ne savent combattre que pacifiquement pour promouvoir le respect de l’autre et les valeurs démocratiques qui devraient sous-tendre toute entreprise pédagogique, en temps de guerre comme en temps de paix. Ce faisant, nous pensons rester fidèles à l’enseignement de Korczak et en faire valoir de manière concrète la portée universelle. Daniel Halpérin

Philippe Meirieu à Genève : une brillante conférence sur les droits de l’enfant

Chaque année, à l'occasion de son assemblée générale, notre Association invite un orateur à s'exprimer en public sur un thème en lien avec Korczak. Jamais auparavant, hormis peut-être lors de la conférence donnée par Mme Simone Veil en 1996, n'avions-nous été les témoins de la participation d'un public aussi dense que celui qui s'est rassemblé en novembre dernier autour de M. Philippe Meirieu pour l'entendre s'exprimer sur "les droits de l'enfant et le triomphe de l'enfant-roi : histoire d'un malentendu". Plus de 300 personnes, en effet, la plupart appartenant au monde de l'enseignement, remplissaient les moindres recoins d'un auditoire d'Uni-Mail prévu pour n'en asseoir que la moitié. Educateur, pédagogue, philosophe, professeur à l'Université Lyon-II-Lumière et ancien directeur de l'Institut national de la recherche pédagogique à Paris, l'orateur nous a entraîné dans une vibrante et passionnante réflexion critique sur la Convention des droits de l'enfant, n'hésitant pas davantage à mettre en lumière ses ambiguïtés et ses insuffisances qu'à en souligner les mérites et les innovations courageuses. En permanent filigrane de cette réflexion, Meirieu a rappelé la pensée korczakienne, son humanisme jamais angélique mais au contraire combatif et militant, son application à la vie concrète et la richesse encore actuelle de sa dimension pédagogique. A la demande générale, nous publierons prochainement le texte de cette brillante conférence.

Une figure de la pédagogie contemporaine disparaîtHt de page

Nous venons de perdre avec une immense tristesse un des amis les plus fidèles de notre Association en la personne du Professeur Michael Huberman. Avec Jean-Claude Brès, nous évoquons ici son souvenir lumineux.

Quand on perd un ami, les souvenirs de certains moments importants vécus ensemble nous reviennent en mémoire. Je veux ici évoquer deux de ces moments parmi lesquels Michael a sans aucun doute marqué l'histoire de l'innovation pédagogique à Genève.

Au cours de l'année scolaire 1970 - 1971, cela fait 30 ans, Michael et son ami Robert Hacco organisent chez ce dernier une rencontre d'un petit groupe d'enseignants qui appliquent dans leurs classes respectives une pédagogie que l'on peut à l'époque qualifier de "participative" et de personnes des milieux éducatifs genevois, qui souhaitent encourager la pratique des méthodes actives à l'école.

Rapidement, nous découvrons quelques grands axes de la pensée pédagogique et éducative de Michael : recherche et reconnaissance des aptitudes de chacun aussi bien chez les adultes enseignants que chez les enfants, mise en valeur de la complémentarité des compétences, des intelligences, dépassement des barrières individuelles ou institutionnelles. C'est dans un esprit constructif et de collaboration avec les autres institutions qu'il nous propose la création d'une école active. Je me souviens avec émotion et avec plaisir de cette soirée chaleureuse, porteuse d'enthousiasme, passée en sa compagnie, celle de Robert Hacco, de Laurie qui deviendrait son épouse, de Claude Ferrière et de Freddy Stauffer, les cinq membres fondateurs de l'École active qui devait ouvrir ses portes en septembre 1972. Michael l'a accompagnée, orientée, soutenue, cette école, tout au long de ses premières années. Elle aura 30 ans l'année prochaine, continue son action dynamique d'innovation pédagogique. Au sein de son comité, de sa direction et de son corps enseignant se trouvent encore aujourd'hui des invités à cette soirée créative.

