_______L A   L E T T RE_______

Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak

________________VOL XXIII – N° 42 – Mars 2003________________

| LE MOT DU PRESIDENT - Adieu, Tom | NOTRE AMI STANISLAS TOMKIEWICZ |
| TOM AVEC UN T COMME TU | KADDISH POUR TOM | UNE LUMIERE S’EST ETEINTE | UN PRIX POUR DEFENSE DES ENFANTS INTERNATIONAL | VARSOVIE AU CŒUR DE LA LUTTE CONTRE LA MALTRAITANCE DES ENFANTS | BELGIQUE : LA PETITE REVUE VA REVIVRE | KORCZAK EN ARABE, CA Y EST |
| LONDRES : UNE JOURNEE SUR KORCZAK ET LA DEMOCRATIE | UNE RECOMPENSE TARDIVE POUR UN JUSTE DISCRET | ETRE ENFANT… ETRE ADOLESCENT | DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE |

LE MOT DU PRESIDENT - Adieu, Tom

S. Tomkiewicz

S. Tomkiewicz, 1925-2003. 

Il avait le regard pétillant et taquin, celui d'un gamin toujours en préparatifs de facéties et en quête de surprises. Lorsqu'il s'amusait - et il s'amusait souvent - il avait un sourire en coin tout à fait unique qui lui faisait plisser les yeux si fort qu'on eût dit alors un Ouzbek ou un Tartare. Sa langue ne traînait pas dans sa poche et elle n'était pas de bois : il s'en servait, de fait, comme d'une inusable machine à dire les choses comme elles sont, c'est-à-dire à formuler des vérités d'autant moins agréables à entendre qu'elles étaient généralement justes et éclairantes. Parfois, il les poussait, ces vérités, jusqu'à la provocation, et en cela il fit sans doute plus d'une fois grincer quelques dents (même à titre posthume, comme en témoigne le courrier des lecteurs du Monde (24 janvier et 1er-2 février 2003). Mais comme il avait du charme, de l'humour, de la chaleur, une sorte de touchante naïveté d'enfant et, par-dessus le marché, un délicieux accent, il était difficile de lui en tenir rigueur. On l'aimait donc bien, notre Tom, et son départ le 5 janvier dernier, à l'âge de 77 ans, nous semble encore irréel, impensable.

Tom, c'était Tomkiewicz, de son prénom Stanislas, ou Stanislaw, à choix. Né à Varsovie en 1925, il avait dans son enfance été abonné à la Petite Revue qui, sous la direction de Korczak, était écrite par des enfants; il la lisait avec passion chaque vendredi et gardera de ces lectures précoces une ferveur indéfectible pour Korczak. Il passe la guerre en grande partie dans le ghetto de Varsovie, adolescent juif tourmenté par l'idée qu'il est un "être anachronique, mal foutu, handicapé", bref qu'il ne vaut pas grand chose, et le monde non plus. Au point qu'il tente de se suicider, fin 1942, en avalant 80Ht de page comprimés de Gardenal achetés peu à peu dans les pharmacies du ghetto. Cette tentative de suicide, comme d'autres pages intimes de sa vie qu'il conserva secrètes (car douloureuses) pendant un demi-siècle, Tom les raconte de manière pudique dans son autobiographie Une adolescence volée (Calmann-Lévy, 1999). Après trois jours de coma, il se réveille par miracle mais mécontent et bien décidé à récidiver. C'est alors qu'il rencontre un psychiatre qui, en une seule consultation, parvient à le convaincre qu' "un garçon comme moi, avec mes dons, mes capacités, mes intérêts, ma drôlerie, je ne sais plus quoi, serait un être de valeur, se débrouillerait bien, ne serait à la charge de personne. Le résultat, c'est que depuis [...], je n'ai plus jamais fait de tentative de suicide".