Ecole active à Malagnou, à Chêne-Bourg, Unités d'Enseignement Secondaires pour les jeunes de 12 à 15 ans... toutes ces institutions sont nées sous l'impulsion de Michael et avec son aide active.

22 novembre 1981 - il y a 20 ans de cela - A son initiative et sur les bases d'un document écrit par Michael naît le projet d'un Centre de ressources pour le perfectionnement et l'expérimentation pédagogique dans le cadre des écoles privées. Le nom de COOPEX proposé dans ce document devait évoluer en CEP (Centre d'Echanges Pédagogiques). Quelques passages de ce document soulignent encore l'esprit dans lequel Michael travaillait : ouverture, fonctionnement en réseau, innovation.

1. Les activités du Centre, écrit Michael, sont destinées aux enseignants des écoles privées et, s'ils le désirent, aux personnels du DIP.Ht de page

2. L'accent sera mis sur les enseignants, les échanges sur le plan pédagogique, I'expérimentation de nouvelles approches ou matériels dans les écoles.

3. Une idée-force de ce projet est celle de créer des liens entre les enseignants des différentes écoles privées genevoises et - si le DIP genevois s'y intéresse - entre ces enseignants et ceux des écoles publiques, sur le plan professionnel, par rapport aux activités pédagogiques précises et opérationnelles.

Michael encore une fois a su soutenir ce projet tout au long de son développement. 20 ans après, le CEP est actif, collabore avec le DIP. Il vient de vivre un séminaire sur le thème de l'Éthique qui a regroupé 343 enseignants et éducateurs genevois des écoles privées, du DIP et de France voisine. Ces institutions, parmi toutes celles que Michael a initiées, sont des cadeaux qu'il nous a faits. Merci Michael ! Jean-Claude Brès

Le Jardin de Paix : on continue malgré tout !

Dans un contexte de conflit ouvert, on peut sans peine imaginer les difficultés qu'il y a à éduquer ensemble les enfants des deux parties au conflit, en l'occurrence de petits Arabes et de petits Israéliens de Jérusalem et de ses environs. Daphna Ginzburg, responsable du Jardin de Paix [Gan Hashalom/Raoud al-Salam], nous montre ici dans un bref rapport (daté de décembre dernier) comment son équipe et elle-même s'efforcent de poursuivre leur mission envers et contre tout :

"Chers amis, les choses ne s'améliorent pas ici, malheureusement Pourtant, il y a de nombreuses conférences et des rencontres entre les individus et les organisations qui se préoccupent de ce qu'on appelle la "coexistence". Une conférence passionnante a eu lieu le 30 novembre à Neve Shalom/Wahat al-Salam à l'occasion de la parution d'un livre intéressant qui résume leur expérience du dialogue judéo-arabe. L'un des auteurs, Mme Mikhal Zak, anime depuis peu un groupe d'éducatrices et éducateurs de notre Jardin de Paix et nous étudions avec elle, en particulier, la langue en tant que mode d'identité dans une école bilingue telle que la nôtre. Ces réunions ont lieu chaque mois pendant 3 heures; elle abordent des aspects théoriques aussi bien que pratiques et nous permettent d'exprimer les malaises et les dilemmes que nous rencontrons au travail. Par ailleurs, nous nous préparons à célébrer les fêtes des trois religions : il y aura des ateliers pour les parents, un repas commun pour la fin du Ramadan et diverses activités pour Hanoucca, Noël et Id-el-Fitr. Voici quelques unes des belles choses qui se passent au Jardin de Paix et qui nous redonnent un peu d'optimisme."