Mieux que cela, ayant trouvé refuge en France à la fin de la guerre, Tom y fait ses études de médecine et devient l'un des pédopsychiatres les plus originaux et les plus éminents de son temps, particulièrement doué, on s'en doute, pour s'occuper d'adolescents en difficulté ou suicidaires. C'est dans ce rôle réparateur et consolateur qu'il donnera le meilleur de lui-même, inventant ici la "miaouthérapie" pour faire sourire un nourrisson déprimé, forgeant ailleurs l' "A.A.A" : l'attitude authentiquement affective qui consiste à transmettre à chaque patient adolescent la conviction qu'il est digne d'être aimé, et à lui offrir les moyens de se faire aimer. C'est précisément ce que faisait au quotidien Korczak avec les enfants traumatisés par la vie qu'il avait à sa charge. Tom devint donc, en toute logique et en toute fidélité, l'un des plus ardents promoteurs de la pensée korczackienne dont il contribua fortement au rayonnement international. Au point même qu'il consacra une partie de ses nombreux talents, comme Korczak, à l'écriture de contes pour enfants et à la lutte militante contre la maltraitance ou l'exploitation des mineurs.

Il fut un membre attentif, critique mais aussi stimulant de notre Association et c'est avec beaucoup de tendresse et de gratitude que nous adressons à ses proches, et tout particulièrement à ses filles Catherine et Elisabeth, à son amie Rouja, à son dévoué "Tom-sitter" Laurent, et à tous ceux qui l'ont aidé et accompagné jusqu'au bout, nos très sincères condoléances. Nous sommes heureux de t'avoir connu, Tom, et convaincus que tu n'as pas perdu ton sourire un peu moqueur mais gentil, là-haut, sur l'astéroïde 2163 que les astronomes connaissent aussi sous le nom de "Korczak". Merci Tom, et adieu ! / Daniel Halpérin

Notre ami Stanislas Tomkiewicvz

Le jour où s'est répandue la nouvelle de sa mort, il m'a semblé que le monde avait perdu la voix de sa jeunesse. Notre ami Tom incarnait la complexité, la difficulté d'être, l'amour des autres, surtout de ceux qui ont beaucoup souffert, victimes trop souvent de la méchanceté ou de la sottise des hommes.
Depuis longtemps les amis du docteur Korczak, organisés en associations dans de nombreux pays du monde, connaissaient le nom du professeur Stanislas Tomkiewicz. Beaucoup d'entre eux l'avaient rencontré à Paris où il vivait entouré d'étudiants ou de jeunes en difficulté. Je me souviens de l'avoir croisé plusieurs fois en compagnie d'amis dans des expositions d'art contemporain, toujours à l'affût de découvertes et de spiritualité.Ht de page

Car Tom, notre ami, était un esprit curieux. Pour lui l'essentiel était dans la vérité de la personne. Il avait le sens du respect de l'autre et ne craignait cependant pas de le bousculer amicalement pour l'aider à se réveiller et à se définir. Son allure était celle d'un indomptable jeune homme dont la guerre et le vécu tragique n'avaient pu altérer la vitalité. Il possédait la foi dans la capacité de l'autre à se reconstruire et employait ses forces et sa grande intelligence à cette cause.

Dans les réunions il n'était pas toujours facile pour le président ou le secrétaire de traiter avec un homme de cette trempe. Tomkiewicz voyait très vite, longtemps avant les autres, les limites de l'action envisagée. Son expérience personnelle, ses connaissances profondes de la personne humaine, sa largesse de vue, son courage, l'entraînaient à placer très haut la barre des projets et des réalisations. Ce qu'il craignait par-dessus tout, c'était la médiocrité et l'injustice. Et parfois ses exigences, mêmes pour ses amis, devenaient des obstacles sur la route de l'avenir qui se construit, dit-on, "pas à pas".

Notre monde a perdu un prophète, l'humanité un combattant du mal, un témoin résolu et fidèle, engagé sur le chemin de la vérité et de la réconciliation. Parmi les nombreux amis korczakiens que j'ai eu la joie de connaître, Stanislas Tomkiewicz est probablement celui qui incarnait le mieux cette quête de la justice, cet amour de la différence, ce respect de l'autre qui caractérisaient "le Vieux docteur" né lui aussi à Varsovie. / Jean-Baptiste de Weck

Tom avec un T comme tu

"La signifiance du visage d'autrui me demande, me réclame, m'assigne". Lévinas.