Pour que cet optimisme se maintienne et pour que l'idée même de cette précoce pédagogie de la tolérance et de la paix se développe et fleurisse, notre Association se joint à la Communauté israélite libérale de Genève et à la Communauté israélite de Genève dans l'organisation d'un concert en faveur du Jardin de Paix, le 27 mars prochain, en présence de son directeur, M. Rizek Abusharr (voir encarté). Nous vous espérons très nombreux à manifester votre soutien à ce projet.Ht de page

Deux importants séminaires l'été prochain

A. Pays-Bas. L'Association Korczak néerlandaise organise du 6 au 15 juillet 2001, à Heerlen, un séminaire intitulé : "Quand je redeviendrai petit". Les personnes intéressées (en priorité les jeunes de 18 à 30 ans travaillant professionnellement ou bénévolement avec des enfants ou adolescents) peuvent s'adresser à notre secrétariat pour plus d'informations.
B. Grande-Bretagne. L'Institut d'Education de l'Université de Londres et l'Université de Middlesex, Londres organisent pour la 1ère fois en Grande-Bretagne un colloque sur le thème "Pourquoi Korczak et pourquoi maintenant?" du vendredi 22 au dimanche 24 juin 2001. S'adresser également à notre secrétariat.

Colloque : l'intérêt supérieur de l'enfant

Globale. Telle fut l'approche défendue et adoptée à l'unanimité par l'ensemble des intervenants réunis ces 6 et 7 octobre 2000 sur le Campus de l'université Webster, à l'occasion de l'Unesco Colloquium on the Best Interests of the Child. En effet, même si les aspects juridiques et légaux des Droits de l'enfant furent plus largement développés - la Convention des Droits de l'enfant ayant servi de véritable fil conducteur à ces deux journées de rencontre - les interventions se sont néanmoins toujours efforcées de replacer la question dans un contexte plus général, duquel les dimensions socioculturelles et économiques n'étaient pas exclues. Approche normative et explications scientifiques se sont donc enrichies mutuellement pour une meilleure appréhension de la situation de l'enfant. Dans cette même perspective, la théorie fut également mise à l'épreuve de la pratique : juristes, économistes et universitaires ont été amenés à confronter leurs hypothèses aux expériences de terrain rapportées par les membres des organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales.

La première journée a été consacrée aux aspects juridiques de la question et c'est au cours de la seconde journée que s'est véritablement affirmée l'approche éclectique qui a caractérisé le séminaire. Organisées non plus de manière disciplinaire mais thématique, les conférences ont livré points de vue et expériences divers sur la question du travail des enfants, d'une part, de la situation de l'enfant réfugié ou vivant dans les conflits armés, d'autre part. Une large place a également été octroyée à la délégation chinoise, venue tout exprès apporter son témoignage sur la situation spécifique et souvent douloureuse de l'enfant en République Populaire de Chine. Ainsi, à la lumière des diverses réflexions théoriques entremêlées de réalités vécues, est apparue l'immense complexité de problématiques mettant en jeu des aspects tant politiques qu'économiques et culturels, pour ne pas mentionner leur dimension éthique. Car, si l'évolution de la Déclaration des Droits de l'enfant vers une Convention des Droits de l'enfant marque indubitablement un grand pas dans la lutte contre toutes les formes d'exploitation et de négligence envers l'enfant, comment garantir que les décisions prises aux niveaux international et national trouvent leur application au niveau local? La chronologie accélérée des réformes politiques se heurte en effet bien souvent à celle, plus ralentie, des mentalités... De quels moyens de contrainte les organisations internationales disposent-elles à l'encontre des pays signataires mais réfractaires ? Quel pouvoir le politique détient-il en fait réellement face aux puissances économiques multinationales ? Quelles actions mettre alors en uvre pour lutter contre les "pires formes d'exploitation de l'enfant au travail" ? Entre les organisations internationales et les Etats, quelle place pour les ONG ? Quel rôle pour la société civile qui, bien qu'animée d'intentions éthiquement louables lorsqu'elle entend boycotter les multinationales suspectées de recourir à une main d'uvre enfantine exploitée, doit cependant prendre conscience des possibles effets pervers de telles actions ?Ht de page