Il y a des êtres dont on ne peut parler qu'à la deuxième personne.

La troisième personne est celle de l'absence.

Or, Tom-tu : es la présence - La présence inconditionnelle, intense, à toute détresse, mais aussi, à toute beauté.

Tom-tu : Ton visage-accueil, ouvert comme une maison de bonté. Ton regard, à la rencontre passionnée de chaque visage nu. Ton écoute ardente de toute voix sans parole, cette musique secrète et unique de chaque être. Ta parole qui fait exister l'autre et n'existe que par, pour l'autre.Ht de page

C'était en décembre 1942. Tu avais 17 ans et décidé de mettre fin à tes jours : "Il restait dans le ghetto de Varsovie un seul psychiatre à qui faire appel [...]. Ce brave homme a foutu mes parents à la porte rapidement, et il m'a gardé tout seul avec lui, et il m'a parlé, parlé, parlé, ou je lui ai parlé, parlé, parlé, je ne me rappelle plus qui a parlé à qui, [...]. Voilà comment j'ai acquis la conviction très profonde [...] qu'il est possible, [...] avec une seule parole qui ouvre une serrure dans l'âme d'un jeune, de provoquer suffisamment de changement pour qu'il ne veuille plus se suicider, pour qu'il retrouve le goût de vivre" (L'adolescence volée). / Mireille Gansel

Kaddish pour Tom

C'est à Janusz Korczak que je dois d'avoir fait la connaissance d'un être absolument inouï et attachant : Stanislaw Tomkiewicz, parti le 5 janvier 2003 se reposer d'une vie à la fois douloureuse et belle, à laquelle il a tant donné de lui-même.

En me demandant de l'aider à mettre en forme des textes anciens, Tom m'a fait un cadeau inestimable : celui de son amitié, et l'exemple d'un héroïsme hors commun. Alors qu'il souffrait physiquement et se sentait pris dans une course contre le temps, c'est par le travail littéraire et la pensée que Tom trouvait la joie de vivre encore et l'oubli de ce qu'il endurait. Et c'est lui qui s'excusait d'être si peu présentable !
Je n'oublierai jamais ces séances, Tom émergeant d'un sommeil lourd, ouvrant ses yeux pétillants d'intelligence et de bonté, s'installant sur le canapé ou la chaise longue, se mettait au travail de relecture et de critique. Il m'avait prévenue : "Si ce que tu fais ne me plaît pas, je te le dirai carrément. Et pour toi, c'est pareil, on doit se sentir libre..."

J'ai eu la chance que la collaboration a aussitôt tourné à la complicité : les commentaires de Tom, son franc parler, valaient leur pesant d'or : "Qu'est-ce qui t'a pris d'employer ce mot-là ? C'est tout con..." Ou alors : "Géniale! Elle est géniale, cette nana!" Et il faisait une moue tellement drôle et gentille que j'en attrapais le fou rire. D'autres fois, il demandait modestement : "Ça t'a plu ? Vraiment ?" Et je lui répondais avec la même franchise : "Ce que tu écris me touche profondément..."

Et puis Laurent, le dévouement fait homme, nous apportait du thé : "Est-ce qu'on refuse de boire du thé ?" On échangeait des souvenirs - plutôt tristes - de l'enfance en Pologne, mais aussi des blagues, il me chantait de vieux airs polonais, et j'entendais la voix de Maman : je connais cette chanson-là ! Quand je quittais Tom, épuisé par l'effort fourni, j'étais déjà impatiente de revenir.

Cher Tom, je ne t'ai pas dit adieu, je ne te dis pas adieu... Nous avions encore tant de choses à nous dire, et je te parlerai encore, et je t'entendrai me répondre avec ton accent ineffable, et ce sourire tendre, ce pli de l'il qui te fait ressembler à Bashô le Japonais. / Yvette Métral

Une lumière s’est éteinte : Stanislas Tomkiewicz

En tant qu'enseignante, mais comme parent aussi, j'ai été inspirée sans doute par des enseignements dispensés par aucun établissement d'études pédagogiques. Souvenirs de conférences, de gestes, de témoignages de Stanislas Tomkiewicz qui ont certainement influencé ma manière d'envisager mon travail avec les jeunes adolescents.Ht de page

Le premier date du colloque Korczak organisé à l'Université de Genève en 1987. Le texte complet de l'exposé s'intitule Korczak, maître de l'écoute et du dialogue*. Mais tant d'années plus tard, c'est cet exemple qui me vient à l'esprit. J'entends encore S.Tomkiewicz disant qu'un adolescent a terriblement besoin de la main d'un adulte pour être guidé dans la vie, celle d'un père de préférence. S'il ne trouve pas cette main bienveillante, c'est celle du dealer qu'il trouvera certainement.

Le second souvenir est lié au colloque Korczak organisé à l'Université de Lille en 1996. Parlant du journal à l'école (inspiré de la pédagogie de Korczak) et du programme Fax, je montrai le dessin de couverture réalisé par un jeune de notre équipe. C'était le dessin d'un fils interrogeant son père : "Et si au lieu de ma casser la figure, tu me racontais une histoire?" Ce dessin d'adolescent invitant son père au dialogue, plaisait à Tomkiewicz bien plus que toute ma présentation. Je l'ai vu alors montrant sa joie en levant le pouce! Ce geste d'approbation gaie et revendicatrice ne m'a pas quittée malgré les années.

Un autre souvenir, celui de la séance de lecture organisée au siège de l'Association à Genève, en 2000. Il parlait du Tribunal que Korczak avait inventé dans ses maisons pour que les enfants, comme les adultes, puissent être défendus par un avocat. Evoquant l'inconduite, la violence de certains jeunes d'aujourd'hui, il ne les stigmatisait pas, ne stigmatisant pas les parents non plus, eux qui souvent sont les victimes d'une société qui les broie.

Trois exemples, trois images de Tomkiewicz traduisant sa générosité, son amour de l'enfant tel qu'il est, et la férocité de son humour servant à dénoncer les coupables et à défendre les droits des plus faibles. Quelques lumières qui pourraient éclairer notre quotidien. / Sarabella Benamran

[* Comment parler avec un enfant aujourd'hui, A l'écoute de Janusz Korczak, Editions Delval, pages.39 à 57.]

Un prix prestigieux pour Défense des enfants international (DEI)

Une œuvre originale de Tom

Une œuvre originale de Tom, inventeur de la ”miaouthérapie”.

Le 13 mars 2003, en la grande église de Vlaardingen (Pays-Bas), le Dr Philip Veerman, ancien président de DEI, directeur de DEI-Israël et fondateur de l'Association Korczak aux Pays-Bas, ainsi que le président actuel de DEI, M. Jorge Vila Despujol de Bolivie, recevront le très prestigieux prix "Geuzenpenning" au nom de DEI. Ce prix est décerné par la Fondation hollandaise de la Résistance créée en 1987 en souvenir du groupe de résistance De Geuzen (Les Mendiants) qui était actif pendant la deuxième guerre mondiale dans la lutte contre les nazis dans le Delta de Hollande. Ht de page

Chaque année, la Fondation honore des personnes ou institutions qui se consacrent à promouvoir les valeurs humaines dans la société moderne. DEI reçoit ce prix pour son rôle central dans la protection des droits de l'enfant dans le monde entier. En sa qualité d'organisation leader dans le domaine des droits de l'enfant, DEI a joué un rôle actif dans le processus de rédaction de la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant (1979-1989) et est devenue le principal acteur du lobby pour la ratification et la mise en uvre de cette convention. Celle-ci est aujourd'hui ratifiée par l'ensemble des Etats du monde sauf la Somalie et les Etats-Unis. Nos plus vives félicitations à DEI et à ceux qui, en son sein, sont un peu (ou beaucoup) les héritiers de Janusz Korczak.