Pluridisciplinarité en amont et partenariat dans l'action sont les deux idées forces qui ont émergé de cette rencontre, en réponse à ces questions. Une rencontre riche d'enseignements et aussi d'émotion. Qui d'entre les participants pourra en effet oublier le regard de cet enfant courbé sous le poids des pierres qu'il transporte ? Ce regard triste et implorant, mais encore plein d'espoir...Comment désormais refuser de se battre pour que ces yeux magnifiques soient un jour aussi pétillants que devraient l'être ceux de tous les enfants ? Emmanuelle Viennois

La Middle East Children Association honorée par l'UNESCO

C'est avec émotion que nous avons appris qu'une mention d'honneur a été attribuée à la MECA par l'UNESCO dans le cadre de son Prix de l'Education pour la Paix. C'est en effet cette organisation non gouvernementale israélo-palestinienne qui, avec l'aide de notre Association, a travaillé l'été dernier à Genève pour tenter de concevoir un module d'enseignement de l'histoire du plan de partage de la Palestine de 1947 susceptible d'être utilisé aussi bien dans les écoles israéliennes que palestiniennes [cf. La Lettre No 35, octobre 2000]. Le prix a été remis aux deux co-directeurs de MECA, Mme Adina Shapiro (Israélienne) et M. Ghassan Abdullah (Palestinien) lors d'une cérémonie solennelle qui s'est tenue à la Maison de l'UNESCO à Paris le 11 décembre 2000, soit en plein cur des affrontements israélo-palestiniens actuels. Que les deux co-directeurs aient accepté, en un tel moment, de recevoir ensemble cette récompense en dit long sur la profondeur de leur engagement pour la paix et le sérieux de leur entreprise associative. Comme l'a finement souligné dans son discours Mme Shapiro, "la vraie bataille n'est pas tant la confrontation avec l'ennemi perçu que la lutte intérieure que l'on doit mener avec ses propres peurs". Nous sommes particulièrement fiers de l'honneur ainsi fait à nos amis et, à travers eux, à la pédagogie de la réconciliation que nous souhaitons nous-mêmes promouvoir.
[Les personnes intéressées à recevoir les discours prononcés en cette occasion par Mme Shapiro et M. Abdullah peuvent s'adresser à notre secrétariat qui les leur adressera, en anglais, sans frais.]

Le Journal du Ghetto mis en scène à Lyon

C'est place de la Nation à Vaux-en-Velin, en plein cur d'un quartier dit "sensible" de la banlieue lyonnaise, que la Compagnie Michel Véricel avait choisi de nous faire découvrir, du 18 janvier au 3 février 2001 une facette peu connue de la personnalité de Korczak.
En mettant en scène quelques textes du Journal du Ghetto, c'est un homme nostalgique et contemplatif qu'elle nous présente, affecté par ses années de lutte, meurtri par la cruauté humaine et tourmenté par la condition de "ses enfants". Au seuil de sa vie, le Vieux Docteur d'ordinaire si combatif se laisse submerger par ses souvenirs proches et lointains, heureux et douloureux Quelle tâche ardue que celle de redonner vie à des morceaux d'une existence si riche ! Tantôt mélancolique, tantôt révolté ; tantôt amer, tantôt emporté ; parfois drôle et enjoué, Michel Véricel joue de tous les registres. Tonsure et barbiche à l'appui, il met toute son énergie et son talent au service du personnage et de ses souvenirs.Ht de page

Sur la scène, un large coffre en bois vieilli, une boîte aux lettres suspendue, un morceau de tapisserie, une voiture à pédale en métal corrodé, un banc qui n'est pas sans rappeler celui des écoliers, un nécessaire à toilette rudimentaire en céramique bleuie, un vieux cheval de bois sans bascule, un baigneur dans son modeste landau, un petit bouquet de boutons de roses rouges séchées, une minuscule boîte de raisins secs, quelques feuillets de papier jauni et une petite bougie. Aucun objet superflu ne vient troubler cette atmosphère surannée. Mais au spectacle il manquerait l'âme, sans les merveilleuses chansons yiddish qu'Anna Kupfer interprète avec passion. Mélodies attachantes et émouvantes, elles redonnent au discours la sérénité et la spiritualité qui émanent habituellement des écrits de Korczak. Un regret cependant : que la mise en scène ne parvienne pas à restituer suffisamment l'immense amour et le profond respect de Korczak pour les enfants

En marge du spectacle, afin de replacer ce pan de vie dans le parcours combatif de Korczak, le public était convié à (re)découvrir le Vieux-Docteur à travers un programme de manifestations alliant exposition, conférences et film documentaire.