Varsovie au cœur de la lutte contre la maltraitance des enfants

C'est à Varsovie - cela aurait comblé Korczak - qu'aura lieu la IXe conférence européenne de l'International Society for the Prevention of Child Abuse and Neglect (ISPCAN) du 29 au 31 août2003. Pour plus d'informations : www.ispcan2003.info Des questions peuvent être écrites à : poland@ispcan2003.info

Belgique : la "PETITE REVUE" de Korczak va revivre

C'est grâce à l'Association belge des Amis du Dr Janusz Korczak et à son dynamique président, Alain Sansterre, que les enfants belges francophones vont avoir leur propre journal, tout comme les enfants polonais avaient le leur (la "Petite Revue"), il y a quelque 80 ans, à l'initiative de Korczak. Ce projet, auquel nous sommes heureux d'être matériellement associés, vient de démarrer en collaboration avec un important hebdomadaire de Bruxelles, le "Journal du Mardi" qui abritera désormais chaque semaine un supplément de 4 pages conçu et écrit par des enfants et des adolescents. Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur cette courageuse et créative entreprise mais souhaitons sans tarder encourager les jeunes de Suisse à participer à cette aventure. A eux, à vous leurs parents, leurs grands-parents, leurs proches, leurs enseignants, voici un appel à lire et à transmettre :Ht de page

Si tu veux
écrire dans un vrai journal, raconter une histoire qui t'est réellement arrivée et qui t'a touché, donner ton avis sur l'amitié, les difficultés, la nature, l'amour, l'injustice, l'argent, les événements du monde, ce qui te rend joyeux, les activités que tu aimes ou que tu n'aimes pas, ce qui te rend triste, l'actualité... bref, t'exprimer sur tout ce que tu penses et tu vis...

Alors,
envoie ton texte. Il sera lu par le comité de rédaction qui t'enverra des nouvelles concernant sa publication.

Si tu veux
t'engager dans la réalisation de ce journal et participer ainsi au comité de rédaction,

Alors,
écris-nous ton envie de faire partie du comité de rédaction.

Une seule adresse : Journal du Mardi - Supplément Enfants-ados. 29, quai du Commerce, B-1000 Bruxelles. Fax : 00322-217 17 42. E-mail : administration@journaldumardi.be

Korczak en arabe : ça y est !

S. Tomkiewicz

 

Ce fut un effort de plusieurs années, mais cette fois-ci, ça y est : deux textes de Korczak - "Comment aimer un enfant" et "Le droit de l'enfant au respect" - viennent de voir le jour en arabe, réunis en un seul volume publié aux Editions Dergham à Beyrouth sous la responsabilité de l'UNESCO, en partenariat avec la Ville de Genève et notre Association.

On se souviendra peut-être de plusieurs tentatives antérieures qui n'avaient pas donné satisfaction, notamment parce que la traduction du français ou de l'anglais vers l'arabe était parfois imprécise voire trompeuse. Une édition déjà imprimée avait même dû passer au pilon après que l'on eût découvert de sérieux contre-sens dans certaines formulations. Il a donc fallu remettre l'ouvrage sur le métier et trouver le traducteur idoine capable de restituer en arabe toutes les subtilités de la phrase korczakienne, à partir du polonais. On a fini par trouver l'oiseau rare en la personne du Professeur Hatif El Janabi, poète d'origine syro-irakienne et titulaire de la chaire de littérature arabe à l'Université de Varsovie. Sa traduction a été dûment vérifiée par les experts de l'UNESCO ainsi que par le préfacier de l'ouvrage, le Professeur Ahmed Lamihi de l'Ecole normale supérieure de Tetouan, lequel est un fin connaisseur de Korczak qu'il enseigne d'ailleurs au Maroc et en France. Cette traduction fera donc référence dans la bibliographie korczakienne et nous espérons bien sûr qu'elleHt de page aura la plus large diffusion. La pensée korczakienne est en effet universelle et porteuse de valeurs fondamentales, telles que le respect, la tolérance, la responsabilité, la solidarité, la démocratie, la liberté d'expression, les droits de l'homme en général et ceux de l'enfant en particulier. C'est une pensée qui rapproche, qui crée des ponts, qui ouvre des perspectives stimulantes à tous ceux qui ont à s'occuper d'enfants (à commencer par les parents et les enseignants) et qui est capable d'inspirer les meilleures forces civiles oeuvrant au progrès éducatif et social, partout dans le monde. Il est grand temps que les arabisants puissent la découvrir.