Les premiers jours furent consacrés à "Korczak le médecin" et à son approche profondément respectueuse de la violence juvénile, un thème dont l'actualité est toujours plus vive et devant lequel les autorités semblent désemparées. N'existe-t-il pas de solutions humaines à cette violence, en termes de prévention, réparations, sanctions, et surtout prise en charge et réinsertion des jeunes délinquants ? L'éducation spécialisée est-elle vraiment une "mission impossible" comme se le demandent les Docteur Marc Zimmermann et Jacques Tene, mais dont les expériences respectives au sein du Centre de soins pour adolescents de Lyon, et de l'institut DEFI de Pau semblent prouver le contraire ?

Puis c'est sous l'angle de l'éducation et de la pédagogie que les rencontres se sont poursuivies, sans formalisme stérile et dans une volonté affichée de partager expériences et idées. C'est ainsi qu'Henri Duny, Professeur à l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres, et le Groupe Français d'Education Nouvelle ont réaffirmé la pertinence et l'actualité de la pédagogie de Korczak, tout particulièrement en ce qui concerne le difficile apprentissage de la démocratie et de la lutte contre la violence. Les élèves de la classe d'accueil du collège Jacques Duclos avaient pour l'occasion construit un spectacle témoignant de la peur et de la solitude qu'ils avaient dû affronter pour fuir la violence de leur patrie dans l'espoir de bâtir une vie nouvelle. A la suite de cette mise en scène, les propos de Jean-François Forges venu rappeler la nécessité de dire et de transmettre pour " éduquer contre Auschwitz " n'eurent que plus de sens. Emmanuelle Viennois

Changements à la Fondation Korczak et au comité de l'Association

Au cours de la dernière séance de son Conseil, la Fondation suisse Dr Janusz Korczak a pris acte des démissions de son président, M. Metin Arditi, de son trésorier, M. Bernard Wicht, et d'un membre, M. Henri Moser. Le premier, qui avait succédé au Prof. Vladimir Halpérin en 1997 après un intérim assuré par Mme Paule Vibert, continuera de siéger au Conseil, tout en se consacrant davantage à l'Orchestre de la Suisse romande dont il dirige avec passion et succès le Conseil exécutif. MM. Wicht et Moser ont préféré laisser leurs sièges à d'autres après quelque 18 années d'une fidélité sans faille au service de la Fondation. Celle-ci, grandement reconnaissante à ces trois personnalités pour leur engagement qui a permis d'assurer avec régularité le fonctionnement de notre Association, leur adresse ses vux chaleureux pour la poursuite de leur vie professionnelle, familiale et associative. Elle adresse également ses félicitations au Dr Daniel Halpérin et à Me Robert Equey, élus respectivement président et trésorier, à qui elle souhaite plein succès.Ht de page