Londres : Une journée sur Korczak et la démocratie

Le 17 mars 2003 a lieu à Londres une journée intitulée : "Who needs democracy ? What is the point of being a citizen?" ("Qui a besoin de démocratie? A quoi bon être citoyen?"). Le programme est construit de manière explicite en référence à Korczak ("Si vous voulez réformer le monde, vous devez commencer par réformer l'éducation") et réunira un intéressant panel de conférenciers parmi lesquels Zygmunt Bauman, professeur de sociologie à Leeds et à Varsovie, Sven Hartman, professeur de pédagogie à Stockholm et président de l'Association Korczak de Suède, Joop Berding, éducateur à La Haye et Muhamad Hourani, éducateur à Jérusalem.

Programme détaillé et renseignements auprès de notre secrétariat ou directement auprès de l'organisation Spiro Ark, email : Spiroark@aol.com

Une récompense tardive pour un juste discret

C'est à l'âge de 93 ans que Nicholas Winton, un ancien employé de la Bourse de Londres, vient d'être fait chevalier par la Reine d'Angleterre. Winton, que certains surnomment déjà le Oskar Schindler de Grande-Bretagne, n'avait jamais aimé parler de lui. Un beau jour de 1988, son épouse découvre au grenier une vieille serviette en cuir contenant une liste de plusieurs centaines de noms d'enfants. Explication : en 1938, alors âgé de 29 ans, Winton passe des vacances en Tchécoslovaquie. Il y pressent le danger mortel que court la population juive et, de retour à Londres, s'efforce de sauver le maximum possible d'enfants juifs de ce pays. Non sans difficultés, il parvient à convaincre le ministère des Affaires étrangères d'autoriser ces enfants tchèques à résider en Grande-Bretagne. Conditions posées par le Ministère : que chaque enfant ait une famille d'accueil qui soit prête à le prendre en charge dès son arrivée, qui s'engage à l'entretenir jusqu'à son 17e anniversaire et qui verse une garantie bancaire de £ 50 (environ CHF 5000.- de nos jours). Travaillant seul à son projet discret, le soir après son travail, Winton approche des centaines de familles qu'il persuade d'agir. A Prague, il dispose d'un indispensable correspondant, Trevor Chadwick (aujourd'hui décédé), qui organise leHt de page recrutement des enfants sur place.

Et c'est ainsi que le 14 mars 1939, veille de l'invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler, un premier train quitte Prague pour Londres, avec à son bord les premiers enfants de ce périple inédit. Moins de 6 mois plus tard, le 1er septembre, avec l'éclatement de la guerre et la fermeture des frontières, le neuvième convoi est stoppé en gare de Prague. Aucun des 250 enfants qui s'y trouvaient ne sera revu vivant. Au total, donc, 8 trains acheminèrent à bon port quelque 669 enfants qui furent ainsi sauvés des griffes nazies. Comme ça, sans tambours ni trompettes, parce qu'un homme simple, seul mais déterminé, avait alors décidé qu'il ne pouvait pas laisser faire. Ces 669 rescapés, dont un est devenu un cinéaste célèbre et un autre membre de la Chambre des Lords, ont rendu un hommage ému à celui qui fut un peu leur père collectif. En se faisant accompagner, lors de cette cérémonie, par quelques uns de leurs... 5000 descendants, ils ont offert à Nicholas Winton le sentiment d'avoir fondé une belle et grande famille !

Etre enfant... être adolescent / Paroles d'enfants du 3ème millénaire

Le Journal Fax réalisé au Centre Balexert le 10 octobre 2002 par un groupe d'élèves du collège des Colombières (Versoix) est un exemple de la modernité des idées de Korczak.

Initié par le CLEMI - Centre de liaison et de l'enseignement des moyens d'information (Paris), le programme pédagogique Fax permet aux jeunes des écoles secondaires de monter un média en une journée et de communiquer grâce aux perfectionnements technologiques (fax et Internet). L'équipe de presse organisatrice a pour mission de recueillir les articles et les assembler afin de constituer le journal final. Mission délicate pour des élèves de 13-14 ans qui doivent être non seulement préparés au montage manuel et informatique mais faire preuve d'autonomie, de discipline et se responsabiliser afin de travailler efficacement. Rappelons que toute cette conception du travail repose sur les principes korczakiens énoncés dans La Gazette Scolaire de 1923, traduite par Sofia Bobowicz et publiée par le Clemi.