Lors de la XXe assemblée générale de notre Association, il a été pris note de la démission de deux membres du comité, les Prof. Alfred Donath et Isaac Benguigui qui ont tous deux accompagné le développement des activités korczakiennes en Suisse depuis les tout débuts de l'Association. On leur doit notamment d'avoir contribué à faire mieux connaître Korczak dans les milieux académiques et d'avoir uvré au succès des colloques internationaux qu'elle a organisé à cinq reprises. C'est avec gratitude que nous les retrouverons désormais parmi les Amis de l'Association et nous savons que nous pourrons toujours compter sur leur soutien et leurs conseils. L'un des sièges vacants a été confié par acclamations à Mlle Emmanuelle Viennois qui partage ses activités professionnelles entre Lyon et Genève. Etudiante du Prof. Philippe Meirieu à l'Université de Lyon, Mlle Viennois est l'auteur d'une thèse érudite sur l'enseignement de la démocratie à l'école. Elle connaît donc bien la pensée et l'uvre de Korczak et s'efforcera de maintenir et de développer les liens établis avec les milieux universitaires. Nous nous réjouissons de cette prometteuse collaboration et la remercions d'ores et déjà de son engagement à nos côtés. Quant au second siège vacant, il n'a pas été repourvu faute de candidat. Les personnes intéressées sont vivement encouragées à se faire connaître sans tarder !

Evocation korczakienne : "Lorsque les forêts brûlent, il faut se souvenir des roses"

Dans ses souvenirs sur Janusz Korczak, Hanna Mortkowicz-Olczakowa rapporte une visite surprise de Korczak en mai 1940. Il lui remit alors un immense bouquet de lilas et une carte portant ces mots : "Lorsque les forêts brûlent, il faut se souvenir des roses." Elle commente : "Et il protégea courageusement ces roses au cours des mois suivants de la persécution hitlérienne, qui devenait de plus en plus menaçante pour lui et les enfants. Il luttait pour le droit des enfants non seulement à un abri chaud, à des pommes de terre et du pain, mais aussi pour leur droit à la poésie, aux fleurs et à la joie de vivre."
[Extrait d'un article de Michaël Kirchner à paraître dans le Korczak-Bulletin I/2001, traduit de l'allemand par A. Jacoubovitch]

Korczak au Centre d'échanges pédagogiques de Genève

La journée pédagogique qu'organisent tous les deux ans le Centre d'échanges pédagogiques (CEP) et l'Association genevoise des écoles privées (AGEP) a eu lieu en novembre dernier, sous la direction de notre ami Jean-Claude Brès. Pour la première fois, Korczak figurait nommément au programme grâce à un atelier que Daniel Halpérin a animé autour de la question : "Peut-il y avoir une éthique de la pédagogie sans un respect absolu de l'enfant ?". Près de 70 personnes ont participé à cette rencontre, démontrant un véritable engouement des enseignants genevois pour la problématique des droits de l'enfant et, plus spécifiquement, pour les apports concrets de Korczak dans ce domaine.

Migrations et droits de l'enfant : le séminaire de Sion 2000Ht de page

L'Institut international des droits de l'enfant a accueilli 120 participants de 38 pays en octobre 2000 pour un colloque consacré aux droits de l'enfant migrant. Au terme de riches débats, les orientations suivantes ont émergé :

Les processus migratoires vont s'amplifier. Voilà une donnée que l'on peut tenir pour certaine. En regard des droits de l'enfant, les enfants de la migration sont en situation péjorée.
Les textes ne sont pas inutiles. Ils affirment les règles minimales et offrent des entrées à des tiers. Mais leur prolifération et leur anarchie bloquent le système. Tout indique que se développerait une progressive cancérisation de l'appareil juridique.

Car, et ce fut la dimension majeure du colloque, nos modèles de cohésion sociale ont migré. S'impose, aujourd'hui, un nouveau fil rouge de nos dispositifs de pensée, un opérateur social qui a été appelé "Ethique de la diversité" ou "Humanisme du divers".

Au travers de ce dispositif de pensée, dans un cadre de démocratie dite délibérative, il importe aujourd'hui que soient initiées des expériences pragmatiques et opérationnelles. Car finalement, et ce fut une réelle découverte, tous les participants sont habités du souci d'éthique à appliquer à leurs pratiques particulières. Nombreuses furent en effet les initiatives présentées au cours de la session et s'inspirant de cette nouvelle éthique de la diversité, et ceci dans tous les systèmes, politique, éducatif, sanitaire, juridique et social.

Les droits de l'enfant s'avèrent ainsi des passeurs, des ponts, des charnières et des leviers pour de nouvelles cohésions sociales. Tel est leur champ. Telles sont leurs perspectives. C'est peu. C'est beaucoup. Jacques-André Tschoumy

    Le spectacle d'ouverture du séminaire : la voix des enfants

Il m'a semblé intéressant, à l'ouverture du colloque, de faire entendre la voix des enfants. Pour avoir travaillé pendant plusieurs années avec des adolescents accueillis à Genève, je sais combien il est important de les laisser témoigner. Oublier cela risque de leur faire perdre le sens de leur vie dans le pays d'accueil .

Aujourd'hui à la radio, à la télévision, on entend régulièrement une chanson à la mode qui se termine par les mots suivants: Une vie qui s'arrête pour un jour qui commence c'est peut-être une chance ... Grand succès commercial et médiatique pour ces mots chantés par un artiste français (P. Bruel). Réussite exemplaire dans sa profession : auteur, compositeur, interprète, il est aussi acteur, aimé du public et des médias. Et pourtant, longtemps après avoir quitté son pays natal, il pleure des odeurs, une famille, une culture . C'est peut-être une chance de vivre ailleurs, d'être accueilli, mais il reste toutes les blessures enfouies, les regrets, la difficulté de vivre le présent....Ht de page

Un exemple particulièrement intéressant : lors de la guerre de Bosnie, au moment du siège de Sarajevo, une jeune Bosniaque ne disait rien dans nos classes d'accueil (classes spécialement conçues pour accueillir les non francophones), elle restait muette alors qu'elle comprenait notre langue qu'elle étudiait depuis deux ans. J'avais décidé alors de faire jouer par mes élèves Le Dictionnaire de la Vie, texte rédigé à Sarajevo en 1993 par des étudiants sans école sous la direction de Zarina Khan. Après avoir interprété un tout petit rôle dans cette pièce, cette élève - muette depuis deux ans- avait enfin accepté de parler notre langue. Pour elle, l'école commençait à prendre un sens puisqu'elle lui avait permis -à travers ce travail théâtral- d'exprimer, de faire entendre les souffrances endurées là-bas et ici, de partager ses propres émotions.

Il y a trente ans, le poète grec Georges Séféris, exilé à cause de la dictature des colonels, disait "Où que j'aille, je porte en moi mon pays comme une blessure". C'est un des thèmes choisis par une jeune genevoise, Laura Houvet, auteur des textes présentés le mardi 24 octobre 2000 à l'Institut des droits de l'enfant (IKB de Sion) .

Le premier, La Lettre à la famille Ramic, a été écrit à 12 ans. Pour ce témoignage qui s'inspire de faits authentiques, elle a obtenu le premier prix à la Fureur de Lire (Genève, 1996). Laura a aussi obtenu le premier prix dans la catégorie des 13-16 ans au concours de Versoix "Jeunes écrivains" en 1999 pour le second témoignage : Penser ses blessures pour mieux les panser . Ce récit difficile s'inspire aussi du vécu d'enfants accueillis en Suisse, enfants dont la famille a été victime de violences inouïes au pays natal.

J'ai donc eu le grand plaisir de mettre en scène des jeunes de Genève, collégiens et apprentis qui ensemble, avec leurs familles représentent la Suisse mais aussi l'Italie, le Maroc, la France, la Belgique, l'Angleterre, Israël, l'Angola et le Brésil. Sarah Benamram