Occasion donnée aussi de communiquer autour d'un thème commun et de confronter les points de vue. Occasion unique aussi pour les lecteurs, adolescents et adultes de recevoir des présents - ces pensées des enfants rassemblées par l'équipe des monteurs en page et "informaticiens" au terme d'un travail phénoménal qui permit de réaliser une édition de 56 pages rassemblant des contributions de 16 pays européens, américains et africains !

La problématique de cette édition soutenue par l'Association aurait plu à Korczak lui-même : être enfant... être adolescent, paroles d'enfants et d'ados du 3ème millénaire. Poèmes, dessins, analyses, témoignages de ce qui est important pour les enfants d'aujourd'hui : la relation avec les parents, les grands-parents, le besoin d'un cadre, les tracas scolaires, leur look, les toxicomanies, l'amitié, leur langage, la liberté au quotidien mais aussi le désir de paix et de sécurité des Israéliens et des PalestiniensHt de page

Si j'étais un animal, je serais un dauphin
Et je nagerais avec les miens
Si j'étais un objet, je serais une gomme
Et j'effacerais les bêtises des hommes
Si j'étais une fleur, je serais un bouton d'or
Et je leur montrerais que la richesse
Ce n'est pas seulement un coffre rempli d'or
Si j'étais une couleur, je serais le blanc
Et j'effacerais le sang
Si j'étais un des éléments, je serais l'air
Et j'expulserais la guerre
Si j'étais un sentiment, je serais l'amour
Et je l'échangerais contre la haine.
Sarah Capillupi, 13 ans

Cris de joie, messages d'espoir, cris d'amour, besoin intense de tendresse, de compréhension et d'ouverture... Mais avant tout une formidable possibilité de don de leur personne, prise de conscience de leurs responsabilités au terme de l'enfance dans un monde difficile. Entre le rêve d'aujourd'hui et les réalités d'un demain si proche, l'espoir est-il encore possible ? De tout cur ils veulent encore y croire! / Sarabella Benamran

[Pour obtenir le Journal Fax, adressez-vous à l'Association : + 41(0)22 733 31 38 ou : korczak@gkb.com]

Cotisation 2003 : pas d'augmentation

Amies et Amis de Korczak, en ce début d'année, il est temps de vous acquitter de votre cotisation. Son montant reste le même, en vertu de la décision de notre Assemblée générale de novembre dernier : 30 modestes francs, comme il y 24 ans lors des tout débuts de l'Association. Trente francs avec lesquels nous devrons vous faire parvenir notre Lettre 3 fois dans l'année, entretenir nos deux sites internet (romand et alémanique), organiser nos groupes de lecture, et réaliser notre plan d'action annuel qui ne manque jamais d'ambition, comme vous le savez.

Au programme pour 2003 : le Prix Korczak (dédoublé cette année pour que les conditions de participation soient équilibrées entre les écoles privées et publiques), nos soutiens traditionnels à des actions korczakiennes diverses en Argentine, au Tibet, en Russie, en Israël et dans les territoiresHt de page palestiniens; l'édition d'une bande dessinée sur Korczak en tamoul à l'intention des plus intouchables des Indiens; la diffusion du volume de Korczak en arabe; notre appui à l'édition de textes inédits de Korczak en français et à la publication en Belgique d'un avatar de la "Petite Revue"; l'acquisition d'un documentaire israélien sur Korczak sous-titré en français et qui sera disponible pour nos membres ou pour l'enseignement ; l'organisation d'une conférence publique par une grande personnalité du monde des droits de l'enfant ; la promotion de Korczak dans le programme de formation continue des enseignants, et la liste n'est pas exhaustive. Nous avons donc besoin de votre soutien et, pour vous encourager, nous avons glissé dans cet envoi non pas un, mais deux bulletins de versement : l'un pour la cotisation, et l'autre pour votre don. Faites-en le meilleur usage ! Merci d'avance. / Daniel Halpérin