Groupe de lecture : à la découverte des "Règles de vie" de Korczak

Ouvrage de Korczak inédit en langue française, les Règles de vie, rédigé en 1929, a été découvert et traduit par Mme Iwaniukowicz formatrice à l'Institut Universitaire de formation des maîtres de Strasbourg. Professeur de philosophie, elle fait découvrir aux étudiants des textes qui nourrissent leur pensée pédagogique. Dans ce contexte, l'uvre de Janusz Korczak tient une place de choix. Composé de petits chapitres à faire découvrir aux enfants, les Règles de vie portent aussi le titre de "Pédagogie pour enfants et adolescents et pour leurs pédagogues". Comme le dit l'auteur dans son introduction, il s'agit d'un essai. Et qui dit essai, ne dit pas forcément réussite, prétend Korczak. Propos suranné, désuet ou tout simplement extraordinaire ? Telle est la question que l'on peut se poser à la lecture des réponses fournies par l'auteur aux adolescents polonais: "Nous avons beaucoup d'ennuis parce que nous ne connaissons pas les règles de la vie. Il arrive que les adultes nous expliquent calmement, mais la plupart du temps ils se fâchent." (1) Les Règles de vie proposent dès lors, une pédagogie pour enfants et adolescents et pour leurs pédagogues qui doivent prendre au sérieux tout enfant qui se pose des questions. Propos qui responsabilise le lecteur aussi, l'amène à se poser des questions; plutôt qu'un catéchisme, il est un prétexte à une bonne discussion.

Ce qui a été le cas lors de la séance de lecture organisée à l'Association le 21 septembre 2000. Les thèmes abordés par Korczak demeurent toujours d'actualité. À la violence physique si présente dans les familles, la rue et les institutions, il faut ajouter la violence morale exercée non seulement sur les enfants (par exemple sous forme de moquerie) mais aussi sur leurs éducateurs. À relire Korczak, on constate avant tout que le pédagogue bâtit une réflexion remarquable sur la quête de sens. Qu'est-ce qu'un être humain ? Comment un enfant se construit-il ? Korczak apporte de nombreuses réponses aux jeunes enfants avec lesquels il est possible, en l'an 2000, de bâtir un projet pédagogique à partir des Règles de Vie. Ainsi une correspondance a été initiée entre les éducateurs français et leurs élèves (trois classes) et des jeunes correspondants de Pologne. Une réflexion sensible autour de l'école, de la guerre; les pensées, les sentiments des enfants peuvent se découvrir dans l'échange de courrier dont la finalité était l'établissement de règles pour aujourd'hui. La table des matières couvre un champ de réflexion et d'observation considérable puisque Korczak évoque la famille, la maison, les adultes, ce qui se passe à l'extérieur de la maison, l'école, les loisirs, la santé, les différences sociales, les pensées et sentiments, les qualités et défauts, le passé et l'avenir... Assurément, un ouvrage scientifique qui fait "réfléchir le lecteur par soi-même"... à propos de la jeunesse qui "a ses propres problèmes, ses propres chagrins, ses propres larmes et ses sourires, ses propres jeunes points de vue... " Ouvrage désuet ou propos d'avenir? Sarah Benamram
(1) Les citations sont de Korczak, Les règles de vie, introduction.
Ht de page[Ce texte peut être commandé au Centre International d'Initiation aux Droits de l'Homme - CIDH- 1, rue Froehlich, BP 186-67604 Sélestat Cédex Tél.(0033) 3 88 92 94 72
E-mail : cidh@wanadoo.fr]

| LE MOT DU PRÉSIDENT | PHILIPPE MEYRIEU À GENÈVE | UNE FIGURE DE LA PÉDAGOGIE CONTEMPORAINE DISPARAÎT | LE JARDIN DE LA PAIX DE JÉRUSALEM | DEUX IMPORTANTS SÉMINAIRES | COLLOQUE : L’INTÉRÊT SUPÉRIEUR DE L’ENFANT | LA MIDDLE EAST CHILDREN ASSOCIATION HONORÉE | LE JOURNAL DU GHETTO À LYON | CHANGEMENTS À LA FONDATION KORCZAK ET AU COMITÉ DE L’ASSOCIATION | ÉVOCATION KORCZAKIENNE | KORCZAK AU CEP DE GENÈVE | MIGRATIONS ET DROITS DE L’ENFANT : LE SÉMINAIRE DE SION | GROUPE DE LECTURE : À LA DÉCOUVERTE DES RÈGLES DE VIE DE KORCZAK |