Dans la vitrine du libraire

Reiner Kunze : Le Lion Léopold (GRAD éditeur, 2002. Traduction Mireille Gansel, illustrations Agnès Mosnier). Voici un charmant et utile petit livre pour enfants (dès 6 ou 7 ans), accompagné d'un CD, réalisé avec l'aide de l'Ecole de la Paix de Grenoble. Ce conte illustre une démarche de paix où s'imposent la nécessité d'aller vers l'autre, de comprendre ce qu'il ressent, de maintenir le dialogue et de s'appuyer sur un tiers médiateur pour favoriser l'écoute mutuelle. Une jolie leçon de mise en confiance, cette confiance qui non seulement aide à construire la paix, mais aussi à faire grandir les enfants.

Korczak-Bulletin (en allemand). Pour les germanophones qui souhaitent en savoir plus sur Korczak, la dernière livraison (décembre 2002) du Bulletin des Associations Korczak d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse alémanique est une riche source d'informations, d'analyses et de témoignages. On peut se procurer ce Bulletin gratuitement auprès de notre secrétariat.

Korczak et les droits de l'enfant (en allemand). Encore pour nos amis germanophones, cet ouvrage édité par S. Tschöpe-Scheffler et W. Kaminski sous le titre : "Janusz Korczak und die Kinderrechte - gestern, heute, morgern". On y trouvera d'importantes et originales contributions, notamment de M. Mayer et B. Koormann sur l'enfant face au divorce, de U. Vollmers sur les droits de l'enfant gravement malade, et encore de notre amie B. Engemann-Reinhardt sur le sens de la pédagogie korczakienne dans une société totalitaire. Ce livre peut être commandé directement auprès de Mme S. Tschöpe-Scheffler à son adresse électronique : tschoepe@cityweb.de

Théâtre à Bruxelles

Le théâtre du Rideau de Bruxelles a présenté, du 28 janvier au 28 février 2003, une pièce de l'auteur écossais David Greig, : L'Exemple du Dr Korczak, mise en scène par Jules-Henri Marchant. Une critique unanime a salué ce spectacle où des marionnettes (poupées articulées représentant les enfants) accompagnent les acteurs : " [...] La fluidité de la mise en scène et le jeu formidable des comédiens offrent à la pièce un champ théâtral vivant bien au-delà d'un quelconque didactisme " (Michèle Firche -Le Soir).

Les représentations ont été accompagnées d'une exposition relatant la vie et l'uvre du Dr Korczak et de plusieurs projets éducatifs qui présentaient Korczak aux enfants des écoles de Bruxelles, dont la pièce de Korczak Mathias 1er, mise en scène par Sylvie Steppé.

BREVES... BREVES... BREVES... BREVES... BREVES... BREVES... BREVES... BREVES... BREVES...

Un diplôme en droits de l'enfant. Un diplôme d'études supérieures ("Executive Master") va être lancé dès le mois d'avril 2003, sous l'égide de l'Institut international des Droits de l'Enfants et de l'Institut universitaire Kurt Bösch à Bramois/Sion (Valais), ainsi que de l'Université de Fribourg. Cette formation, qui s'adresse à tous les professionnels concernés par l'enfance et bénéficiant déjà d'une expérience pratique et de connaissances de base sur la question des droits de l'enfant, comprendra huit modules thématiques durant chacun une semaine et étalés sur deux ans. Renseignements sur le site : www.iukb.ch et correspondance à : emcr@iukb.ch

Changements au Comité de l'Association. C'est avec grande joie que nous annonçons l'élection de nos amis Gérard Kahn et Ishak Cetin Gabay aux fonctions respectives de vice-président, responsable de la section alémanique, et de trésorier de l'Association. C'est à l'unanimité que leur candidature a été acceptée et nous les remercions d'ores et déjà de leur engagement à nos côtés. M. Kahn remplace le Dr L. Jost qui s'est retiré du Comité après plus de 20 ans d'un dévouement sans pareil, et M. Gabay remplace M. A. Azoulai, lequel reste membre du Comité.Ht de page